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Quand l’IA promet l’empathie dans un monde redevenu hostile, par François-Régis de Guenyveau

العالم
L'Express
2026/03/25 - 06:00 501 مشاهدة

Un même matin, deux actualités. La première : l’intelligence artificielle au cœur des frappes de drones au Moyen-Orient, pièce maîtresse d’une guerre où l’humain délègue à la machine le soin de viser. La seconde : Replika, l’application comptant 25 millions d’utilisateurs, dont une proportion significative s’en sert pour un soutien émotionnel - certains s’y connectant au milieu de la nuit, quand il n’y a plus personne à qui parler. Même technologie, même époque. D’un côté, l’IA perfectionne l’art de la guerre. De l’autre, elle promet de nous protéger de toute conflictualité humaine. Un paradoxe qui en dit peut-être moins sur les machines que sur notre manière d’habiter le monde.

La promesse d’un monde lisse

Ces deux usages, en apparence opposés, obéissent en réalité à la même logique : agir sans être exposé. Dans un cas, on veut frapper sans regarder mourir. Dans l’autre, être aimé sans risquer d’être rejeté. Dans les deux cas, l’autre est neutralisé comme sujet, réduit à une cible ou à un miroir. Ce que nous construisons ainsi, ce n’est pas une civilisation plus douce mais plus hostile à elle-même.

De Tokyo à New York, les applications de compagnie fleurissent. Replika promet une relation affective continue. Le pendentif connecté Friend se présente comme un ami permanent. Woebot offre un soutien psychologique immédiat. Ce succès fulgurant révèle notre difficulté croissante à accepter la rugosité de notre condition humaine. Car ces dispositifs ne se contentent pas de se substituer à nos amis : ils nous dispensent de l’effort d’en avoir. Ils ne brouillent pas seulement nos perceptions en imitant la voix et les comportements humains : ils suppriment l’épreuve même de la rencontre. En définitive, ce ne sont pas tant des outils de soutien psychologique que des dispositifs d’évitement. La relation idéale devient une relation sans réciprocité, autrement dit un simulacre.

Le retour de la guerre, que ce soit en Ukraine, au Moyen-Orient ou ailleurs, n’affaiblira pas ce phénomène. Au contraire : à mesure que certaines régions du monde renouent avec la brutalité de l’histoire, il faut s’attendre à ce qu’une partie des sociétés prospères soit tentée de se réfugier dans des environnements relationnels pacifiés. La violence au loin, la douceur à portée d’écran. Ce qui relie ces deux phénomènes, ce n’est pas leur gravité respective, mais le même mouvement de l’esprit : déléguer à une machine ce qui, précisément, nous coûte. A terme, nous risquons de perdre jusqu’à l’idée que l’autre existe.

Le kitsch comme horizon

Il y a un mot pour désigner cette civilisation du réconfort : le kitsch. Non pas au sens du mauvais goût, mais au sens que lui donnait Kundera : ce qui plaît à tout prix au plus grand nombre, ce qui ne pense pas, n’interroge pas, écarte du visible ce qui trouble. Nous en voyons aujourd’hui deux visages. Celui de la guerre à distance, où les frappes de drones ressemblent à des jeux vidéo pour tenir l’horreur hors champ. Et celui de l’amitié artificielle, où la relation est purgée de tout ce qui dérange avec une bienveillance envoûtante. Dans les deux cas, le réel est tenu à l’écart.

Que faire face à cette double anesthésie ? Interdire ces technologies ? L’idée est illusoire dans un marché mondialisé. Imposer un moratoire ? Ce serait prendre le risque de renoncer à maîtriser ce que d’autres développeront sans nous. Reste la régulation. Non comme un réflexe défensif, mais comme choix de civilisation : orienter les investissements vers des usages qui renforcent les capacités humaines plutôt que de nous endormir ; exiger la transparence sur ce que ces systèmes font réellement à leurs utilisateurs ; refuser que des infrastructures mentales aussi puissants soient contrôlées par quelques acteurs privés étrangers, sans contre-pouvoir démocratique.

Ce que nous construisons ainsi, ce n’est pas une civilisation plus douce mais plus hostile à elle-même.

Mais la régulation ne suffira pas. Elle doit s’accompagner d’un investissement massif dans l’éducation – et en premier lieu dans les humanités. C’est par elles que se forge la capacité à comprendre l’altérité et habiter la nuance. La littérature, en particulier, n’a ici rien d’un antidote sentimental. Elle constitue l’espace de ce que Kundera nommait "la sagesse de l’incertitude" : une exploration de l’être qui refuse de le réduire à un programme. A mesure que nous confions aux machines la tâche de nous modéliser, nous risquons de perdre l’habitude de nous interroger nous-mêmes.

L’enjeu dépasse la technologie. Il touche à une certaine idée de l’homme que l’Europe a mise des siècles à forger : un être capable de raison mais irréductible au calcul. Si l’Europe l’oublie, elle ne sera pas conquise de l’extérieur. Elle deviendra un Occident kidnappé par la technologie qu’il aura lui-même sacralisé, condamné à n’habiter le réel que sous forme de simulacre.

*François-Régis de Guenyveau, romancier. Dernier roman paru, "Simulacre" (Fayard, 2024), Prix Ada

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