Présidentielle 2027 : François Hollande et Raphaël Glucksmann, comment ils vont s’entredévorer
"C’est quoi, être président ?" Soudain, Raphaël Glucksmann ose. François Hollande sait revêtir ses plus beaux habits, lestés du poids de l’Histoire. Huis clos de l'une de leurs conversations privées. Quand, loin des combinazione dont il a le secret, le dernier président de gauche raconte le pouvoir, laisse entrevoir ses cicatrices : le voilà, songe Glucksmann, brusquement solennisé par le tragique. L’essayiste est devenu un homme politique, un présidentiable ambitieux ; il écoute, prend conseil. "Et le bouton nucléaire, alors, à quel moment le reçoit-on ?" C'est un homme tout court, après tout. Mais quand le soleil apprend à briller, la mort veut renaître. Et ni l’un ni l’autre ne peuvent se regarder fixement, disait La Rochefoucauld. Ainsi, la bienveillance laisse place à une subtile bataille d’influence.
Ces deux-là ont tant de fois été moqués, enterrés par les roses. Au soir du premier tour des élections municipales, la bataille du récit est perdue. À deux heures du matin, François Hollande réconforte un ami, sonné par sa défaite : "C’est injuste, la politique…" Dans de nombreuses villes, comme chez son ami brestois François Cuillandre, le PS s’allie à LFI. Idem à Limoges, malgré les bons conseils téléphoniques de l’ancien président. Olivier Faure savoure le moment, publie sur X tous azimuts les articles relatant la large union électorale à Tulle - fief historique de Hollande - incluant quelques insoumis. François Hollande rit jaune devant son écran, encaisse. Raphaël Glucksmann, lui, n’a pas envie de plaisanter, s’agite de plateaux en micros. Une ligne, deux méthodes. François Hollande a trouvé l’ancien essayiste un brin "moralisateur". Les amis de Glucksmann observent l’exemple tullois comme une sacrée tache sur le bilan du président revenant. Second tour, la paix des braves. Paris, Marseille, Rennes, ou Strasbourg ont finalement été gagnés sans LFI. "C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses", prévenait Olivier Faure à l’entre-deux tours en réunion de groupe. Raphaël Glucksmann et François Hollande n’ont pas eu à sortir de calculettes.
Haro sur Olivier Faure
Les deux hommes veulent la peau d’Olivier Faure, alors ils sonnent l’hallali. Glucksmann et Hollande ne supportent plus la stratégie erratique du premier secrétaire avec les insoumis. Ils abhorrent surtout la primaire de la gauche, soutenue officiellement par le courant d'Olivier Faure. Elle serait incohérente, picrocholine et inopérante - en plus de freiner les désirs d’ascension des deux hommes. "Vous n’imaginez pas un seul instant que Ruffin, Tondelier, Autain ou Roussel acceptent de se ranger derrière Hollande ou Glucksmann, sans être associés au processus ?" souffle le premier secrétaire en petit comité. À travers le retour de François Hollande, à travers la conquête solitaire de Raphaël Glucksmann, c’est le bilan tout entier du chef du PS que les impétrants mettent à rude épreuve. Dans la bataille contre Faure, ils emportent quelques alliés objectifs, dont Boris Vallaud, l’homme qui fait et défait des majorités au sein du PS.
François Hollande et Raphaël Glucksmann sont des alliés ambitieux ; en politique, ils sont donc des rivaux. L’un veut revenir, l’autre souhaite exister, mais entre un ancien président et un eurodéputé, on ne transige pas avec la hiérarchie. Lorsqu’ils s’affichent publiquement ensemble en décembre dernier, pour un événement organisé par Bernard Cazeneuve, l’ancien président ne manque pas de le rappeler : "Moi, l’Europe, je l’ai pratiquée : pas comme Raphaël, mais au niveau des chefs d’Etat". Le leader de Place publique veille, quant à lui, à se tenir éloigné de l’ancien président de la République, "le passé", dit l’un de ses soutiens. Invité à la soirée annuelle du Journal.info, pureplayer social-démocrate de Laurent Joffrin, aux côtés de Bernard Cazeneuve, Jérôme Guedj et François Hollande, l’ancien essayiste a décliné. Il avait pourtant dit "oui" à l’idée une confédération avec tous ces sociaux-démocrates. Mais depuis, les initiateurs n’ont plus vraiment de nouvelles de Raphaël Glucksmann.
A gauche, ils sont devenus les deux monstres sous le lit. Apparaîtront-ils, un jour ? "Il a vraiment maigri, Hollande ?" interroge, un jour, curieux, un proche d’Olivier Faure. La perspective de son retour est douloureuse chez les roses, puisqu’il est souvent jugé responsable de l’écroulement du Parti socialiste. Glucksmann, lui, n’en a jamais été membre. Pour être candidat, les deux auront besoin de cette vieille maison qui ne les porte pas dans leur coeur. "Un jour, il faudra s’asseoir et voir qui est la meilleure personne pour porter notre projet. Mais je ne sais pas qui de Hollande ou de moi constitue pour eux le pire reniement", s’est un jour interrogé, faussement naïf, Raphaël Glucksmann, devant quelques interlocuteurs. Entre les deux hommes, la guerre a débuté.





