Métamorphose économique de l’Algérie : le témoignage d’un patron français
« L’avenir ne s’importe pas. Il se construit ». La nouvelle orientation économique de l’Algérie, centrée sur l’encouragement de la production nationale par une régulation stricte des importations, porte ses fruits. C’est le constat que fait le patron de la filiale algérienne d’une grande marque française.
Patrick Gresse est directeur général depuis 2022 de la fromagerie Bel Algérie, qui fabrique notamment le célèbre fromage “La Vache qui rit”. Le dirigeant est arrivé en Algérie en plein virage économique amorcé par le pays. Il a donc pu vivre ce virage “de l’intérieur”.
« Le choix fort de croire en l’Algérie »
Il y a quatre ans, quand il a fait “le choix fort de croire en l’Algérie”, il a entendu plein de choses sur le pays : complexité, dépendance aux importations, environnement difficile à anticiper…
Le chef d’entreprise dit avoir découvert une fois sur place “un pays avec des fondamentaux solides et un potentiel industriel”, écrit-il sur son compte LinkedIn.
Depuis, il observe “une inflexion claire”, assure-t-il. Même si le pays continue à importer massivement, il a néanmoins engagé “un virage stratégique” en entreprenant de réduire sa dépendance et de “reconstruire localement ses capacités de production”, constate Patrick Gresse.
Reconnaissant que les importations sont devenues “plus encadrées” et que les délais et les procédures “ont parfois ralenti certaines opérations”, il note toutefois que quelque chose de “beaucoup plus structurant” s’est produit en parallèle. Il s’agit de l’émergence du produit local.
Le patron assure que dans le FMCG (biens de consommation courante), une part croissante des approvisionnements de l’entreprise est réalisée en Algérie avec une qualité et une fiabilité des fournisseurs locaux qui progressent continuellement.
Algérie : le produit local monte en puissance
De “contrainte” il y a quelques années, le made in Algeria est devenu aujourd’hui “un levier de compétitivité”, reconnaît-il.
Patrick Gresse y voit le résultat de politiques publiques et d’une réalité économique faite d’un marché de plus de 45 millions de consommateurs et des investissements publics et privés qui s’accélèrent pour “structurer les filières locales”.
En Algérie, c’est la métamorphose économique en seulement quelques années, avec des entrepreneurs algériens qui “montent en puissance”, des “partenaires industriels qui investissent” et “un écosystème qui gagne en maturité”.
Le dirigeant reconnaît que cela l’a amené à évoluer en pensant “plus localement”, à “investir sur le long terme” et à construire des partenariats “plutôt que de chercher des solutions rapides à l’import”.
Et à apprendre quelque chose de fondamental, à savoir que « la patience stratégique est un avantage concurrentiel ».
Certes, il y a encore du chemin à faire. Tout n’est pas encore au niveau des standards internationaux, certaines chaînes d’approvisionnement restent dépendantes de l’importation et “l’environnement peut encore gagner en lisibilité”, mais “la direction est claire”.
La nouvelle stratégie de l’Algérie qui consiste à développer ses propres capacités de production trouve tout son sens dans le contexte mondial actuel marqué par la perturbation des circuits d’approvisionnement à cause des tensions géopolitiques, souligne le dirigeant français qui se dit convaincu que “les entreprises qui réussiront ne seront pas celles qui importent le mieux, mais celles qui sauront produire intelligemment, localement”.
Gresse conclut en réaffirmant son choix de continuer à investir et à croire en cette Algérie qui est en train de “poser les bases de cette transformation”, et aussi de ”continuer à construire avec ceux qui font l’économie réelle du pays”.
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