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"Le Banc", un polar drôle et émouvant sur le grand âge

سياسة
L'Express
2026/04/07 - 10:38 501 مشاهدة

Cette année, les plus de 65 ans sont, en France, presque aussi nombreux que les moins de 20 ans. Evolution démographique, ce vieillissement de la population se ressent aussi du côté des librairies, du cinéma ou des séries. En fiction, les bandes de seniors pas toujours fréquentables sont à la mode. Il y a la BD Les Vieux fourneaux, la comédie Maison de retraite avec Kev Adams, les livres de Richard Osman Le Murder club du jeudi adaptés sur Netflix…

Pour son premier roman, la journaliste et essayiste Géraldine Smith, qui avait signé un livre remarquable sur les fractures françaises vues depuis la rue Jean-Pierre Timbaud à Paris, s'inscrit dans cette veine, et jette un même regard tendre et cocasse sur le grand âge. Le veuf Georges, 95 ans, Marcel, de six ans son cadet, et le jeunot Jean-Marc, fraîchement retraité, se retrouvent tous les jours, toujours à la même heure - après la sieste et avant les infos - sur un banc dans une résidence de la grande banlieue parisienne. Ils parlent de l’actualité du quartier, de politique, de l’évolution de la France et du passé qui s’efface doucement dans la tête de Georges. On rit, on se dispute et on se réconcilie. Atteint d’une démence fronto-temporale qui le désinhibe, l’élégant nonagénaire, autrefois allergique à la vulgarité, contrôle de moins en moins ses commentaires sur les fesses des femmes. Mais un jour, il est retrouvé mort dans son lit. L’autopsie conclut à une surdose de somnifères que Georges n’a pas pu prendre seul. Les bijoux de sa défunte épouse Claudia ont disparu.

Qui a bien pu vouloir tuer un homme de 95 ans ? La police s’intéresse à l’entourage et se concentre sur six suspects : ses deux enfants, Isabelle et Paul, son auxiliaire de vie Mariola, Chantal, une sosie de Danièle Gilbert qui venait lui faire la lecture tout en abusant de son portefeuille, Alain, gardien chti de la résidence surnommé "le shériff", ou Abdel, qui tenait une baraque à frites sur le parking et s’est soudain évaporé.

"Sagesse du roman"

Alternant entre l’enquête et des flash-back sur les derniers mois de la vie de Georges, Géraldine Smith réussit une intrigue surprenante qui assume ses bons sentiments. Quel que soit son âge, on a envie de traîner sur ce banc avec les compères Georges, Marcel et Jean-Marc, et se souvenir du temps où l’on pouvait fumer des cigares dans l’avion et faire des achats dans des boucheries chevalines. Mais entre les pages feel good, la romancière dépeint aussi les aspects plus tabou ou crus du vieillissement. Elle rappelle ainsi qu’un homme sur deux de plus de 80 ans affirme "avoir une sexualité" contre 30% de femmes, ce qui statistiquement crée pas mal de frustrations. La vieillesse ne serait-elle qu’une seconde jeunesse avec des rides, des problèmes de vue ou de l’arthrose? Albert Camus : "La tragédie de la vieillesse n’est pas celle d’être vieux mais celle d’être jeune".

Au fil des pages, ce polar au sein du troisième âge se fait plus grave, montrant la difficulté pour les enfants de maintenir à son domicile un nonagénaire qui refuse l’Ehpad, la gêne à se retrouver à nettoyer un père incontinent qu’on considérait jadis comme une idole. Le roman devient bouleversant quand s’invite la délicate question de la fin de vie. Alors que le Sénat a encore repoussé l’examen de la proposition de loi sur un droit à l’aide à mourir et que des lobbyistes catholiques crient à une rupture civilisationnelle, rien ne vaut mieux ce que Milan Kundera nommait la "sagesse du roman". La littérature est une suspension du jugement, et face aux certitudes idéologiques, elle privilégie la complexité de la vie. Mieux que tous les débats militants, on recommande donc la lecture de cette fiction d’une grande humanité. Voici un Banc qui devrait trouver son public.

Le Banc, par Géraldine Smith. Albin Michel, 261 p, 19,90 €.

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