Lamia Aït Amara : concerts, écoles, feuilletons… une vie à 100 à l’heure
Elle mène une vie à 100 à l’heure. Elle donne des concerts, enseigne le répertoire andalou, chapeaute deux écoles d’art à Alger et interprète des génériques de feuilletons.
Lamia Aït Amara nous a reçus dans son école, La Clé des Arts à Dely Ibrahim, un établissement où les enfants s’initient à la peinture, guitare, piano, théâtre, danse classique…
L’interprète de musique andalouse à la voix chaude nous parle de sa passion pour son métier et de son engagement pour la transmission de son savoir à la jeune génération. Pour TSA, elle interprète a cappella le générique du feuilleton Fatma de Djaffar Gacem.
Vous avez tracé votre route vers la musique andalouse, dès votre petite enfance. Racontez-nous…
Lamia Aït Amara : J’ai commencé vers 4-5 ans à étudier la musique andalouse et c’était le choix de mes parents.
J’ai été encadrée par le Professeur Youcef Oueznadji, élève du grand maître Sid-Ahmed Serri dans l’association Les Rossignols d’Alger, à Cheraga. Par la suite, j’ai intégré l’association El Inchirah, sous la direction du maître Smail Henni, où j’ai appris les dérivés de la musique andalouse : el haouzi, el malhoun et el aroubiette.
Comment expliquez-vous la multiplication des concerts de musique andalouse à l’étranger ?
La musique andalouse constitue l’une des richesses de notre patrimoine. C’est un honneur de représenter l’Algérie à l’étranger, et je suis toujours heureuse de participer à ce genre de festivals internationaux et d’y interpréter notre belle musique.
À l’automne 2025, vous avez participé au Festival du Monde Arabe à Montréal. Comment avez-vous vécu cette expérience ?
Une superbe expérience. Le public était composé d’Algériens bien sûr, mais également d’étrangers venus découvrir la musique algérienne. C’est un spectacle mémorable qui restera gravé à jamais dans mon cœur. J’espère participer à l’édition 2026.
Pourquoi avoir investi dans deux écoles d’enseignement artistique ?
Si je pouvais, j’en aurais ouvert dix. Je passe tous mes week-ends avec mes élèves, partageant mon temps entre mon école de Dely Ibrahim et celle de Souidania. En créant La Clé des Arts, je concrétise un rêve d’enfant. J’aime la formation et je marche sur les pas de mon professeur Youcef Ouznadji : la transmission du patrimoine.
En Algérie, le marché de la musique reste faible. Pourtant les parents n’hésitent pas à inscrire leurs enfants dans ce genre d’école. Pourquoi ?
La musique n’est pas uniquement une activité professionnelle juste pour gagner de l’argent. La musique reste une passion, un équilibre pour l’enfant.
Cela l’aide à se concentrer à l’école. C’est extraordinaire d’avoir une passion dans la vie. Moi-même j’ai été banquière, et la musique m’a permis de m’ouvrir et d’avoir une autre chance pour évoluer dans la vie.
Vous avez interprété le générique du feuilleton Fatma de Djaffar Gacem. Parlez-nous de cette participation…
J’avais déjà collaboré avec Djaffar Gacem dans les deux éditions du feuilleton ‘Dar Lafchouch’. C’est toujours un plaisir et un honneur de travailler avec un réalisateur aussi talentueux et professionnel.
Djaffar m’a contactée pour interpréter le générique de ‘Fatma’. Je lui ai demandé de m’envoyer le texte pour m’en imprégner, mais il a dit : « Non, viens l’écouter avec moi, car la première interprétation est très importante. » À la première écoute, j’ai eu un grand coup de cœur pour cette chanson.
À votre avis, pourquoi la musique andalouse n’arrive-t-elle pas à se hisser à l’international comme le Raï ?
La musique andalouse n’a jamais été une musique commerciale. Dans ce genre de registre, les morceaux de nouba sont très lents. Toutefois, je pense qu’avec des arrangements et de nouvelles sonorités, la musique classique algérienne pourrait traverser les frontières rapidement.
Est-ce que le métier d’artiste est rentable en Algérie ?
En Algérie, pour pouvoir vivre de son métier d’artiste, il faut animer les cérémonies de mariage. Cela reste un choix. Personnellement je ne suis pas dans ce créneau. Mes écoles me prennent beaucoup de temps, sans oublier mes obligations en tant que maman.
J’aime beaucoup retrouver mon public de temps en temps dans des salles de spectacle. Je suis très prise par la formation de mes élèves dont je suis la progression pas à pas. Gérer un établissement avec des enfants est une énorme responsabilité.
Qu’aimez-vous chanter en dehors du répertoire andalou ?
Toutes les chansons algériennes, tous les styles : chaoui, kabyle, châabi, andalou… Par exemple, je trouve ‘Soba Rachrach’ de Zoulikha extraordinaire.
D’ailleurs, lors de mes représentations à l’étranger, j’intègre d’autres chansons au répertoire andalou à l’instar de la chanson kabyle. Mon père, paix à son âme, jouait de la guitare et mon enfance a été bercée par la musique berbère.
Vous êtes la maman de deux garçons. Comment conciliez-vous vos obligations professionnelles et votre rôle de mère ?
Je suis une maman algérienne. Je suis donc forte. (Rires). Mes deux enfants sont souvent présents dans mes ateliers. J’essaye de m’organiser comme je peux. C’est une vie ordinaire d’une maman algérienne.
Il paraît que vous avez la phobie des avions.
« C’est vrai, j’ai une peur bleue de prendre l’avion, surtout pour les longs courriers. Je suis heureuse de me produire à l’étranger, mais il y a toujours ce handicap des vols… ».
Vous êtes en plein préparatifs de la fête de fin d’année de la Clé des Arts…
Oui. Un spectacle conçu avec les élèves de la Clé des Arts sera donné aux parents, à la salle Atlas, en juin prochain. Les préparatifs vont bon train. Il y aura du théâtre, de la danse classique, du chant et plein d’autres surprises.
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