Quatre Césars, deux Godard et des nanars : retour sur la filmographie de Nathalie Baye
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Quatre Césars, deux Godard et des nanars : retour sur la filmographie de Nathalie Baye Par Benjamin Puech Le 18 avril 2026 à 10h26 Suivre Sujets Disparition Lire dans l’app Copier le lien Lien copié Mail Facebook X Linkedin Messenger WhatsApp Nathalie Baye après avoir remporté le César de la meilleure actrice pour Le petit lieutenant, de Xavier Beauvois, le 25 février 2006. BERTRAND GUAY / AFP DISPARITION - De François Truffaut à Xavier Dolan, en passant par Claude Chabrol, l’actrice a épousé le cinéma d’auteur, sans dédaigner les premiers films ou les comédies populaires. Une carrière qui dessine le portrait d’une comédienne singulière. Passer la publicité Passer la publicité Publicité Paysanne, esthéticienne, policière, mère plus souvent qu’à son tour. Que n’a-t-elle été à l’écran ? Elle-même peinait à expliquer l’éclectisme de sa longue carrière, marquée par des collaborations prestigieuses et quatre César. Nathalie Baye est morte à l’âge de 77 ans à Paris, «vendredi soir à son domicile parisien de la maladie à corps de Lewy», a indiqué à l’AFP dans un communiqué commun sa famille. À découvrir TV ce soir : retrouver notre sélection du jour Elle revendiquait la « sincérité » de ses choix. Et insistait sur l’art de sélectionner les personnages. En 2023, dans La Nuit du verre d’eau de Carlos Chahine, elle était encore Hélène, une Française plongée dans le Liban bouillonnant des années 1950. Passer la publicité Publicité Cinquante ans plus tôt, elle faisait ses premiers pas sur le tournage de La Nuit américaine. Nathalie Baye ouvre de grands yeux de script-girl dans ce film en forme de mise en abyme. Elle se promène, un scénario à la main, entre Jean-Pierre Léaud qui ne cesse de courir et Jacqueline Bisset qui retient ses larmes. La jeune femme a trouvé sa vocation. Elle recroisera le réalisateur cinq ans plus tard, dans La Chambre verte. Où elle tente, avec inquiétude et douceur, de ramener à la réalité un homme piégé par le souvenir de sa défunte épouse. Le diamant noir de Truffaut. Trois Césars à la suite La reconnaissance n’attend pas. Après une controverse cannoise et les huées de prudes spectateurs, Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard lui vaut un premier César dans un second rôle, en 1981. Dans cette fable crépusculaire, critique de la vie moderne, elle ne quitte pas son vélo et balance à Jacques Dutronc qu’elle ne souhaite plus être son « ange gardien ». Leur couple devient donc un enfer. Godard renouait, après vingt ans d’expérimentations, avec un cinéma narratif. À sa manière. Nathalie Baye soulève un deuxième César, l’année suivante, grâce à Une étrange affaire, de Pierre Granier-Deferre. Le troisième - dans la catégorie de la meilleure actrice - lui échoit avec La Balance de Bob Swaim en 1983. Elle gagne une autre image auprès du public en y campant une prostituée au grand cœur, aux côtés de Philippe Léotard. Le scénario rend assez crédible ce couple de hors-la-loi pour susciter la sympathie du spectateur, qui aura un peu oublié ce polar aujourd’hui. Davantage, en tout cas, que Le Retour de Martin Guerre dans lequel la comédienne joue à la même époque. Il s’agit d’une transposition à l’écran, avec tuniques de lin et peur du diable, d’une affaire judiciaire de 1560. Plus d’un million de spectateurs vont voir, en salles, la fine comédienne douter de l’identité de son mari incarné par Gérard Depardieu, qui deviendra un partenaire régulier à l’écran. Nathalie Baye ne cessera de regarder avec une affection particulière ce film de Daniel Vigne. On peut citer également, en 1983, son rôle dans J’ai épousé une ombre, signé Robin Davis. Un mélo au succès considérable. Nathalie Baye y intègre une riche famille qui la prend pour une autre. Elle jette des regards inquiets et s’enfonce dans le mensonge à mesure que le garçon de la maison, Francis Huster, tombe amoureux d’elle. « Ce n’est pas un grand film mais il a compté dans mon histoire de comédienne », affirmait Nathalie Baye. L’année suivante, elle engage le face-à-face douloureux avec Delon de Notre Histoire, réalisé par Bertrand Blier. Passer la publicité Publicité En 1990, la voilà dans les années 1950. Pour la réalisatrice Diane Kurys, elle incarne, dans La Baule-les-Pins, une mère de famille malheureuse en amour qui trouve le répit dans les bras de son jeune amant, Vincent Lindon. Cette décennie révèle moins de rôles forts que la précédente. Ou que la suivante qui s’ouvre avec, en 1999, Vénus Beauté de Tonie Marshall. L’actrice y fait éclater sa malice en faisant tourner le manège d’un petit institut de beauté, avec ses clientes, ses esthéticiennes, ses rituels et ses hiérarchies. Un succès commercial, qui en appelle d’autres. On ne l’arrête plus. Steven Spielberg l’appelle, justement, pour Arrête moi si tu peux, en 2002. Nathalie Baye lui fait remarquer, à la lecture, que son rôle aurait pu être un brin perfectionné. L’Américain obtempère. On la voit, mère distante, découvrir que son fils, Leonardo DiCaprio, est un escroc. Elle rejoint ensuite les forces de l’ordre et le cinéma d’auteur dans Le Petit Lieutenant, de Xavier Beauvois (2005). Cette actrice qui ne souffre pas d’avoir plus de cinquante ans incarne une commandante droite dans ses bottes, en prise avec des malfrats et de vieux fantômes. Sa prestation lui vaut un quatrième César. La décennie suivante aura des accents québécois. À deux reprises, dans Laurence Anyways (2012) et Juste la fin du monde (2016), Nathalie Baye campe des femmes à la psychologie complexe devant la caméra de Xavier Dolan. À travers elle, et face à son visage énigmatique à force de placidité, le prodige canadien interroge le rapport à la mère. Œdipe souffre dur au pays de la poutine. Il en faudrait plus pour faire perdre à Baye son humour. Se taillant une place dans la bande de Philippe Lacheau, l’actrice participe à Alibi.com et sa suite. Des comédies grosses ficelles aux gags, hélas, tordants. Bertrand Tavernier l’avait prévenue, « il y a des acteurs qui peuvent faire tous les métiers ». Et passer, sans être inquiété, de Godard à un nanar.





