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L'histoire secrète du mariage entre la DGSI et Palantir, entreprise proche de la CIA

العالم
L'Express
2026/04/16 - 03:45 501 مشاهدة

Alex Karp jure n'avoir qu'une envie : aider la France. En cette fin d'année 2016, au siège de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), le PDG de Palantir Technologies déploie son charme pour rassurer son auditoire. "Daech, pour moi, c'est comme Hitler", assure-t-il aux cadres du service de renseignement présents dans le bureau de Patrick Calvar, son directeur. Dans un français presque parfait - il a travaillé comme serveur en France, raconte-t-il - Karp vante les mérites de son logiciel, Gotham, capable de répondre aux besoins de la lutte antiterroriste.

Lancés dans une course effrénée contre le djihadisme, les policiers sont impressionnés par les performances de ce produit miracle, sorte de "super accélérateur d'enquête", nous dit-on aujourd'hui. Sûr de l'efficacité de son produit, Karp fait tout pour gommer les accointances de son entreprise avec le renseignement américain - In-Q-Tel, le fonds créé par la CIA, figure parmi ses actionnaires fondateurs. Qu'importe que le contrat avec le renseignement français ne soit pas un jackpot financier pour Palantir. Cette signature va lui ouvrir les portes du marché européen, parie-t-il. Devant des cadres de la DGSI médusés, le volubile Karp se met en scène. Il célèbre sa pratique du polyamour et insiste sur sa distance avec le milieu néoconservateur américain. "Marrant, quand on voit sa proximité actuelle avec le cercle de Donald Trump", souffle un ancien responsable de la DGSI.

Proximités Maga

Dix ans plus tard, le PDG s'affiche aux côtés du président à la Maison-Blanche. Son principal investisseur, Peter Thiel, est aussi l'un des plus proches conseillers de Donald Trump. Palantir a multiplié les contrats avec l'armée américaine, la CIA, ou ICE, la police de l'immigration. Côté français, ce qui ne devait être qu'un logiciel temporaire s'est mué en solution quasi pérenne. Délicat, alors que la relation transatlantique s'étiole au fil des déclarations incendiaires de Trump. L'ami américain espionne-t-il nos propres contre-espions ? Comment s'en sortiraient-ils si, dans un coup de sang, le milliardaire ordonnait que Palantir leur soit retiré ? "Le principal risque est celui d'une dépendance des enquêteurs à Palantir", souligne Bernard Barbier, directeur technique de la DGSE jusqu'en 2014.

Les responsables de l'époque assurent avoir pris la décision en conscience. Et surtout, dans l'urgence. Celle des attentats de novembre 2015. La DGSI a alors besoin de gagner en efficacité pour traquer les djihadistes d'un Etat islamique qui menace de frapper à nouveau. "La pression était triple : technique, pour arrêter la succession d'attaques ; politique et médiatique, tous demandaient des résultats", observe Pierre de Bousquet de Florian, coordonnateur du renseignement et de la lutte contre le terrorisme de 2017 à 2020. De ses années d'attaché de police à l'ambassade de France à Londres, Patrick Calvar a gardé la conviction que les enquêteurs doivent apprivoiser le "big data" - l'explosion des données permise par les écoutes, la surveillance numérique, les sources humaines. Son passage à la DGSE l'a conforté : depuis 2007, les cousins du boulevard Mortier utilisent leur propre logiciel. Mais les agents de la DGSI rechignent à se rendre quotidiennement dans l'Est parisien pour utiliser l'outil. "Question d'ego", persifle un ancien cadre.

Petit et efficace

Patrick Calvar se met donc en quête d'un logiciel. "Il était impossible de développer quelque chose en propre aussi vite. Il fallait acheter sur étagère", poursuit Pierre de Bousquet de Florian. Atterré, le directeur de la DGSI constate qu'aucune solution française n'est proposée. Trois offres se présentent. La première est le fruit d'une association entre le géant français Thalès et une technologie de la firme israélienne Fifth Dimension. La deuxième, venue de l'Américain IBM, est déclinée en deux outils - le logiciel d'analyse de données Analyst's Notebook, et son assistant IA Watson. La troisième est Palantir.

Les Français écartent l'offre d'IBM - ils ne veulent qu'un seul outil. Ils oublient encore plus vite celle de Thalès et de Fifth Dimension. "Les informations intégrées au logiciel devaient être envoyées en Israël pour y être indexées avant de revenir en France ! C'était hors de question", s'étrangle un responsable impliqué dans le processus d'appel d'offres. Reste Palantir. Là où les autres arrivent en nombre, déployant des équipes d'une dizaine de personnes, la start-up californienne n'envoie que deux ingénieurs. "Petit et efficace, pour marquer les esprits", résume un connaisseur du secteur. Le bagou d'Alex Karp fait le reste. Le contrat est signé en décembre 2016.

Bac à sable

Les agents s'émerveillent de ce logiciel capable de trier à grande vitesse les éléments nécessaires à une enquête. "Gotham est capable de retrouver une photo des archives datant des années 1970 et de montrer qu'à l'époque, telle personne prenait un café avec telle autre. Il fait des connexions plus vite que quiconque", constate un ex-cadre de la DGSI. Surtout, Palantir propose un service novateur : les forward deployed engineers, des ingénieurs déployés sur site, chargés de répondre et d'adapter le logiciel au moindre besoin du client. Cinq d'entre eux sont présents à la DGSI lors de l'installation de Gotham, avant d'être réduits au quotidien à une équipe de deux ou trois. "On peinait à recruter, et voilà que Palantir nous sortait des Français avec des parcours académiques incroyables. Des polytechniciens, des normaliens, capables d'avoir les habilitations de sécurité nécessaires pour travailler chez nous", relève un ancien ponte de la section technique de la DGSI.

Première crainte dans les couloirs de la DGSI : la "backdoor", une porte dérobée permettant de siphonner les informations françaises. Les équipes techniques multiplient les tests d'intrusion pour évaluer la sécurité. "Le logiciel n'est pas relié à Internet. Il est installé sur l'infrastructure du client, le plus souvent des data centers en réseau fermé quand il s'agit d'institutions publiques", assure Pierre Lucotte, directeur général délégué de Palantir France. Reste la présence constante des ingénieurs de l'entreprise. "Comment s'assurer que l'on ne nous pique pas des données lors de la maintenance ?", s'interroge un ancien de la direction. Un système en deux parties répond partiellement à l'inquiétude : les ingénieurs de Palantir codent les modifications sur une plateforme miroir, qui reproduit le système sans y être connecté, avant qu'elles ne soient rebasculées en interne sur la vraie infrastructure. Si la crainte d’un espionnage en temps réel semble écartée, deux divisions de la DGSI ont interdit l’utilisation de Gotham sur leurs ordinateurs, selon Intelligence Online – celle de la protection du patrimoine économique et celle du contre-espionnage.

Une alternative française

L'hypothèse d'une coupure pure et simple de Palantir suscite aussi l'inquiétude. Un scénario plus si improbable, si l'on se réfère aux blocages imposés aux juges de la cour pénale internationale ou à l'ex-commissaire européen Thierry Breton, coupable d'avoir trop critiqué les Etats-Unis de Donald Trump. Que se passerait-il si, du jour au lendemain, les ingénieurs de Palantir désertaient les couloirs de la DGSI ? "Le logiciel continuerait de tourner sur nos plateformes. Mais on ne saurait pas forcément faire tout évoluer", convient un ex-cadre technique du service secret. Bernard Barbier va plus loin : "Il y a des bugs à corriger et des évolutions logicielles permanentes. Sans maintenance, au bout d'un an, l'utilisation serait fortement dégradée".

Dès la première signature, l'Elysée a posé une condition : développer en parallèle une alternative française. Mais l'écosystème industriel souffre de plusieurs handicaps. A commencer par le financement : la capitalisation boursière de Palantir dépasse les 296 milliards de dollars - soit davantage que le budget de la défense française sur cinq ans. Un mastodonte avec vingt ans d'avance sur tout rival. "Deux ans après le 11-Septembre, une équipe d'analystes venant de la CIA et de la NSA a construit l'outil le plus utile pour les services de renseignement. Nous avons été incapables de le faire", remarque Bernard Barbier.

Il aura fallu attendre près de vingt ans avant que Paris ne lance le programme OTDH - "outil de traitement des données hétérogènes". Piloté par la DGSI depuis 2020, il doit permettre de créer un instrument global, pouvant être utilisé par tous les services de renseignements français. En 2024, la société française de traitement de données ChapsVision a été retenue pour la première phase de l'appel d'offres. Une seconde phase doit suivre. En attendant, la DGSI a encore renouvelé sa licence avec Palantir fin 2025 - pour trois ans. En espérant que Washington ne coupe pas le courant.

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