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"Les Iraniens sont entre le marteau et l'enclume" : pourquoi le soulèvement n'a pas eu lieu

العالم
L'Express
2026/03/28 - 16:00 501 مشاهدة

C’était le scénario dont rêvait Benyamin Netanyahou. Lorsque à la mi-janvier, le patron du Mossad, David Barnea, débarque à Washington pour présenter son plan pour l’Iran à la Maison-Blanche, les responsables américains et israéliens les plus optimistes estimaient que l’élimination de hauts cadres iraniens - au premier rang desquels le Guide suprême Ali Khamenei tué dès le 28 février -, combinées à des actions des services de renseignement, provoquerait rapidement un soulèvement populaire.

Mais plus d’un mois après le début du conflit, et alors que Donald Trump tente d’arracher un accord au régime des mollahs, force est de constater que la révolte tant espérée n’a pas eu lieu. "Trump semble avoir adhéré à une théorie israélienne selon laquelle un choc militaire a des conséquences politiques en cascade. C’était une erreur d’analyse", constate Mohammad Zahid, chercheur spécialiste du Moyen-Orient à Rasanah, un think tank basé en Arabie saoudite. Convaincu de l’existence d’une fenêtre stratégique, le président américain s’est donc lancé dans une opération où l'Amérique sert de démultiplicateur de puissance à l’aviation israélienne : le Pentagone vise principalement des cibles militaires et Israël privilégie une logique de décapitation du pouvoir et de changement de régime. Malgré le déluge de feu déployé et les moyens colossaux dépensés (près d’un milliard de dollars par jour pour l’armée américaine), le régime n'est toujours pas brisé.

"Donald Trump espérait un scénario à la vénézuélienne, dans lequel l’Iran serait suffisamment fragilisé pour que des éléments internes au régime, plus favorables à la négociation, émergent rapidement", renchérit Paul Salem, chercheur au Middle East Institute. Or, pour l’instant, Téhéran maintient coûte que coûte qu'elle ne négocie rien avec Washington. Et les deux nouveaux piliers du régime - Mohamed Bagher Ghalibaf, président du Parlement, ainsi que le général Mohamed Bagher Zolghadr, à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale - sont connus pour incarner la ligne dure des Gardiens de la révolution.

Opposants tétanisés

Le conflit de haute intensité en cours n’est pas la seule raison de cette paralysie sociale dans ce pays réputé pour sa contestation constante depuis près de vingt ans. De l’avis de nombreux Iraniens, les deux jours de massacre des 8 et 9 janvier, qui auraient fait plusieurs dizaines de milliers de morts selon les estimations des ONG, ont tétanisé les opposants. Elaheh*, qui était pourtant dans les cortèges en 2017, en 2019 puis en 2022 après le meurtre de Mahsa Amini, tuée lors de sa garde à vue pour un foulard mal placé, n’est pas près de redescendre dans la rue. "Le risque est devenu beaucoup trop élevé. Les gens sont en mode survie et extrêmement méfiants. Certains regrettent même d'avoir rejoint le mouvement (de janvier). Peu importe ce que disent Trump, Netanyahou ou Pahlavi", s’emporte cette Téhéranaise, qui a encore en mémoire les appels du pied répétés des dirigeants américains et israéliens à se soulever pour instaurer un nouvel ordre. "Nous ne pouvons pas forcer le peuple iranien à descendre dans la rue, mais nous pouvons essayer de créer les conditions qui le permettent, estime une source diplomatique israélienne. Nous ne pouvons pas entrer dans les détails, mais des mesures sont prises pour y contribuer et créer ces conditions".

Mais la situation sécuritaire actuelle en Iran jugule donc toute possibilité de renversement. De nombreux témoignages signalent que les forces de sécurité du régime ont multiplié les points de contrôle à Téhéran, fouillant les civils, confisquant leurs téléphones et interrompant leur accès à Internet. "Les rues ne sont toujours pas sûres. Les Gardiens de la révolution et les groupes affiliés sont dehors et sont prêts à tirer sur les gens. Sortir mettrait ma famille en danger, car les Gardiens font aussi des descentes au domicile des manifestants", s’inquiète Siavash*, qui vit dans la région de Karaj, à l’ouest de la capitale. Si certains Iraniens ont préféré fuir pour des zones moins exposées aux bombardements, d’autres à Téhéran tentent, tant bien que mal, de se protéger. Les menaces de frappes américaines sur les sites énergétiques - Donald Trump a prolongé l’ultimatum jusqu’au 6 avril - font redouter une nouvelle punition pour des Iraniens déjà meurtris par la répression la plus sévère de leur histoire. "Ils sont pris entre le marteau et l'enclume. Il y a vraiment de l'épuisement, du désespoir, de la colère, du fait qu'ils subissent encore cette situation. Les gens n'ont vraiment pas les moyens de sortir manifester", abonde l’historien spécialiste du Moyen-Orient Jonathan Piron, alors que près de 1 500 civils auraient été tués dans des frappes américano-israéliennes qui ont touché des écoles, des hôpitaux et d'autres infrastructures non militaires, selon un rapport publié le 27 mars par un consortium d'organisations de défense des droits de l'homme.

Inquiet pour sa survie, le régime des mollahs a aussi ravivé ses pires réflexes répressifs. A la veille de Norouz, le Nouvel an iranien célébré le 20 mars, la République islamique a exécuté trois personnes, arrêtées lors des manifestations de janvier et accusées du meurtre de "deux agents de la police". Mehdi Ghasemi, dont l’âge est inconnu, Saleh Mohammadi, lutteur professionnel multimédaillé de 19 ans ainsi que Saeed Davoudi, 21 ans, ont été condamnés pour "guerre contre Dieu" et "actions opérationnelles en faveur du régime sioniste et des Etats-Unis".

Ce contexte sécuritaire ne laisse donc entrevoir "aucun soulèvement spontané à brève échéance", nous assure une source diplomatique française. "Les manifestations de janvier ont constitué un défi majeur, peut-être le plus important auquel le régime ait jamais été confronté. Mais le choix d’engager une répression d’une extrême brutalité et de renforcer son contrôle interne est aussi révélateur de sa fragilité", précise-t-elle, alors que Paris a augmenté dès le mois de février le nombre de visas accordés aux ressortissants iraniens demandant l’asile.

Kurdes méfiants envers Trump

Afin de semer le chaos et attiser une éventuelle révolte, le Mossad prévoyait aussi de soutenir les milices kurdes. Preuve de la fébrilité iranienne face à cette menace, des frappes menées par Téhéran ont été signalées dans l’ouest du pays, visant à affaiblir une éventuelle résistance de ces organisations armées. Au début de la guerre, des rumeurs évoquaient également une incursion terrestre depuis les montagnes du Kurdistan irakien, refuge des factions iraniennes d’opposition. Mais Donald Trump, qui a un temps envisagé leur participation à ce conflit, a fait volte-face le 7 mars. "Nous n'envisageons pas que les Kurdes y aillent. Nous avons une relation très amicale avec les Kurdes, vous le savez, mais nous ne voulons pas rendre cette guerre plus compliquée qu'elle ne l'est déjà", a assuré le président américain. De fait, la méfiance est de mise face à un président imprévisible, dont les buts de guerre sont restés éternellement flous. Les Kurdes syriens ont clairement averti les Kurdes iraniens de ne pas faire aveuglément confiance à Washington sans garanties concrètes. Parmi leurs doléances : la nécessité d’un véritable appui militaire américain, ainsi que l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne, sur le modèle de celle mise en place lors de la guerre du Golfe en 1991 pour protéger les Kurdes irakiens des bombardements du régime de Saddam Hussein. Le peuple kurde a encore en mémoire l’exemple récent du Rojava, le Kurdistan syrien, dont l’autonomie a pris fin en janvier 2026, après le soutien du locataire de la Maison-Blanche à l’offensive d’Ahmed al-Charaa vouée à reprendre ce territoire…

Toutefois, cela pourrait très vite évoluer. Alors que Donald Trump se vante constamment "d’être extrêmement en avance sur le calendrier prévu" d’une guerre qui pourrait durer "entre quatre et six semaines", rien ne dit que les États-Unis et Israël ne vont pas à un moment ou à un autre soutenir plus activement - voire armer - ces groupes kurdes ou d’autres minorités ethniques afin d’éroder progressivement le contrôle de l’Etat iranien et favoriser l’émergence d’un soulèvement interne. "Cela rappellerait le scénario syrien sous Bachar el-Assad, qui s’est déroulé sur plus d’une décennie avant de contribuer à l’effondrement du régime", se souvient Paul Salem, expert de la région.

Mais derrière la question kurde se pose aussi celle "de l’intégrité du territoire iranien", rappelle une source diplomatique israélienne. Nous ne voulons pas créer une situation qui pourrait encourager sa fracturation". Et même si les Kurdes entraient dans le conflit, le rapport de force militaire pencherait clairement du côté iranien avec ses bassidji, ses Pasdaran (entre 125 000 et 200 000 hommes) et son armée régulière (environ 400 000 hommes). "La question centrale serait de savoir si d’autres minorités armées, notamment les Baloutches, entreraient également en action depuis le sud du pays. Dans un tel scénario, le régime pourrait se retrouver pris en étau", avance David Khalfa, cofondateur de l'Atlantic Middle East Forum. Mais politiquement, l’opposition iranienne peine toujours à trouver un leader capable d’offrir une feuille de route crédible pour l’après-régime. Le fils du Chah, Reza Pahlavi, multiplie ses efforts pour s’imposer comme le recours. Mais si le soulèvement de décembre‑janvier a montré que les monarchistes en exil ont encore une certaine audience, le prince héritier ne bénéficie pour l’instant d’aucun soutien du président américain, qui le surnomme le "loser prince".

Toute résurgence d’une contestation pourrait aussi dépendre de la volonté de Donald Trump d’engager une détente dans le conflit ou, au contraire, de procéder à une escalade avec l’envoi de troupes sur le sol iranien. Le déploiement des parachutistes de la 82e division aéroportée au Moyen-Orient, ainsi que de 4 500 Marines, démontre que l’idée n’est plus totalement tabou au sein de l’administration américaine. "Elles ne sont envisagées que dans des scénarios très limités et ciblés comme la prise de l’île de Kharg (le verrou stratégique iranien des exportations d’hydrocarbures) dans le détroit d'Ormuz. Mais pas pour un changement de régime global", nuance Shahar Koifman, l’ancien chef du "bureau Iran" du renseignement militaire israélien pour qui, seuls "un isolement prolongé et une limitation de ses ressources affaiblissent structurellement ce type de régime et peuvent, à terme, favoriser des dynamiques de contestation". Comment, alors, redonner force et espoir à cette rue iranienne héroïque depuis des décennies ? "Par des défections au sein des élites et des forces de sécurité, des communications protégées contre le black-out du régime, des grèves durables, notamment dans les bazars, des structures locales capables de se coordonner malgré les arrestations", énonce le chercheur Mohammad Zahid. Le temps pourrait donc être le juge de paix. Mais cette perspective ne fait guère l'affaire d'un Donald Trump qui ne veut surtout pas s’éterniser avant les élections américaines de mi-mandat…

*Les prénoms ont été changés

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