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Pesticides, cancer et "fabrique du doute" : ce que les agences sanitaires oublient de prendre en compte

تكنولوجيا
L'Express
2026/04/16 - 10:00 501 مشاهدة

Quelle est la dangerosité réelle des résidus de pesticides qui se retrouvent dans l’air, dans l’eau et dans l’alimentation ? Que sait-on de leurs effets de long terme alors qu'ils finissent par contaminer nos organismes ? A chaque étude scientifique sur les produits phytosanitaires détectés dans l'environnement ou chez l'Homme, le débat public s’embrase. Deux camps s'affrontent : celui des rassuristes, partisans du "aucun problème" ; et celui des alarmistes, convaincus qu'il y a là un problème majeur de santé publique.

Que dit vraiment la science ? De quelles certitudes dispose-t-on sur les cancers et les pathologies que pourraient provoquer ces produits toxiques ? Comment les chercheurs procèdent-ils pour avancer sur les questions les plus épineuses ? Pourquoi peinent-ils ? Loin d'être aussi binaire, la littérature scientifique dépeint un panorama bien plus nuancé que les contenus qui font le buzz sur Internet. C’est dans cette complexité que s'inscrit Xavier Coumoul, directeur de recherche à l’Inserm et toxicologue à l'université Paris-Cité.

Loin des caricatures et sans dogmatisme aucun, ce spécialiste, découvreur de nombreux mécanismes d’action des pesticides, nuance les interprétations à l'emporte-pièce, qui voudraient par exemple que le cancer soit une "épidémie" dont les pesticides sont responsables. Tout en rappelant que la participation réelle des résidus de produits phytosanitaires à cette pathologie n'est pas connue, le chercheur regrette que les agences n'approfondissent pas plus leurs expertises, au moment d'autoriser ou d'interdire un produit. Une forme de principe de précaution. Explications.

Au début du mois d'avril, une étude publiée dans Nature Health a été présentée comme une révolution, avant que les scientifiques ne nuancent sa portée. Présente-t-elle néanmoins un intérêt ?

Une équipe franco-péruvienne soutenue par l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et l’Institut Pasteur s'est intéressée au risque d'être exposé aux pesticides au Pérou. Les chercheurs ont d’abord modélisé un score d'exposition en prenant en compte les pentes des terrains agricoles et la nature des substances. Puis ils ont comparé ce score aux données sur les cas de cancer. Un profilage de quelques tumeurs du foie a également été réalisé. Il s'agit là d'une étude très originale. D’ordinaire, les travaux d’épidémiologie se focalisent sur des agriculteurs qui utilisent des pesticides, ou des publics très exposés. Ils comparent leur état de santé à celui de volontaires préservés, en essayant de corriger les biais potentiels. Ici, les auteurs mélangent différentes disciplines, et s'intéressent à la population dans son ensemble.

Mises bout à bout, ces observations sont intéressantes. Elles semblent montrer que plus le risque d’être exposé aux pesticides est grand, plus les cancers sont nombreux. Les tumeurs observées présentent un profil cohérent avec une exposition aux polluants, ce qui donne une plausibilité supplémentaire à ce lien statistique. Mais contrairement à ce qui a été affirmé, on ne peut pas vraiment parler d’étude mécanistique. Ces travaux ne permettent pas de démontrer un lien de cause à effet entre les différents phénomènes. Ni d'avancer sur le débat qui nous intéresse, c’est-à-dire la question du rôle des résidus de pesticides en population générale.

Certains accusent les résidus de pesticides d'être à l'origine de la hausse des cancers du sein ou du pancréas, par exemple. Est-ce que cette étude permet de le démontrer ?

Pas vraiment. Il a par exemple été écrit dans la presse que ces travaux démontraient "pour la première fois", un lien entre cancers et pesticides. Mais ce n’est pas vrai. Certains pesticides, la plupart interdits, ont un effet cancérogène connu depuis longtemps. L’expertise collective menée par l’Inserm en 2021 parlait déjà de présomptions fortes pour quatre cancers, chez les professionnels les plus exposés, comme les agriculteurs, en plus de diverses autres pathologies. Ce qui reste à éclairer désormais, c’est à quel point des personnes moins exposées subissent ce risque. Que se passe-t-il avec de très petites doses ? C'est la question la plus importante du débat, et c'est précisément sur cet aspect que les études d’épidémiologie peinent à répondre. L'étude menée au Pérou ne permet pas d'avancer sur ce sujet.

Cette étude intègre des travaux de toxicologie, chose rare dans le domaine de l'épidémiologie. Pourquoi ce mélange des genres vous semble pertinent ?

Les auteurs ont réalisé les biopsies d'une cinquantaine de tumeurs du foie. Ils ont observé une altération des cellules possiblement caractéristiques de l’exposition à des polluants, ce qui suggère que les pesticides pourraient être à l’origine de ces modifications. C'est une piste intéressante. De plus en plus d’études montrent que les polluants peuvent rendre les organes plus vulnérables. Ils ne génèrent pas le cancer, mais apportent les conditions nécessaires pour que celui-ci se développe plus rapidement. C’est ce qui fait que la pollution de l’air est aussi dangereuse, par exemple.

Ce mécanisme d’action est de plus en plus exploré, et mériterait d’être approfondi. Est-ce qu’il est réellement intervenu dans le cas des tumeurs observées au Pérou ? L’étude n’en apporte pas la preuve. Il n’est pas possible d’exclure que d’autres polluants soient à l'œuvre. C’est une des limites de ce genre d’études. Il y a plus de 100 000 molécules chimiques dans l'environnement. On ne peut pas toutes les tester. Reste qu’en ajoutant des études de toxicologie à leur analyse épidémiologique, les auteurs avancent un argument supplémentaire.

Le débat public actuel porte surtout sur la portée des études d’épidémiologie. Vous appelez à inclure plus systématiquement les données de toxicologie. En quoi cela serait-il intéressant ?

La toxicologie permet d’apporter un éclairage sur les mécanismes possiblement à l'œuvre. Dans notre laboratoire, nous développons des méthodologies avec des modèles cellulaires complexes, qui se rapprochent du fonctionnement d’organes, que l’on expose ensuite à différentes molécules. Ces procédés permettent d’isoler les paramètres d’action, pour ne regarder que les interactions avec un polluant bien précis par exemple. Mais elles ont aussi leurs limites. Nous ne sommes pas capables de reproduire l’entièreté des interactions qui se produisent naturellement dans l’organisme. Et bien sûr, une fois qu’un mécanisme d’action a été mis en évidence, il faut démontrer que celui-ci a pu intervenir dans la vie réelle.

Dans vos prises de position publiques, vous faites le choix de dépasser le strict rappel des faits, et de plaider pour une plus grande mise en œuvre du principe de précaution. Pourquoi ?

Quand des signaux d’alerte émergent, il est du devoir du scientifique de les rappeler au politique. La science doit nourrir la décision. On ne parle pas d’une seule étude. Certaines substances à la toxicité avérée sont capables de migrer facilement après les épandages. Des prélèvements sur l’humain ont montré que nous étions exposés. Oui, nous ignorons encore ce qu’il va se produire pour des doses aussi petites. Mais tout de même. Je crois que nous sommes tous d’accord pour dire qu’il vaudrait mieux ne pas être exposé, ou le moins possible.

Vous appelez à des changements réglementaires ?

Oui, mais il n’y a pas besoin de le demander, en réalité. Les agences ont conscience qu’elles doivent renouveler certaines de leurs méthodes. Elles s’intéressent essentiellement à la manière dont l’ADN est affecté. Mais les mécanismes qui interviennent dans la cancérogenèse sont nombreux, et tous ne sont pas suffisamment pris en compte. Dans mon laboratoire, nous avons montré que l’exposition à des polluants facilitait la migration des cellules cancéreuses. Ce type d'évaluation n'est pas nul mais n’est pas beaucoup exploré dans les études demandées par les autorités.

Pourquoi les agences ne demandent pas ce type de données ?

Ce qui est à la pointe de la recherche n’est parfois pas considéré comme suffisamment robuste, car les expériences n’ont pas été répétées. Tout le problème étant de donner les moyens aux chercheurs de répéter leurs expériences ! Dans la recherche, la prime est donnée à la découverte, pas à la répétition. Une fois que vous démontrez un mécanisme, vous passez au suivant. La science réglementaire, elle, applique les tests les plus répétés, avec toujours les mêmes critères. C’est une procédure très robuste, mais qui reste par conséquent aveugle sur certains aspects.

Les agences sont-elles en mesure de résister à la pression des industriels ?

Les examens réglementaires sont très sérieux, mais le fait que les industriels testent eux-mêmes leurs produits peut être questionné. Ils doivent suivre un cahier des charges précis et vérifiable, mais tout de même. On pourrait imaginer que les entreprises payent des centres indépendants et certifiés pour qu’ils fassent les tests à l’aveugle, c'est-à-dire sans savoir pour qui ou quoi ils travaillent. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : on peut avoir confiance dans le processus en cours, et dans la bonne volonté des industriels. Mais on voit qu’il y a une demande de la part du grand public, en faveur de plus de gages. Pourquoi ne pas aller plus loin ?

Ne craignez-vous pas que l’on se retrouve avec des procédures intenables, car trop complexes ?

Bien sûr, tout ceci ajoute de la complexité. Mais je pense que c’est utile. Dans mon laboratoire, nous avons démontré des mécanismes impliquant la dioxine de Seveso dans certains cancers. Ces effets ne se produisent qu’à partir d’une certaine dose. On pourrait donc considérer qu’en dessous de ce seuil, il n’y a pas de danger. Sauf que, si on modifie l’état de santé des animaux sur lesquels on réalise nos tests, ils deviennent malades à partir d’une dose bien moindre. Dans ce cas, nous avons juste ajouté un régime riche en gras, un facteur de risque de plus en plus établi dans la littérature. Mais on pourrait avoir ce phénomène avec bien d’autres facteurs connexes.

La vie de tous les jours est bien différente de ce qu’on teste dans les laboratoires des industriels. Et il n’y a pas que les polluants qui entrent en compte ! Si vous buvez, que vous êtes sédentaires, vous risquez d’être plus perméable aux polluants. On commence à peine à comprendre que l’exposome peut influencer notre vulnérabilité à certains polluants, ou à certaines maladies. Par exemple, les polluants n’agissent pas pareil en fonction de la température extérieure. Ils n’agissent pas non plus de la même façon si votre organisme présente de l’inflammation.

Il me semble que nous devons au moins tenter de prendre en compte cette complexité. Il faut essayer d’intégrer les efforts de recherche fondamentale à nos réflexions sur ces sujets. Contrairement à ce qui est parfois mis en avant, les études réglementaires et les agences sont des remparts utiles. Mais elles ne constituent pas des barrières absolues. Je vois la tentation de balayer nos études sans les regarder, car elles ne relèvent pas des procédures standardisées demandées par les agences. Mais cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas utiles. Pourquoi croyez-vous que l'Agence nationale de la recherche et l’Anses financent mon laboratoire de toxicologie, et les autres ? Pour qu’on puisse ensemble s'approcher plus près de la réalité sur la dangerosité de ces produits.

Est-ce qu’il y a des projets de réforme ? Qui demande quoi ?

Les toxicologues académiques sont nombreux à demander des améliorations de la réglementation. Certains politiques y sont sensibles. Des associations voudraient procéder à une interdiction formelle dès le moindre signal. Le souci étant que les décisions ne peuvent pas uniquement prendre en compte la question du risque. Pour juger de l’introduction, ou de l’interdiction d’un produit, il faut aussi analyser ses bénéfices. Sortir un produit du circuit, ou, comme le demandent les militants les plus radicaux, interdire tous les pesticides chimiques, peut causer de très grands impacts économiques. Le risque, c’est de générer des effets encore plus délétères.

Maintenant qu’on a dit ça, je pense qu’il y a un juste milieu à trouver. Sur la question de l’acétamipride par exemple, les risques neurotoxiques sont parfaitement établis par les scientifiques et les agences. On a des données, et depuis longtemps. Je pense qu’on aurait dû mieux préparer l'accompagnement de la transition agricole. Ce genre d'atermoiement participe à polariser la société. Désormais, vous avez des voix qui demandent à tout arrêter, sans fondement scientifique, et des gens qui à l’inverse veulent tout libéraliser, sans prendre en compte le coût en santé. On aurait pu avancer bien plus tôt, et éviter ce type de blocage, si le gouvernement n’avait pas privilégié des actions et réflexions court-termistes.

Le débat est souvent caricaturé, entre ceux qui pensent que le recours aux pesticides est suffisamment encadré pour écarter tout risque inacceptable, et ceux qui rejettent l’ensemble des pesticides par principe de précaution. Comment sortir de l’impasse ?

Je pense qu’il faut apporter de la nuance. C’est ce que j’essaye de faire quand on me sollicite. Le grand souci, c’est que des messages simplistes sont parfois véhiculés. Il y a aujourd’hui une prédominance de la parole, du commentaire, de la réaction, qui étouffe les espaces d’analyse. Nous n'arrivons pas à expliciter le débat correctement. Organiser un débat entre un pro et un anti-pesticide sans scientifique, me paraît stérile.

On entend beaucoup de monde parler de "fabrique du doute", au sujet des pesticides. Avez-vous connaissance de travaux falsifiés ou fabriqués par l’industrie, voire d’hommes de paille payés pour brouiller les pistes ?

Pas exactement. Mais certains acteurs du débat public se sont spécialisés dans la lecture critique des études sur les pesticides. Ils ne font qu’évoquer les limites sans parler des avancées potentielles. Relayer des arguments, ou des prises de position, c’est important, et tout le monde devrait avoir le droit à la parole. Mais cette parole devrait s’accompagner de précisions sur son acceptation au sein de la communauté scientifique. Est-ce qu’on a affaire à un consensus, ou à une position minoritaire ? Je crois que nous avons un grand besoin de contextualisation et de hiérarchisation de l’information scientifique.

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