Sécheresse aux Etats-Unis : l’Algérie va -t-elle payer plus cher son blé ?
L’inquiétude est grande aux Etats-Unis où les prix du blé n’ont jamais été aussi élevés depuis 2024, ce qui risque de peser lourdement sur la facture des importations céréalières l’Algérie.
En cause, une sécheresse dans un contexte de prix des carburants et des engrais affectés par la fermeture du détroit d’Ormuz.
Le Département de l’agriculture américain (USDA) a publié son rapport Crop Progress ce lundi 27 avril selon lequel les conditions de culture du blé d’hiver sont pour 30% seulement des surfaces « bonnes à excellentes » contre 49 % l’année dernière.
En cause le déficit hydrique. Il n’a pas plu ces dernières semaines et les prévisions météo indiquent ne pas voir d’amélioration durant les deux semaines à venir.
Le rapport précise que « le taux d’épiaison du blé est de 34 %, contre une moyenne quinquennale de 21 % ».
Les observateurs analysent ce taux comme une mauvaise nouvelle : « Avec des températures supérieures à la moyenne et un manque d’humidité persistant, la croissance du blé s’accélère au détriment du potentiel de récolte. » Une épiaison trop rapide montre que la plante souffre et qu’elle produit le plus vite possible un minimum d’épis et de grains assurant la survie de l’espèce.
L’estimation des rendements par l’USDA n’interviendra qu’après le 12 mai, date à laquelle débute la visite annuelle des champs de blé dur d’hiver notamment au Kansas, le plus grand État producteur de blé des USA.
Cependant, un signe ne trompe pas. Dans les grandes plaines américaines, les observateurs notent que le montant des contrats à terme sur le bétail vif a atteint un nouveau record et certains champs de blé devraient être utilisés comme pâturages au lieu d’être récoltés pour leurs grains.
Une évolution suivie attentivement en France
Ces derniers jours en France, la situation des cultures aux Etats-Unis est suivie avec attention dans l’espoir d’un relèvement des cours notamment après la perte du marché algérien.
Terre-Net titrait le 22 avril « La dégradation du blé US pousse les prix à la hausse à Chicago » puis une semaine plus tard : « Les cours du blé continuent de grimper face à détérioration des conditions de cultures aux USA. »
Maxence Devillers analyste chez Argus Media fait remarquer un « raffermissement » des cours du blé sur Euronext pour l’échéance mai 2026 » et « que cela pouvait constituer un facteur déclencheur pour les cours » à venir. Il précise que « partout dans le monde, les prix suivent les cours du marché américain ». A la Bourse de Chicago, le boisseau de blé s’affiche à 649 dollars contre 540 $ en janvier dernier.
Questionné sur la lenteur de ce « raffermissement » des prix, l’expert rappelle l’importance des stocks de blé liés à la récolte 2025 qui a tendance à freiner les possibilités de hausse de prix. Une récolte mondiale 2025 exceptionnelle qui n’avait souffert d’aucun incident climatique.
Sur la chaîne Tvagri, l’analyste Paul Hébrard souligne qu’en France les cours du blé stagnent actuellement en dessous des 200 euros la tonne alors que les coûts de production des céréaliers sont estimés à 230 euros. Il ajoute « depuis 3 ans, il y a un problème de rentabilité sur nos exploitations ». Aussi, espère-t-il une « étincelle » qui pourrait entraîner les cours du blé à la hausse.
L’expert se félicite de la vente de blé vers le Maroc et l’Egypte mais déplore « la perte de l’Algérie » et espère de futures commandes en provenance de Chine.
Les agriculteurs algériens protégés
Contrairement à d’autres pays, la production locale de gaz naturel et d’engrais met à l’abri les agriculteurs algériens face à la hausse du prix des carburants et des engrais azotés à la suite de la fermeture du détroit d’Ormuz.
Le prix mondial de l’urée, très utilisé par les agriculteurs a connu une hausse importante ces dernières semaines. Début mars en Égypte, la tonne d’urée est passée de 490 à 660 dollars en dix jours.
Cette hausse constitue une aubaine pour les exportations d’engrais azotés de la société Asmidal qui, en 2024, a racheté au groupe espagnol Villar Mir les parts détenues dans l’entreprise Fertial.
En septembre 2024, le quotidien El Watan faisait état au niveau de cette entreprise de « stocks stratégiques atteignant 110 000 tonnes d’ammoniac et 102 000 tonnes d’engrais, notamment azotés et phosphatés » ajoutant que « Fertial se positionne comme un acteur clé dans l’approvisionnement des agriculteurs, essentiel pour soutenir la croissance agricole nationale. »
Des engrais, comme l’urée, pour lesquels les agriculteurs bénéficient du soutien de l’Etat qui, depuis octobre 2022, atteint 50% du prix.
En janvier dernier, à l’occasion d’un plan d’action visant à doubler la production de céréales, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Yacine Oualid a souligné l’importance de la réalisation d’analyses de sol pour adapter les quantités d’engrais utilisées.
Face à l’incertitude de l’évolution future des prix du blé au niveau mondial, la production locale d’engrais azotés constitue un atout pour l’agriculture en Algérie qui reste toutefois dépendante des importations pour une grande partie de ses besoins en céréales, notamment le blé tendre.
Depuis le début de l’année, l’Office algérien des céréales (OAIC) a importé plus de 2,1 millions de tonnes de blé alors que la récolte 2025-2026 s’annonce record en raison des bonnes conditions climatiques, avec un hiver exceptionnellement pluvieux et neigeux.
L’article Sécheresse aux Etats-Unis : l’Algérie va -t-elle payer plus cher son blé ? est apparu en premier sur TSA.

