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Malgré la bouffée d’oxygène économique, Vladimir Poutine toujours en "zone de la mort"

العالم
L'Express
2026/03/29 - 05:30 501 مشاهدة

En ce lundi 9 mars à Moscou, Vladimir Poutine arbore sa mine des bons jours. Il a toutes les raisons d'être satisfait : l’opération Epic Fury, lancée moins de deux semaines plus tôt par Donald Trump et Benjamin Netanyahu contre l’Iran, a fait s'envoler les cours du pétrole. Une aubaine pour le maître du Kremlin, dont l’année avait commencé sous de mauvais auspices, entre l’enlisement de son armée en Ukraine et une économie au bord de l'asphyxie. Alors, entouré ce jour-là au Kremlin des patrons des principales compagnies pétrolières et gazières du pays, le président russe savoure sa bonne fortune. "Si les entreprises et les acheteurs européens décident soudainement de changer d'orientation et de nous proposer une coopération stable et de long terme, sans aucune pression politique…nous serions ravis", lance-t-il, sûr de son effet. Quatre jours plus tard, Washington annonce un assouplissement temporaire des sanctions visant le pétrole russe pour stabiliser le marché.

Pour Poutine, l'espoir renaît, alors qu'une crise aiguë couvait dans l'économie russe. En janvier et février, les recettes liées à la vente d’hydrocarbures - qui pèsent pour près d’un quart du budget - avaient fondu de 47 % par rapport à la même période l'année précédente. La faute à un marché surapprovisionné et aux sanctions, qui forçaient Moscou à vendre son brut à prix cassés. Les calculs sont vite faits : le budget russe pour 2026 a été bâti avec l’hypothèse d’un baril à 59 dollars. En dessous de ce seuil, la Russie compense en piochant dans son fonds souverain (qui fondait dangereusement ces derniers mois). A l'inverse, au-dessus, le budget devient excédentaire. Or, le 19 mars, le baril de brut russe de l'Oural se négociait à 110 dollars.

Poutine a donc tout intérêt à ce que la guerre au Moyen-Orient se prolonge encore un peu. "Le scénario idéal de Moscou n’est ni une victoire rapide ni une escalade catastrophique, mais un conflit d’une durée et d’une intensité modérées qui maintienne les prix du pétrole à un niveau élevé sans perturber de manière significative l’économie mondiale", jauge Alexandra Prokopenko, chercheuse au Carnegie Russia Eurasia Center. Un scénario dont Moscou a un besoin vital. Car, plus de quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, "la situation financière et économique de la Russie est en train de se détériorer rapidement", résume Ivan Klyszcz, chercheur à l’International Centre for Defence and Security (ICDS) de Tallinn. Les dépenses militaires ne cessent d'augmenter, et ses recettes diminuent. Selon les chiffres publiés par le gouvernement russe, la guerre en Ukraine a coûté 5,1 points de PIB au pays en 2025.

"Zone de la mort"

Pour la chercheuse Alexandra Prokopenko, le constat est sans appel : l’économie russe est entrée dans la "zone de la mort". Comme un alpiniste monté à plus de 8000 mètres, elle commence à manquer d’oxygène, c’est-à-dire d’argent, après avoir massivement injecté des deniers publics dans l’économie de guerre. "Si un alpiniste reste trop longtemps au-dessus d’une certaine altitude, a-t-elle expliqué au média indépendant Meduza, son organisme commence à se consommer lui-même. Il commence par prioriser certains organes pour recevoir le peu d’oxygène disponible, et les autres meurent. Et même s’il redescend, certaines séquelles peuvent rester."

Dans cette optique, la hausse des prix du pétrole est une bouteille d’oxygène bienvenue… mais temporaire. Le gouvernement russe en est bien conscient : le 11 mars, le ministère des finances annonçait une cure d’austérité drastique : toutes les dépenses de l’Etat devraient être réduites de 10%, sauf celles concernant la défense, le social et l’aide aux familles de vétérans de "l’opération militaire spéciale". Trop peu, trop tard, pour Alexandra Prokopenko : "Les problèmes structurels persistent. L'économie est conçue pour servir l'armée et se développe au détriment du secteur civil. Les compétences humaines qui ont quitté le pays pendant ces quatre années de guerre ne reviendront pas, même avec un budget équilibré. Le gouvernement s'attaque aux symptômes, mais la maladie est politique." Peu de chance, aussi, que ce sursis suffise à accroître véritablement la production d’armes dans un pays qui manque cruellement de bras pour faire tourner son économie de guerre - Moscou accuserait un déficit d’au moins 2,3 millions de travailleurs, selon les autorités.

Les perspectives ne sont guère meilleures sur le champ de bataille alors que Moscou peine déjà à attirer les quelque 30 000 à 35 000 volontaires nécessaires chaque mois pour compenser ses pertes. Après quatre ans, le nombre de soldats tués, blessés et disparus enregistré par l’armée russe atteint des niveaux stratosphériques. En début d’année, il aurait franchi la barre des 1,2 million, selon une étude du Center for Strategic and International Studies. Parmi eux, entre 275 000 et 325 000 morts, soit 17 fois plus que les 15 000 soldats soviétiques qui avaient perdu la vie lors de la décennie de guerre en Afghanistan entre 1979 et 1989. "La situation reste critique, diagnostique Tomas Ries, professeur à l’Ecole supérieure de la défense nationale de Stockholm. Au vu des pertes consenties, les Russes n’ont quasiment rien obtenu." Depuis 2022, les forces russes n’ont mis la main que sur environ 75 000 kilomètres carrés de territoire ukrainien (soit l'équivalent de la région Occitanie).

Revers sur le front

Le jeu des comparaisons historiques n’est pas flatteur pour le président russe. Son invasion de l’Ukraine a dépassé le 13 janvier dernier les 1418 jours de la "Grande Guerre Patriotique", le volet soviétique de la Seconde Guerre mondiale contre l'Allemagne nazie. Et, malgré le déluge de missiles et de drones qui s'est abattu sur eux, les Ukrainiens restent capables de rendre les coups. Dans les régions de Dnipropetrovsk et Zaporijia, ceux-ci seraient parvenus, selon certains observateurs militaires, à reprendre près de 400 kilomètres carrés depuis la fin janvier - des gains inédits en plus d’un an et demi.

Ce camouflet pour Moscou coïncide avec la perte d’une ressource cruciale : le réseau satellitaire Starlink du milliardaire Elon Musk. A la demande des Ukrainiens, le patron de Space X a décidé début février de bloquer l’accès (non autorisé) des troupes de Poutine à sa constellation de milliers de satellites fournissant un Internet haut débit partout sur le front. Grâce à un système de filtrage développé conjointement avec Kiev, les terminaux clandestins qu’utilisaient les Russes pour s’y connecter malgré les sanctions ont été désactivés - les privant d’un outil essentiel dans la conduite des opérations de combat. "On a vu une corrélation très nette entre la perte de Starlink et le début de la progression ukrainienne, constate Tomas Ries, à Stockholm. Le remplacement de cette technologie demandera nécessairement un temps d’adaptation." Car les Russes ne disposent d’aucune solution de rechange clé en main. Le blocage progressif, en parallèle, de la messagerie Telegram par Moscou, sur fond de contrôle généralisé des échanges numériques, n’a fait que renforcer les problèmes de communication au sein des troupes.

Dans ce contexte difficile, la guerre en Iran offre toutefois des opportunités au Kremlin. En plus de trois semaines d’offensive, Washington et ses alliés ont tiré des milliards de dollars de munitions utilisées par les systèmes antiaériens Patriot, afin de neutraliser les vagues de drones Shahed envoyées par la République islamique, réduisant significativement les stocks potentiellement disponibles pour la protection du ciel ukrainien. En seulement deux semaines, plus d'un millier de missiles intercepteurs PAC-3 avaient déjà été utilisés - soit plus que ce qu’a reçu Kiev en quatre ans. Une occasion inespérée pour Poutine d’intensifier sa campagne de terreur contre les villes et infrastructures ukrainiennes, et peut-être même au-delà. "Il pourrait tenter d’en profiter, estime Ivan Klyszcz de l’ICDS. Car les perspectives concernant la livraison d'équipements pour la défense antiaérienne risquent de s’assombrir non seulement en Ukraine, mais aussi dans tous les pays du flanc Est qui comptent eux aussi sur les Patriot pour leur propre sécurité." Outre-Atlantique, la pression sur les stocks commence déjà à monter. Le 19 mars, le secrétaire à la Défense américain Pete Hegseth a estimé que les munitions demandées par l’Ukraine seraient "mieux utilisées" pour protéger les intérêts des Etats-Unis. Deux semaines plus tôt, Donald Trump avait asséné que Kiev avait désormais "encore moins de cartes" en main et devrait s’empresser de conclure "un deal" avec Moscou.

Chute de ses alliés

Vladimir Poutine, qui veut décrocher un accord à ses conditions, n’aurait pas pu rêver mieux. Problème : avec un Donald Trump désormais occupé à ferrailler en Iran, la perspective d’une entente avec Washington sur le dos de Kiev s’éloigne. "Poutine souhaite que les Américains exercent une pression beaucoup plus forte sur l’Ukraine afin d’obtenir son retrait du Donbass ainsi que la prise en compte de l’ensemble des exigences russes, développe la chercheuse russe Tatiana Stanovaya, fondatrice du cabinet d’analyse R.Politik, basé à Paris. Mais avec ce conflit qui détourne l’attention des Etats-Unis, cette tâche s’annonce encore plus ardue." "Les négociations de paix en Ukraine ont été mises en pause par leur participant le plus important, confirme le politologue russe pro-Kremlin Alexeï Tchesnakov. Ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle."

A défaut d’obtenir gain de cause dans des pourparlers plus qu’incertains, l'autocrate russe peut espérer tirer parti des divisions qui naissent dans le camp occidental. Après avoir réclamé en vain l’aide de ses alliés pour débloquer le détroit d'Ormuz, paralysé par le régime de Téhéran, Donald Trump a accusé les pays de l’Otan d’être des "lâches" et assuré que les Etats-Unis s'en "souviendraient". "Depuis des décennies, l’objectif de Moscou est de fracturer l’Otan, rappelle Ivan Klyszcz, de l’ICDS. Chaque division, chaque tension, chaque crise transatlantique constitue une opportunité à saisir."

Reste que, parallèlement, Poutine voit chuter un par un ses alliés (même si le plus important, la Chine, est toujours solidement à ses côtés) : après le départ du syrien Bachar al-Assad, l'enlèvement du vénézuélien Nicolas Maduro, le régime de Téhéran joue à présent sa survie. Autant d'amis dictateurs qu'il n'a pas fait grand-chose pour défendre. "Pour le président russe, une seule chose compte : l’Ukraine, relativise le politologue Fiodor Kracheninnikov. Et dans cette optique, l’ennemi numéro 1 n’est plus l’Amérique, c’est l’Union Européenne. Tout le reste, alliances comme partenaires, est secondaire". De fait, malgré le pilonnage de son allié iranien avec qui il avait pourtant signé, en janvier 2025, un "traité de partenariat stratégique global", Poutine a pris le plus grand soin de ne pas froisser Washington, en se gardant bien de livrer du matériel militaire à Téhéran. Tout juste a-t-il condamné, à la suite de l’élimination du guide suprême Ali Khamenei, une "violation cynique de toutes les normes de la moralité humaine et du droit international", sans mentionner spécifiquement les Etats-Unis.

Le fait est que la Russie n’a pas grand-chose à opposer à la domination militaire américaine. "Son soutien ne peut être que moral, commente le politologue russe Andreï Kolesnikov. C’est la seule aide que Poutine peut fournir à ses partenaires stratégiques car il ne prendra pas le risque d’abîmer ses relations avec Trump. Quitte à se servir de l'Iran comme d'une monnaie d'échange : selon le média américain Politico, Kirill Dmitriev, envoyé spécial de Vladimir Poutine auprès de l’administration américaine, a proposé à la Maison-Blanche que la Russie cesse de fournir à l’Iran des données sur des cibles américaines potentielles, si Washington s’engageait à en faire autant… avec Kiev concernant des positions russes. Pour Poutine, qui n'est plus à une trahison près, toute occasion est bonne à prendre.

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