Municipales 2026 : alliances ratées avec LFI, bilan du RN… Les enseignements du second tour
Certes, près de 96 % des 35 000 communes françaises avaient élu leur maire dès le premier tour, dimanche dernier. Mais de nombreuses incertitudes persistaient dans plusieurs grandes villes, parmi lesquelles Paris, Lyon ou encore Strasbourg. L'Express décrypte les principaux enseignements de ce second tour, et les recompositions politiques qu’il dessine en vue de 2027.
A Paris, la nette victoire d'Emmanuel Grégoire
Pari(s) gagnant pour le candidat socialiste qui avait pris le risque de ne pas fusionner avec la liste insoumise. Dans une triangulaire à l'issue incertaine, Emmanuel Grégoire s’impose avec 50 % des suffrages et succède à Anne Hidalgo, alors même que le maintien de la candidature de l'insoumise Sophia Chikirou (10 %) faisait courir un risque de dispersion des voix à gauche.
Pour Rachida Dati (40 %), ce troisième échec à Paris est en revanche comme un sérieux revers. Et pour cause : le retrait de la candidature de Sarah Knafo, conjugué à la fusion avec la liste de Pierre-Yves Bournazel (Horizons), lui avait ouvert un boulevard. "Je n'ai pas réussi à convaincre suffisamment que le changement était non seulement possible mais qu’il était surtout nécessaire", a déroulé, dans une rapide allocution, celle qui dit avoir "subi des attaques indignes, en dessous de la ceinture".
La débâcle des Verts...
Les écologistes n'ont pas réussi à conserver leurs prises de 2020, année de la fameuse vague verte qui avait englouti plusieurs des grandes villes de l'Hexagone. Six ans plus tard, le reflux est net. A Besançon, Anne Vignot, qui avait conclu entre les deux tours un accord "technique" avec La France insoumise, a été battue par le LR Ludovic Fagaut, qui l’emporte avec 53,1 % des suffrages, contre 46,9 % pour la maire sortante. A Poitiers, la maire écologiste Léonore Moncond’huy, dont la liste a fusionné avec celle de LFI après le retrait des socialistes, n’a pas davantage résisté : elle s’incline face à Anthony Brottier, qui l’emporte avec 47,32 %, contre 40,79 %. Et à Strasbourg, Jeanne Barseghian a été nettement devancée par la socialiste Catherine Trautmann, qui recueille 37,5 % des voix, contre 31,7 % pour la sortante, dans une triangulaire où la droite atteint 30,8 %, confirmant l’ampleur du recul dans plusieurs bastions écologistes.
A Bordeaux, le maire sortant Pierre Hurmic, qui n'avait pas eu à trancher la très délicate question d'une fusion de sa liste avec les insoumis - la liste de Nordine Raymond n'ayant pas réussi à se qualifier au second tour - a perdu face à la liste d'union du centre conduite par l'ancien ministre macroniste Thomas Cazenave qui a raflé près de 51 % des voix.
Seule bonne nouvelle pour les Verts : Lyon, où Grégory Doucet a été réélu avec 52,4 % des suffrages exprimés. Le maire sortant, donné perdant pendant une grande partie de la campagne, avait déjà créé la surprise au soir du premier tour en devançant de quelques dixièmes Jean-Michel Aulas, soutenu par sept partis du centre et de la droite. Plusieurs sondages l'avaient en revanche donné au coude-à-coude avec son adversaire après son alliance avec la liste insoumise conduite par Anaïs Belouassa-Cherifi. Mais en la matière, Lyon compte parmi les quelques exceptions avec Nantes.
... preuve que l’alliance insoumise ne paie pas
Dans plusieurs villes, les rapprochements conclus avec les insoumis n’ont pas permis à la gauche de sauver ses bastions. Outre les échecs de Besançon et Poitiers, l'alliance LFI-PS menée par l'insoumis François Piquemal a échoué à conquérir Toulouse, où le maire sortant divers droite, Jean-Luc Moudenc, a obtenu 54,4 % des voix. Au premier tour, l’ensemble des listes de gauche totalisait pourtant 52,5 %...
La gauche échoue également à reprendre Limoges, malgré la fusion de la liste PS-PCF de Thierry Miguel avec celle du député LFI Damien Maudet, tombé face au LR Guillaume Guérin. De quoi faire regretter, peut-être, ces fusions avec les insoumis, que certains n’hésitent plus à décrire comme un pacte faustien.
A Paris comme à Marseille, le pari inverse s’est révélé payant. Dans la cité phocéenne, la situation était plus favorable à Benoît Payan : le candidat insoumis Sébastien Delogu s’était retiré, sans qu’aucune fusion ne soit conclue, permettant au maire sortant de conserver la mairie. A Paris, Emmanuel Grégoire, qui avait refusé de fusionner avec la liste insoumise de Sophia Chikirou entre les deux tours, l’a également emporté. De quoi nourrir, à gauche, l’idée qu’en certains endroits, la mise à distance des insoumis a moins coûté qu’elle n’a protégé.
Le bilan mitigé du RN
De ce second tour, on retiendra que le parti à la flamme a une fois de plus été surestimé. La vague bleu marine attendue dans le sud de la France n'a été qu'une vaguelette. A Toulon, où la députée Laure Lavalette menait une campagne tonitruante depuis de longs mois, c’est finalement la candidate divers droite Josée Massi qui l’a emporté avec 53 % des voix - contre 47 % pour Laure Lavalette - après le retrait du sénateur LR Michel Bonnus.
A Nîmes, présenté comme un laboratoire prometteur de "l’union des droites", c'est l'union de la... gauche qui l’emporte face à Julien Sanchez, eurodéputé ancien maire de Beaucaire, avec 40,5 % contre 37,9 %. A Marseille, Franck Allisio, le candidat RN, arrive largement derrière le maire socialiste sortant, Benoît Payan, avec 40,4 % des scores contre 54,3 %.
S'il n'a pas ce soir de ville symbole à brandir, le parti d’extrême droite réalise néanmoins une percée dans quelques villes à l'instar de Nice, bien sûr, où Eric Ciotti, rallié au Rassemblement national, remporte la ville avec 48,90 % des voix, contre 37,3 % pour Christian Estrosi et 14,8 % pour Juliette Chesnel-Le Roux, candidate de l’union des gauches.
Réélu, Edouard Philippe, 2027 toute !
En ayant recueilli 47 % des suffrages exprimés dans une triangulaire qui l'opposait au communiste Jean-Paul Lecoq et au frontiste Franck Keller, Edouard Philippe, que d'aucuns, avant le premier tour, présentaient en difficulté dans sa ville, reste maire du Havre. Mais ce soir, l'ancien Premier ministre a basculé dans une autre dimension. Le candidat à l'Elysée va accélérer… à sa manière.
Le désaveu de François Bayrou
La soirée promet d'être moins festive pour un autre ancien locataire de Matignon. Maire de Pau depuis 2014, François Bayrou a échoué à se faire réélire face au candidat socialiste Jérôme Marbot, pourtant distancé d’un peu plus de sept points au premier tour. Une défaite d’autant plus cuisante que le sortant espérait encore, entre les deux tours, tirer profit des divisions de ses adversaires. Mais sa campagne est probablement restée lestée par l’affaire Bétharram qui continue d’alimenter les interrogations sur ce qu’il savait — ou non — des faits.





