L'Espagne exhorte l'UE à mettre fin à l'accord d'association avec Israël
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Pedro Sánchez a profité d’un meeting de campagne dans la province de Huelva pour lancer l’un des messages de politique étrangère les plus marquants de ces dernières semaines. « Ce mardi, le gouvernement espagnol portera en Europe la proposition que l’UE mette fin à son association avec Israël », a-t-il déclaré devant les participants au meeting.Le président du gouvernement a ajouté que l’Espagne est « un peuple ami d’Israël », mais qu’elle ne partage pas les actions de son gouvernement, et il a appelé les autres pays européens à se joindre à l’initiative.Il a affirmé qu'Israël « enfreignait le droit international » et ne pouvait donc « pas être un partenaire de l'Union européenne… c'est aussi simple que cela ».L'Espagne a à répétition critiqué le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu au sujet du conflit à Gaza et des attaques israéliennes contre le Liban voisin. Netanyahu a accusé l'Espagne d'« hypocrisie et d'hostilité ».La déclaration de Pedro Sánchez ne doit rien à l’improvisation. Quelques jours plus tôt, le locataire du palais de la Moncloa avait demandé à l’UE de suspendre l’accord d’association avec Israël à la suite de ce qu’il a décrit comme l’attaque israélienne la plus violente contre le Liban depuis le début de l’offensive. Dimanche, cet appel s’est transformé en engagement concret assorti d’une date.Un bras de fer diplomatique qui ne date pas d’hierL'accord d'association de juin 2000 entre l'UE et Israël comprend une clause exigeant le respect des droits de l'homme.L'Espagne et l'Irlande ont demandé pour la première fois une révision de cet accord en 2024, face aux inquiétudes suscitées par les tactiques employées lors de la guerre contre Gaza en réponse aux attaques du Hamas contre Israël en octobre 2023.Lors de l’European Pulse Forum 2026, organisé à Barcelone, Sánchez a affirmé qu’Israël est en train de « bafouer et violer » plusieurs articles de l’accord d’association, et il a souligné que l’Espagne est « prête à franchir ce pas avec de nombreux autres pays européens ». Netanyahu a répliqué en accusant l’Espagne de mener une « guerre diplomatique » contre Israël, ce à quoi Sánchez a répondu en portant le débat devant les institutions européennes.Israël non plus ne mâche pas ses motsLa reconnaissance par l'Espagne d'un État palestinien la même année a provoqué la fureur d'Israël, et Sánchez a depuis lors intensifié ses critiques à l'égard du gouvernement de Netanyahu.L'Espagne, l'Irlande et la Slovénie ont adressé vendredi une lettre à la Commission européenne demandant que l'accord avec Israël soit examiné lors de la prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE.Ce mois-ci, Netanyahu a accusé l'Espagne de mener une campagne diplomatique hostile contre son pays et a interdit à Madrid de participer aux travaux d'un centre dirigé par les États-Unis, créé pour contribuer à la stabilisation de Gaza après la guerre.« Israël ne restera pas silencieux face à ceux qui nous attaquent », a déclaré Netanyahu à l'époque.« Je ne suis pas prêt à tolérer cette hypocrisie et cette hostilité. Je ne permettrai à aucun pays de mener une guerre diplomatique contre nous sans en subir immédiatement les conséquences. »Le soutien européen : une majorité, mais pas l’unanimitéLa proposition espagnole ne s’inscrit pas dans l’isolement. Des pays comme la Belgique, la Slovénie, la Finlande, la France, l’Irlande, le Luxembourg, le Portugal et la Suède avaient déjà soutenu des initiatives similaires, tandis que la Bulgarie, la Croatie, Chypre, l’Allemagne, la Grèce, la Hongrie, l’Italie et la Lituanie s’y étaient opposés.L’UE est le premier partenaire commercial d’Israël, avec une relation évaluée à plus de 45 milliards d’euros par an, ce qui fait de toute rupture ou suspension de l’accord une décision lourde de conséquences économiques et politiques.Un réexamen de l’accord a mis en évidence des « indices » selon lesquels Israël n’aurait pas respecté ses obligations en matière de droits humains, même si plusieurs diplomates estiment que ces conclusions n’empêcheront pas nécessairement la poursuite du traité.La guerre en toile de fondSánchez s’est également adressé, lors du meeting, à ceux qui « ont déclenché cette guerre » et leur a demandé d’y mettre fin et de « freiner Netanyahu ». Le choix d’un événement de campagne électorale pour lancer ce message n’a rien de fortuit : le président cherche à démarquer l’Espagne sur la scène européenne tout en renforçant son profil progressiste auprès de l’électorat andalou.Une initiative citoyenne, Justice pour la Palestine, a déjà recueilli plus d’un million de signatures pour demander aux États membres de rompre l’accord entre l’UE et Israël, dépassant le seuil minimal qui oblige la Commission européenne à se pencher sur la question. La proposition espagnole bénéficie donc d’un vent favorable dans la rue, même si le chemin reste tortueux à Bruxelles.





