Qui est Samuel Samson, le sulfureux conseiller de Donald Trump qui veut imposer son idéologie en Europe ?
Quand il ne piétine pas les couloirs de la Maison-Blanche, Samuel Samson étudie la science politique sur les bancs du Hillsdale College, à Washington. 26 ans à peine, c'est pourtant bien lui que Donald Trump a nommé, en 2025, conseiller principal au Bureau de la démocratie, des droits humains et du travail du département d’État. Rapidement, ce nouveau visage de la galaxie trumpiste s'est imposé parmi les plus offensifs missionnaires du courant Maga. Selon une enquête du New York Times publiée ce 17 avril, Samuel Samson, missionné par Donald Trump, a multiplié les déplacements sur le Vieux Continent l'année dernière. Le but ? Importer et implanter ses convictions radicales outre-Atlantique. La méthode ? Soutenir et défendre les partis politiques d'extrême droite à travers à continent.
Né au Texas d'une mère philippine et d'un père américain, le jeune catholique ultraconservateur se revendique comme un disciple du très controversé Adrian Vermeule. Ce juriste et professeur à Harvard s'est notamment illustré par son parti pris contre la séparation de l’Église et de l’État. Une idéologie radicale marquée dès l'adolescence. Alors qu'il n'était encore que lycéen lors du premier mandat de Donald Trump, Samuel Samson se présente au conseil des étudiants - abrégé SAC, en anglais - sous le slogan "Make SAC Great Again". Fidèle parmi les fidèles, Samuel Samson semble prêt à tout pour sabrer les institutions libérales et le "wokisme" qui, selon ses convictions, gangrènent l'Europe.
Une "alliance civilisationnelle" avec l'Europe
A quelques pas du palais présidentiel, le conseiller s'est entretenu avec Beatrix von Storch et Joachim Paul, cadres de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD). Pourtant, depuis la Seconde Guerre mondiale, la doctrine diplomatique américaine est claire : se tenir à distance de l'extrême droite berlinoise. D'autant plus surprenant que les services de renseignement allemands ont eux-mêmes fiché l'AfD comme parti "extrémiste de droite confirmé". Mais à Washington, ses membres ont été reçus en amis. Entre deux conversations sur la théorie complotiste du "grand remplacement", les cadres - qui avait pris le soin d'apporter leur cahier de doléances - se sont plaints des pressions qui pesaient sur leur parti. "J'ai eu l'impression, en partie grâce à la durée de la conversation, qu'ils étaient très intéressés par ce que nous avions à dire", s'est félicité Joachim Paul, cité par le New York Times.
Samuel Samson semble très intéressé par les forces d'extrême droite européennes. Dans un document officiel daté de mai, Washington lançait un appel à une "alliance civilisationnelle" avec l'Europe. Le message, explicitement adressé au Rassemblement national, à l’AfD et au PiS polonais ambitionnait de faire de l’Union un agrégat de "nations chrétiennes comme la Hongrie". Les Etats-Unis qui se préparent, faute d'un virage à droite, à réduire leur soutien à l'UE, incitent les pays à "condamner les actions antidémocratiques qui restreignent la liberté d’expression ou le libre exercice de la religion" et de considérer la migration de masse comme "une menace pour la cohésion nationale, la stabilité sociale et les valeurs civilisationnelles" à travers l’Europe.
Des accusations d'ingérence étrangère
Pour accommoder ces projets, le jeune homme qui craint que l'Europe et l'Amérique "aient viré woke", n'hésite pas à s'immiscer dans les affaires intérieures des pays. Au printemps dernier, à l'occasion d'une rencontre parisienne avec la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), Samuel Samson s'est chargé de défendre Marine Le Pen, qu'il érigeait en victime d'un complot visant à l'écarter de l'élection présidentielle. Référence à sa condamnation en première instance dans l'affaire des assistants parlementaires. Une conversation décrite comme "assez malveillante" par Magali Lafourcade, secrétaire générale de la CNCDH. Au sortir de la réunion, la magistrate s'est empressée de signaler le conseiller trumpiste au Quai d'Orsay pour ingérence étrangère.
Toujours dans l'Hexagone, le jeune homme s'est ensuite rendu dans les bureaux de Reporters sans frontières où il a fustigé la réglementation européenne visant à réguler la désinformation et la publicité à caractère politique sur les réseaux sociaux. "La France est en train de devenir progressivement la Corée du Nord", tranche-t-il. En mars, le conseiller spécial prenait son petit-déjeuner avec Nigel Farage, le plus célèbre populiste de l'extrême droite anglaise. Entre deux bouchées, ils ont discuté d'avortement, et une fois encore de censure.
Combattre la "censure" en ligne
Une marotte pour Samuel Samson qui a fait de la liberté d'expression totale en ligne son cheval de guerre, au point de demander à son équipe de réfléchir à des moyens de sanctionner l'Union européenne. Sur la plateforme Substack, il dénonçait : "l'Europe est devenue un foyer de censure numérique, de migration massive, de restrictions à la liberté religieuse et de nombreuses autres atteintes à l'autonomie démocratique".
Devant les forces politiques européennes, le jeune conseiller spécial s'est chargé des réprimandes, accusant les leaders modérés d'étouffer la liberté. Pour clôturer son périple européen, Samuel Samson a parcouru l'Est du continent. Autriche, République tchèque, Hongrie et Slovaquie. A Budapest, en décembre, il réitérait publiquement ses critiques. "Il est clair que ce n'est pas une Europe de la liberté d'expression et de l'autonomie", tançait-il à l'occasion d'un discours à l’Institut hongrois des affaires internationales. Malgré l’activisme de Samuel Samson, les efforts américains pour renforcer les droites radicales européennes semblent, pour l’instant, produire des résultats limités. Trois mois après sa visite en Hongrie, et malgré un soutien réitéré du vice-président J.D. Vance, Viktor Orbán a échoué dans les urnes, après 16 ans de règne.
Avant même ses tournées européennes, il s’était déjà illustré en retravaillant le très influent rapport annuel américain sur l’état des droits humains dans le monde. Selon le Washington Post, cité par France 24, plusieurs passages critiques sur le Salvador, Israël et la Russie avaient été drastiquement raccourcis. Les accusations de corruption qui pèsent sur Benyamin Netanyahou, la répression des minorités par le Kremlin, les emprisonnements à tour de bras au Salvador, tous effacés.
"Bâtir un empire"
Une idéologie au service d'un jeune homme qui espère "bâtir un empire" - selon la description d'une connaissance au New York Times - et joue sur le long terme. En commençant par son propre cabinet : la mention aux "droits humains" lui déplaît. A la place, il aurait aimé le rebaptiser "Bureau des droits naturels", référence aux droits accordés par Dieu aux hommes. Impossible, le nom est fixé par le congrès. Mais, en guise de lot de consolation, Samuel Samson a créé son sous-bureau des "droits naturels" au sein même de l'administration.
Créé en 1977, le cabinet qui avait pour rôle de défendre les droits de l'homme à travers le monde a noué des liens étroits avec des groupes engagés en faveur des droits des femmes, des LGBT+, de la liberté de presse... Aujourd'hui ces associations ont été écartées et remplacées par des groupes religieux et anti-avortement.





