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Les médecins face à ChatGPT : l’IA a déjà pris une longueur d’avance

سياسة
L'Express
2026/04/16 - 05:30 501 مشاهدة

Le sujet s’est faufilé comme une évidence. Si bien qu’au début, personne ne s’est aperçu de la confidence. Début mars, L'Express rencontrait Andréas Werner, le président de l’Association française de pédiatrie ambulatoire, dans le cadre d'un article sur les IA conversationnelles en santé. Les échanges tournaient autour de la performance de ces outils, de la nécessité de technologies européennes, quand, au milieu d’une phrase, le ton libéré des formalités d’usage, surgit l’anecdote. Lui aussi, s'en remet parfois aux intelligences artificielles sur certaines questions médicales. De temps en temps, ce membre d’une demi-douzaine de sociétés savantes internationales, et spécialiste respecté, consulte ChatGPT sur certains syndromes qu’il n’a pas revu depuis la faculté, ou à propos de médicaments qu’il n’utilise guère.

L'outil peut faire gagner du temps. Car le pédiatre tient en parallèle un site Internet où échouent les demandes de parents en détresse. A raison de trois questions par jour, le médecin n’arrivait pas à répondre assez rapidement aux questions les plus épineuses. Alors Andréas Werner s’est dit que demander à l’intelligence artificielle de digérer la littérature, et de pondre une réponse comestible, après tout, ce n’était pas si horrible. "Même s’il y a trop d’erreurs, ces outils sont quand même pas mal, vous ne trouvez pas ?", souriait-il lors de notre rendez-vous. Il s’amuse des faiblesses humaines, moque les recommandations des jeunes médecins débordés. Un jour, l’un d’entre eux s’agace. En poste au 15, il recommande de donner de vieux antibiotiques de fond de tiroirs à un enfant malade, en attendant une véritable consultation. Une bêtise. Le spécialiste titille : la machine, elle, ne fatigue pas. Aurait-elle fait la même erreur ?

L'IA a déjà gagné la bataille

Ce docteur est loin d'être le seul à avoir pris le pli. Selon un baromètre ACSEL (l'Association de l'économie numérique) avec Toluna Harris Interactive, 90 % des professionnels de santé utilisent déjà des outils d’IA dans leur pratique et 53 % estiment que cela a modifié leur manière de travailler. Une utilisation très largement dominée par ChatGPT (84 %) et les IA génératives. L'Express avait récemment appris qu'un CHU français de taille moyenne avait enregistré en août dernier 500 000 questions posées à une IA (majoritairement ChatGPT). Nous avons cette fois contacté l'AP-HP (Assistance publique - Hôpitaux de Paris). S’il n'a pas recensé le nombre exact de connexions aux outils d'IA génératives, le premier réseau hospitalier français et européen a tout de même effectué un sondage instructif, en interne. Sur 2 500 professionnels, 40 % déclarent s'aider de l’IA pour de la recherche documentaire. Un chiffre vraisemblablement sous-estimé, reconnaît l’AP-HP. Ayden Tajahmady, directeur de la stratégie de l’établissement, a pour mission de coordonner tout ce foisonnement. Le sujet est sensible, car la technologie a deux visages. Pile, la révolution. Le gain de temps, d’efficacité, de précision, la découverte de nouvelles pratiques, de nouveaux remèdes. Face, le désastre. Des machines qui hallucinent ou se trompent avec un aplomb ravageur. Le manque d'évaluation des solutions. La déshumanisation du système.

Pour Ayden Tajahmady, pas de doute, l’IA a déjà gagné la bataille. La technologie est très utile. "On pourrait être tenté de tout interdire, mais c’est une réalité, il y a des usages spontanés partout. On peut s’en désoler ou s’en réjouir, mais c’est un état de fait. Notre enjeu, désormais, est de s’appuyer sur ce qui se fait sur le terrain pour structurer une approche au niveau de notre institution", raconte l’expert. Une valse à deux temps. La technologie fait le premier pas, les blouses blanches essayent de suivre. "Tout ce qu’on fait sur l’IA est en quelque sorte biodégradable. On ne peut pas prendre un an à réfléchir, car on sera très vite dépassé, il faut en permanence s’adapter."

Face à ce raz-de-marée, l’institution se refuse à tout contrôler. Elle oriente la vague, s’assure qu’elle déferle au bon endroit. L’ensemble du personnel va recevoir une formation de base, et alors qu’en mars 2024, l’Académie de médecine déclarait qu’il serait "contraire à l’éthique de se passer de l’aide de ces outils", une charte de bonne pratique a été créée. Le texte rappelle les grands principes. Les médecins doivent indiquer si l’IA est intervenue, ne pas créer de compte, ne pas renseigner des données de patients - c’est illégal - et privilégier des outils souverains tant qu’ils le peuvent. Une seule limite absolue a été posée : ne jamais laisser faire la machine. A la fin, c’est toujours le médecin qui tranche. C’est encore lui qui vérifie, et qui est responsable de la décision prise. "Si le GPS vous dit qu’il y a une route et qu’il n’y en a pas, vous devez rester maître de votre trajectoire", illustre le spécialiste de l’AP-HP.

Une réponse à un système sous tension

Avec l’IA, les risques sont insidieux. L’Express a pu consulter les données d’utilisation de MedGPT, un agent conversationnel prisé des soignants, revendiquant 65 000 utilisateurs et développé par la start-up française Synapse Medicine. Une sorte de ChatGPT très spécialisé, payant et plus sécurisé. On aurait pu imaginer que les soignants l’utilisent pour se former, se mettre à jour, lire des revues de littérature, mais les données disent le contraire : une question sur deux posée sur MedGPT attend une réponse directe, 16,4 % des questions sont fermées, c’est-à-dire appelant à un simple "oui" ou "non". "Les médecins sont en quête de réponses tranchées à apporter à leurs patients", commente Clément Goehrs, le fondateur de Synapse, médecin de formation. Ce ne sont d'ailleurs pas les seuls. Les infirmiers ou les pharmaciens utilisent également sa solution à des fins de diagnostic. Une compétence qui, légalement, ne leur appartient pas. "L'IA ne crée pas de nouveaux besoins mais vient répondre à ceux existant déjà, observe Clément Goehrs. Le système de santé est tellement sous tension que les infirmiers et pharmaciens font aussi de la prise en charge." Les soignants de manière générale prennent de plus en plus l’outil comme un conseil, un collègue : 15,8 % décrivent des symptômes cliniques pour obtenir une orientation, et environ un sur dix soumet des résultats d'examens et cherche une définition de maladie.

Forcément, se pose une question : nos blouses blanches pourraient-elles perdre, à terme, en compétence ? Une étude rétrospective publiée en octobre 2025 dans The Lancet Gastroenterology Hepatology montre déjà les signes d’un affaissement collectif. Elle décèle un "effet négatif" sur le comportement de praticiens qui ont utilisé une IA d’aide à l’analyse d’images, avant de devoir s’en passer. La même année, des scientifiques suisses ont soumis des tests à 666 volontaires. Plus ils ont recours à l’IA, moins ils sont critiques. Les résultats, publiés dans la revue Societies, doivent être confirmés, mais déjà, la tendance inquiète. "Des publications laissent entendre que les meilleurs médecins vont monter en compétence, alors que ceux qui ont besoin d‘apprendre, en revanche, semblent perdre en capacité s'ils arrêtent d’utiliser l’IA. C’est un énorme point de vigilance", souligne le Dr Pierre de Bremond d’Ars, élu au Collège de médecine générale, un groupement des associations de généralistes.

Il faut rappeler que l'IA ne s'arrête pas seulement aux agents conversationnels. La technologie s’invite désormais partout, des logiciels de comptabilité aux machines dernier cri. Ce jeudi 9 avril, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a annoncé lancer le 1er hôpital "augmenté", 15 millions d’euros pour faire du CHU de Montpellier la vitrine "souveraine, évolutive, et réplicable", d’une révolution qui concerne l’ensemble du territoire. A l’AP-HP à nouveau, on ne compte plus les projets analogues. Ici des microdrones cartographient l’intestin et pré-analysent les 10 000 images qu’ils récoltent pour sélectionner les taches les plus sombres. Plus loin, l’intelligence artificielle épluche en quelques minutes les "Holter ECG", des électrocardiogrammes de 24 heures. En anatomopathologie ou en radiographie, l’IA s’est rendue tout aussi indispensable, affichant même des taux d’efficacité supérieurs aux humains. "La mise à disposition de l'intelligence artificielle est, dans certains domaines, un vrai facteur d’attractivité des professionnels", note Alain Lamy, directeur du système d'information du CHU de Poitiers.

Travailler avec l'IA... et sans

Pour identifier les capacités à sécuriser, l’AP-HP s’est lancée dans un difficile inventaire. Que garder ? Les inquiétudes concernant la perte de compétences ne datent pas d'hier. Elles apparaissent à chaque nouvelle approche ou technique, bien avant l'arrivée de l'IA, comme le soulignait une analyse parue en décembre dans le New England Journal of Medicine AI. "Jusqu'au XIXe siècle, les médecins goûtaient l'urine pour diagnostiquer le diabète sucré. Si les nouvelles pratiques ont de meilleurs résultats, se défaire de certaines n’est pas anormal. Tout l’enjeu consiste à identifier lesquelles", illustre Ayden Tajahmady. "Désormais, plus personne ne sait lire des cartes sauf les pompiers et militaires. Notre rôle, c’est de veiller à ce qu’on puisse travailler avec l’IA, mais aussi sans", complète Pierre de Bremond d’Ars.

Faire avec la machine, sans la laisser faire, voilà le mot d’ordre. Et surtout, résister aux fantasmes : "Attention à ne pas se laisser emporter. Ce n’est pas de la poudre magique. L’IA ne remplace pas une bonne organisation, et ne peut guérir une mauvaise", prévient Ayden Tajahmady. En août, les syndicats CGT, FO, CFTC, et UNSA de l’AP-HP appelaient à la grève contre les économies de l'ancien Premier ministre François Bayrou, qualifiées d’"attaques frontales" contre le soin. Cette fois-ci, pas de coupe dans les effectifs. Mais demain ? Et si un jour, un gouvernement décidait de réduire les dépenses en remplaçant les blouses blanches par du silicium ? L’AP-HP assure à L’Express qu’elle n’a jamais utilisé les gains de performances de l’IA pour couper dans les effectifs. La Haute Autorité de Santé a publié en octobre 2025 un guide pédagogique destiné aux professionnels du secteur sanitaire afin d'accompagner leur première approche de l'IA générative et favoriser son bon usage. Le principe directeur tient en un acronyme rassurant : A.V.E.C. (Apprendre, Vérifier, Estimer, Communiquer). Mais aux Etats-Unis, où le système n’est pas aussi providentiel, l’hésitation n’a pas duré. "Nous pourrions remplacer une grande partie des radiologues par l’IA dès à présent", affirmait début avril, le PDG des hôpitaux publics de New York, le plus gros réseau hospitalier des Etats-Unis. Danser avec les machines oui. A condition qu’elles ne dictent pas la chorégraphie.

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