Placements : comment bien investir un capital d'un million d’euros
Il est évidemment rarissime de se retrouver avec une telle somme du jour au lendemain. Elle peut correspondre au fruit d’un travail de longue haleine, auquel cas vous aurez probablement déjà investi dans nombre de dispositifs. Mais elle peut aussi résulter de la cession de parts dans une société ou d’un héritage. Dans cette situation, il faut d’abord parer aux besoins de base, tels que la constitution d’une épargne de précaution et l’ouverture d’une ou deux enveloppes d’épargne financière (assurance-vie, plan d’épargne en actions ou compte-titres). "Il faut faire le point sur ce dont on dispose déjà et ajouter des briques choisies avec discernement", conseille Aymeric Richard, fondateur du cabinet de gestion de patrimoine Chartrons Patrimoine. Les options sont nombreuses, d’autant que vous allez accéder à des sur-mesure et à des niveaux de frais plus contraints. De quoi ciseler votre patrimoine selon vos désirs.
Aventurez-vous sur des placements alternatifs
Avec un tel montant, le cœur de votre allocation doit rester traditionnel : fonds en euros, actions, etc. Mais vous allez pouvoir diversifier vos investissements avec du non coté et des actifs plus exotiques. Envisagez par exemple les cryptoactifs, les matières premières ou les métaux précieux et industriels (or, argent, cuivre, lithium…). Attention, toutefois : ces secteurs sont risqués et les cours peuvent évoluer fortement à la hausse comme à la baisse sur des laps de temps très courts. Ils nécessitent donc un suivi plus fréquent. "Il faut être capable de tenir ses positions sans surréagir", souligne aussi Stéphane de Vaulx, directeur développement commercial et marketing chez Meeschaert.
Vous pouvez investir en direct, c'est-à-dire acheter du bitcoin ou d’autres cryptos sur une plateforme dédiée, posséder quelques lingots d’or, etc. Une autre option consiste à vous tourner vers les ETF et ETP, des fonds indiciels qui évoluent selon le cours d’un actif donné. Il en existe pour s’exposer aux cryptos, aux matières premières, à l’énergie ou à l’or. "Le prix du métal précieux est élevé, mais cet actif demeure pertinent en raison des tensions géopolitiques mondiales, estime Ruben Brami, fondateur du cabinet TwentySix Patrimoine. A défaut d’acheter de l’or en direct, il est aussi possible d’investir sur des fonds actions de mines d’or, logeables sur un contrat d’assurance-vie."
Investissez dans le non coté
Les fonds de private equity traditionnels, fermés, d’une durée de 8 à 12 ans, sont accessibles à partir de 100 000 euros seulement. Ces supports sont en effet réservés à une clientèle dite avertie.
Leur fonctionnement est le suivant : vous vous engagez sur un montant d’investissement et vous devrez apporter les capitaux de manière fractionnée sur une durée de quatre à cinq ans. Ainsi, le gérant investit au fil de l’eau, au gré de sa sélection de bons dossiers. Même chose à la sortie : les participations sont progressivement revendues et les fonds ainsi que les plus-values éventuelles rendues aux porteurs de parts. Impossible de récupérer votre mise entre ces deux bornes, sauf accident de la vie. Ce fonctionnement permet d’obtenir les meilleures rentabilités car le gérant n’a pas à se préoccuper des rentrées et sorties d’argent pendant la durée de vie du fonds. La patience est un allié du private equity.
Comme pour tout placement, mieux vaut diversifier son investissement entre plusieurs stratégies et plusieurs gérants. "Il faut aussi définir un programme sur plusieurs années - idéalement cinq ans – afin de miser sur plusieurs millésimes et ainsi éviter de tout placer lors d’une mauvaise année", avertit Stéphane de Vaulx. La difficulté réside alors dans le choix car, dans le non coté, le pire côtoie souvent le meilleur. "L’offre est abondante et l’on trouve des produits de qualité très variable, notamment en termes de frais", souligne Pierre-Marie de Forville.
Intéressez-vous aux fonds immobiliers
Depuis 2022, le marché immobilier connaît une baisse des prix assez sévère sur certains secteurs. Corollaire : à condition de se montrer sélectif, il y a donc de bonnes affaires à réaliser ! Pour en profiter tout en vous épargnant les tracas logistiques de l'investissement locatif, vous pouvez recourir à des fonds immobiliers. Il en existe de plusieurs natures, à commencer par les SCPI. "Il faut privilégier les produits qui se sont mis à acheter après 2022, après la baisse du marché", recommande Pierre-Marie de Forville. Le rendement moyen de ces supports s’est élevé à 4,91 % en 2025, en hausse depuis deux ans.
Pour aller un cran au-delà, les fonds “value-added”, généralement accessibles à partir de 100 000 euros, permettent de tabler sur 10 % de rendement. Ces derniers ciblent cinq à dix actifs nécessitant une amélioration – rénovation, repositionnement locatif ou changement d’usage – avec pour objectif une revalorisation significative à l’issue de l’opération. "Le risque est toutefois réel car le projet doit être bien mené", alerte Aymeric Richard.
Enfin, les profils les plus fortunés se verront proposer des "club deals", des opérations où plusieurs investisseurs se regroupent pour financer une opération immobilière définie à l’avance. Contrairement aux véhicules immobiliers grand public, il s’agit de choisir un ou quelques actifs précis – bureaux, résidentiel, logistique, hôtellerie… – avec une stratégie claire, une durée définie et un objectif de création de valeur. En ciblant des opérations spécifiques et en limitant les intermédiaires, ces montages peuvent offrir des rendements attractifs, combinant revenus locatifs et plus-value à la sortie. Revers de la médaille : le fait qu’ils soient concentrés sur un petit nombre de biens augmente le risque.
Pensez à la nue-propriété
Vous percevez de bons revenus et craignez de les voir baisser à la retraite ? Pensez à l’investissement immobilier en démembrement. En pratique, vous achetez la nue-propriété d’un bien neuf ou ancien en laissant l’usufruit - en particulier la perception des loyers - à un tiers pour une durée déterminée, souvent comprise entre dix et quinze ans. Cette solution permet de bénéficier des atouts de l’immobilier locatif sans en subir les contraintes.
En contrepartie de l’absence de loyers, vous pourrez acquérir le bien avec une décote de 20 % à 50 %, correspondant aux loyers futurs, et profiter de frais de notaire réduits, ces derniers étant calculés en fonction de la valeur fiscale de la nue-propriété, qui dépend de l’âge du vendeur. Pendant toute la durée du démembrement, vous n’aurez à supporter ni gestion locative, ni fiscalité sur les revenus, ni charges courantes, celles-ci revenant à l’usufruitier.
À l’issue du démembrement, la pleine propriété est récupérée automatiquement, permettant soit de louer le bien pour générer des revenus, soit de le revendre avec une fiscalité sur la plus-value calculée sur la valeur de marché. Ce mécanisme suppose toutefois d’avoir une capacité à financer l’opération sans percevoir de revenus immédiats, d’autant qu’un crédit est difficile à décrocher pour ce type de montage. Le choix de l’emplacement est crucial et la sélection de l’opérateur constituent également des points de vigilance.
Optez pour une gestion sur-mesure
Arriver devant son conseiller avec une somme consistante à placer offre l’avantage d’élargir le choix qui vous est proposé. Vous accéderez notamment à des offres sur-mesure, dont les caractéristiques (durée, risque, rendement cible) vont être adaptées à vos objectifs et à vos contraintes. "A partir de 500 000 euros, nous pouvons construire des produits dédiés en fonction des attentes spécifiques d’un client", mentionne Stéphane de Vaulx. Attention, selon les établissements, ce montant peut atteindre plusieurs millions d’euros.
Le principe est le même si vous déléguez la gestion de votre portefeuille boursier. Plus vous montez en gamme et plus les allocations seront personnalisées. "Lorsque la somme à investir est suffisante, il est possible d’accéder à une gestion sous mandat ou une gestion conseillée en titres vifs pour les actions. En deçà, il faut privilégier des fonds, par nature plus diversifiés", explique Jean-Patrice Prudhomme.
Obtenez un crédit lombard
"On ne prête qu’aux riches." Cette expression populaire est tout à fait pertinente en matière de crédit lombard. Ce mécanisme de financement permet d’obtenir un prêt tout en conservant ses placements financiers. Concrètement, l’emprunteur apporte en garantie un portefeuille de titres (souvent logé dans une assurance-vie luxembourgeoise) sans avoir à les vendre. La banque accorde alors un crédit dont le montant dépend de la valeur et de la nature des actifs nantis, selon un taux d’avance prédéfini.
Ce type de crédit offre une grande souplesse. Les fonds empruntés peuvent être utilisés librement et les placements continuent à produire des revenus et à évoluer sur les marchés. En contrepartie, l’emprunteur paie des intérêts sur le montant utilisé, sans amortissement obligatoire du capital pendant la durée du prêt.
Le crédit lombard implique une vigilance particulière. Si la valeur des actifs donnés en garantie baisse, la banque peut demander des garanties complémentaires ou un remboursement partiel.
Pensez au Luxembourg
Accessible à partir de 125 000 euros, l'assurance-vie luxembourgeoise est incontournable pour les très beaux patrimoines. D’une grande souplesse, elle permet d’investir dans une immense variété de placements et de disposer de fonds dédiés, gérés de façon personnalisée par sa banque ou par un gérant. Complémentaire de l’enveloppe française, "elle offre une neutralité fiscale c'est-à-dire que les règles juridiques et fiscales du contrat s'adaptent à la résidence du client, ce qui est intéressant en cas d’expatriation", souligne Ruben Brami.



