Le Maroc rase des quartiers populaires et des mosquées pour briller au Mondial 2030
Pour faire bonne figure lors du prochain Mondial 2030 dont il a hérité l’organisation avec l’Espagne et le Portugal, le Maroc se lance dans la course contre la montre et met les bouchées doubles pour être prêt.
En perspective de ce grand rendez-vous footballistique planétaire, le royaume dont la récente organisation de la Coupe d’Afrique des Nations a déjà entaché la réputation, s’est engagé dans une série de projets d’infrastructures de standing-stades, axes routiers, complexes touristiques-mais a également lancé une opération de… démolition d’envergure.
Vieux quartiers, mosquées…Rien n’est épargnée par les bulldozers et autres engins de terrassements ! L’objectif est de se débrasser des signes de la misère des grandes villes pour présenter une image d’un pays prospère.
Sous prétexte d’éradication des bidonvilles, un vaste programme lancé en 2004 et censé s’achever en 2010, les autorités ont relancé à marche forcée une entreprise de démolition de quartiers entiers dans plusieurs villes du pays, selon la presse locale.
Retardé prétendument par des contraintes foncières, des défaillances de recensement et des lenteurs administratives, ce programme connaît aujourd’hui une accélération brutale dont le coût social est exorbitant : des milliers de familles jetées dans la rue et une grande indignation sur les réseaux sociaux.
Transformation urbaine à la hussarde
À Casablanca, la grande métropole du royaume, les pelleteuses opèrent à un rythme effréné. Des quartiers historiques comme Derb Rmad, dans l’ancienne médina (arrondissement de Sidi Belyout), ou Derb Mouha et Saïd ont été rasés pour faire place au projet de l’« Avenue royale », destinée à relier le centre-ville à la mosquée Hassan II, rapporte le site d’information « Lebrief.ma ».
« Au total, ce sont environ 15.000 habitations ou commerces qui sont voués à la destruction. Mais en réalité, la problématique du relogement ressemble à un chemin de croix. Certaines maisons sont là depuis les années 30. Pourtant, certaines d’entre elles ne sont pas enregistrées comme bénéficiaires. Comment est-ce possible ? Le recensement, pilier du programme « Villes sans bidonvilles » lancé dès 2004, semble troué comme une passoire, excluant ceux qui ont pourtant grandi sur ces terres depuis des générations », relève le journal.
Dans l’arrondissement de Sbata, la célèbre ferraille de Salmia, un marché informel de pièces automobiles faisant vivre près de 10.000 personnes, est en cours de démolition pour céder la place à une cité sportive comprenant un stade de 35.000 places, un complexe de rugby et un hôpital, d’après la même source.
Plus loin, sur la corniche d’Aïn Diab, le complexe touristique « Lido Paradise » a été rasé, officiellement pour illégalité, mais dans les faits pour libérer l’espace en vue d’un aménagement touristique d’envergure.
À Dar Bouazza et dans la commune de Nouaceur, des terrains occupés de manière informelle sont également ciblés pour des projets immobiliers.
À Aïn Borja (Hay Mohammadi), les habitants du secteur du « champ de tir » ont vu leurs habitations démolies malgré leur résistance, souligne le journal.
Et ces opérations de démolition ne sont pas circonscrites à Casablanca, seulement. À Rabat, la capitale, les quartiers de l’Océan et Akkari sont touchés par des expulsions massives, d’après la même source.
À Tanger, le quartier Benkirane (zone Chouk) connaît une situation similaire. El Kénitra et Témara connaissent également des vagues de démolitions, portant à plusieurs centaines de milliers le nombre de personnes affectées à l’échelle nationale.
Un coût social élevé et une contestation grandissante
Mais derrière cette modernisation à pas forcés, le coût humain est considérable. À Derb Rmad, des familles entières ont été ainsi contraintes de quitter leurs logements dans la précipitation, parfois sans indemnisation ni solution immédiate.
Des images et vidéos de certaines scènes de détresse sont répercutées sur les réseaux sociaux : habitants en larmes devant leurs maisons détruites, effets personnels abandonnés sur les trottoirs, nuits passées à la belle étoile.
« La méthode marocaine a de quoi interroger. Si les autorités justifient ces démolitions brutales par la lutte contre l’habitat insalubre ou la préparation du Mondial 2030, le volet social reste le parent pauvre de ces transformations », observe le site d’information.
Les commerçants ne sont pas en reste. À Salmia, des milliers d’activités informelles se retrouvent brutalement à l’arrêt. Si la mairie de Casablanca a annoncé l’acquisition d’un terrain de 260 hectares pour reloger les ferrailleurs, les professionnels dénoncent un manque total de concertation et l’absence de calendrier précis. Beaucoup, pourtant enregistrés et contribuables, se retrouvent plongés dans une incertitude totale.
Afin de rassurer et de contenir la grogne, le gouvernement met en avant les dispositifs du programme « Villes sans bidonvilles » : recasement, indemnisation ou relogement dans des appartements sociaux. Mais dans la pratique, ces solutions se heurtent à de nombreux obstacles.
Les recensements sont jugés défaillants, excluant des familles installées depuis des décennies et les coûts exigés, jusqu’à 100.000 dirhams pour un logement social, sont hors de portée pour des ménages vivant de l’économie informelle. Résultat : beaucoup se retrouvent sans solution viable, contraints de s’endetter ou de sombrer davantage dans la précarité.
Cette politique ne manque pas d’ailleurs de susciter une vague d’indignation croissante sur les réseaux sociaux et au sein de la société civile.
La ligue marocaine pour la citoyenneté et les droits de l’Homme dénonce ainsi des « violations massives » et une gestion opaque de l’opération.
Si pour le gouvernement, les justificatifs passent invariablement des préparatifs du Mondial 2030, la lutte contre l’illégalité ou encore l’achèvement de la « débidonvillisation » du royaume, pour certains observateurs, en revanche, ces opérations cacheraient aussi une volonté de libérer du foncier au profit de grands projets bénéficiant à des lobbies et à des cercles proches du makhzen, tout en répondant aux attentes d’une clientèle étrangère et d’investisseurs internationaux, au détriment des populations locales.
Dans certains quartiers, on a tenté d’ailleurs d’organiser la contestation. À Aïn Borja, des habitants ont formé des chaînes humaines pour tenter de bloquer les bulldozers.
Une résistance vite brisée par l’intervention des forces auxiliaires, déployées pour sécuriser les opérations de démolition.
Cette affaire intervient dans un climat déjà tendu, marqué par d’autres polémiques, notamment autour de la destruction d’une mosquée ancienne à Casablanca et de controverses liées à certains projets immobiliers.
Le Mosquée Bab Marrakech, située au cœur de la vieille ville de Casablanca, a été entièrement démolie par les autorités marocaines.
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— AL24News Français (@AL24Francais) April 24, 2026
Autant dire que la tension risque de ne pas s’estomper dans les prochains mois sachant que le Royaume, prisonnier des lobbies, se soucie plus de son image quitte à laisser sur le bord de la route des milliers de citoyens.
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