Le «nuage» radioactif de Tchernobyl s'est-il vraiment arrêté à la frontière française ?
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Le «nuage» radioactif de Tchernobyl s'est-il vraiment arrêté à la frontière française ?Par Arthur Bijotat CARTE - Il y a quarante ans jour pour jour, le réacteur N°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl explosait, provoquant de gigantesques rejets radioactifs dans l'atmosphère. Si la majeure partie de ces matières s'est déposée en Ukraine, au Belarus et en Russie, une quantité substantielle a fini sa course en Europe de l'Ouest. Défilez pour débuter26 avril 1986 – 1:23:45Suite à un mélange de graves défauts de conception du réacteur RBMK et d’erreurs humaines lors d’un test de sécurité très mal préparé, le réacteur N°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl explose, rejetant des particules radioactives à très haute altitude, entre 1500 et 7500 mètres. Celles-ci forment alors un «premier nuage» qui se dirige vers l'est. Des traces de radioactivité seront décelées en Russie, en Chine, au Japon et même sur la côte ouest des États-Unis. Mais simultanément, l'intense incendie qui a suivi l'explosion libère aussi des matières radioactives à une altitude plus basse. Elles vont constituer un «second nuage», qui prend d'abord la direction du nord-ouest. C'est lui qui concernera ensuite l'Europe de l'Ouest et notamment la France. Il a été modélisé par l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) en 2006, en reconstituant les conditions météorologiques observées en Europe au cours des jours ayant suivi l’accident. Est représentée la concentration de césium 137 dans l'air au-dessus du sol, exprimée en becquerel par mètre cube (Bq/m3), c'est-à-dire le nombre de désintégrations radioactives qui se produisent chaque seconde dans un mètre cube d'air : plus la valeur est élevée, plus la radioactivité est forte. Concentration de césium 137 dans l'air au-dessus du sol (en Bq/m3) :..... 0,01 – 0,1..... 0,1 – 1..... 1 – 10..... 10 – 100..... 100 – 1000 Dans un premier temps, les matières radioactives du panache, telles que le césium 137, sont dirigées vers les pays Baltes et la Scandinavie par un vent de nord-ouest. C'est là que, le 28 avril, un chimiste de la centrale de Forsmark (Suède) découvre un taux de radioactivité bien supérieur à la normale, forçant les autorités soviétiques à admettre l'accident de Tchernobyl. Les vents tournent à partir du 29 avril. Le panache est rabattu vers le sud : l'Europe centrale et les Balkans. Les rejets datant du 27 avril sont, quant à eux, projetés vers l'Europe de l'Ouest (Allemagne, Italie et France). Ces pays ainsi que le Benelux sont touchés à partir du 30 avril et jusqu'au 5 mai. La France n'est donc pas épargnée : la concentration en césium 137 y atteint son pic le 1er mai puis la contamination de l’air persiste jusqu’au 5, tout en diminuant. Les dépôts au sol ont été relativement faibles compte tenu de cette courte période. Mais ils ont été beaucoup plus importants et très hétérogènes sur l'est du pays en raison des précipitations intervenues durant ces cinq jours. Un flux d'ouest va couper en deux le panache : le Royaume-Uni et l'Irlande voient à leur tour arriver les particules radioactives tandis que l'autre partie reflue vers l'est. L'Espagne et le Portugal sont épargnés. Simultanément, d’autres rejets vont toucher l’Europe de l’Est et du Sud, la Turquie, la Russie et le Caucase. Comme le décrit l'IRSN, une semaine après la catastrophe, «les matières radioactives correspondant aux différents rejets et trajectoires se mélangent afin de former une masse d'air contaminée sur la majeure partie de l'Europe à des concentrations de plus en plus faibles avec l'accroissement des distances». C'est également à partir du 5 mai que s'arrêtent les rejets suite aux largages de sable et de bore par hélicoptère sur le réacteur accidenté. Selon le dernier livre blanc de l'UNESCAR, le Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des radiations atomiques, publié en 2017, le nombre de cancers de la thyroïde a presque triplé chez les enfants et adolescents de l'époque dans les trois pays les plus touchés (Ukraine, Belarus, Russie). Un quart de cette augmentation est lié à l'exposition aux radiations. Et même 60% pour les jeunes évacués à l'époque. Comme évoqué, les pluies fortes et localisées, entre le 2 et le 4 mai, ont provoqué des dépôts importants dans les sols, à l'est d'une ligne allant de la Moselle à la Corse. Cependant, les doses reçues par la population sont demeurées très faibles et n'ont provoqué aucun problème sanitaire majeur. L'Institut de veille sanitaire (InVS) ne recense que 7 à 55 cas de cancer de la thyroïde liés aux radiations dans l'est de la France entre 1991 et 2015. CréditsRÉDACTION Arthur Bijotat RÉALISATION TECHNIQUE Dario IngiustoNicolas Dunis RÉDACTION EN CHEF Stéphane Saulnier SOURCES Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR)Lawrence Livermore National LaboratoryJenkin, E., & Cook, T. (Réalisateurs). (2026). Tchernobyl, anatomie d'une catastrophe [Série documentaire, 3 épisodes]. Windfall Films ; ZDF/ARTE.Comité scientifique des Nations unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR)Commissariat à l'énergie atomique (CEA)Institut de veille sanitaire (InVS)




