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"La Russie sera capable d'attaquer un pays de l'Otan d'ici 2030" : l’alerte d’Anders Fogh Rasmussen

العالم
L'Express
2026/03/28 - 06:45 501 مشاهدة

Les Européens doivent prendre en main leur défense : c'est le message qu'Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l'Otan de 2009 à 2014, est venu marteler dans la capitale française à l'occasion du Paris Defence and Strategy Forum. Organisé du mardi 24 au jeudi 26 mars par l'Académie de défense de l'Ecole militaire, en partenariat avec L'Express, l'événement a réuni de nombreux dirigeants internationaux. Parmi eux, l'ancien premier ministre danois, qui s'est exprimé en faveur de deux idées qui lui sont chères : le soutien à l'Ukraine et l'importance d'une Europe de la défense forte - en coopération avec les Etats-Unis.

Auprès de L'Express, Rasmussen évoque ce qui est, selon lui, un impératif : la hausse des dépenses de défense des pays de l'Otan à 5 % du PIB, comme les membres de l'Alliance s'y sont engagés en juin dernier. Pour peser face à des Etats-Unis devenus imprévisibles, le Danois réclame aussi un changement d'état d'esprit des Européens. Il faut s'adapter à la philosophie de Donald Trump, et pratiquer une diplomatie "transactionnelle", dit-il.

L'Express : Un thème a traversé l'ensemble du Paris Defence and Strategy Forum : celui de l'autonomie stratégique européenne, alors que l'allié américain devient de plus en plus imprévisible. Comment l'accueillez-vous ?

Anders Fogh Rasmussen : Je suis en faveur de l'autonomie européenne - mais je voudrais qu'elle s'exerce en collaboration avec les Etats-Unis. Le Vieux continent doit être capable de tenir sur ces deux piliers. Pendant trop longtemps, nous avons été dépendants de l'énergie russe bon marché, des produits chinois à bas prix et de la sécurité américaine à bas coût. Ce modèle ne fonctionne plus.

Ce changement implique des décisions politiques qui devront être prises au minimum à 27 pays. Est-ce possible ?

La faiblesse de l'Europe réside, de toute évidence, dans ses différences nationales. Mais la diversité peut aussi être une force. Prenons un exemple concret : la capacité nucléaire française. J'apprécie particulièrement le récent discours du président Macron dans lequel il a lancé une nouvelle stratégie française, étendant en quelque sorte le parapluie nucléaire français à l'ensemble de l'Europe. Nous avons besoin d'une capacité nucléaire européenne pour dissuader la Russie, qui est une puissance nucléaire. Bien entendu, je continue de compter sur le parapluie nucléaire et les capacités des Américains. Mais les doutes soulevés quant à l'engagement américain envers l'Europe rendent nécessaire que nous soyons autonomes, y compris en matière de dissuasion nucléaire. Cela ne remplacera pas les Américains. Cela les complètera et rendra l'ensemble de l'Alliance plus forte. Nous devrions renforcer le pilier européen de l'Otan. Le fait que l'Europe puisse se défendre n'affaiblirait pas l'alliance, au contraire.

Au-delà du nucléaire, montrons-nous à la hauteur des investissements en matière de forces conventionnelles. Il faut avant tout respecter la décision prise lors du sommet de l'Otan l'année dernière d'atteindre un objectif de 5 % du PIB par pays en investissement de défense. L'échéance est fixée à 2035, mais elle devrait être plus courte, et être accomplie d'ici à 2030. Il faut hisser l'économie européenne aux enjeux d'une situation de guerre. Vladimir Poutine l'a fait pour la Russie ; l'Europe doit faire de même.

L'objectif des 5 % est ambitieux. Plusieurs capitales l'envisagent avec réticence, alors que beaucoup ont longtemps bénéficié des dividendes de la paix et réduit leur appareil militaire…

Ils n'ont plus le choix. Notre système de santé, notre liberté, notre démocratie et notre mode de vie doivent être protégés. Nos hôpitaux, nos écoles, nos services aux personnes âgées, nos crèches… Aucun de ces atouts ne vaut quoi que ce soit si nous ne sommes pas capables de les défendre. La défense est donc l'investissement le plus important que nous puissions faire. Or, selon nos services de renseignement, la Russie sera capable d'attaquer un allié de l'Otan d'ici à la fin de la décennie. C'est pourquoi nous devons mobiliser nos économies en prévision d'une guerre au plus vite, afin de dissuader Moscou de tenter d'attaquer un allié de l'Otan.

Lors d'un sommet de l'Otan à La Haye en juin 2025, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a refusé de souscrire à l'engagement collectif des 32 Etats membres de consacrer 5 % de leur PIB à leur sécurité. N'est-ce pas la preuve que les priorités ne sont pas les mêmes d'un pays européen à un autre ?

L'Espagne est un exemple du manque de solidarité. Le Premier ministre espagnol a accepté, lors du sommet de l'Otan, de fixer un nouvel objectif de 5 % de dépenses du PIB avec ses homologues. Dès sa sortie du sommet, il a déclaré qu'il ne respecterait pas cet objectif. Il est évident que l'on observe en Europe des exemples d'hésitation et de résistance. Mais il ne s'agit pas d'un choix libre. Nous avons le devoir de protéger nos sociétés contre d'éventuelles attaques russes.

Comment pourrions-nous améliorer la réponse européenne ?

Une coalition de pays volontaires s'est déjà créée sous l'égide de la France et du Royaume-Uni. L'initiative est appréciable, mais les choses avancent trop lentement. La coalition des volontaires est devenue une coalition d'attentistes. J'encourage donc le gouvernement français à accélérer le processus. Il en va de même pour la mise en place d'une force de réassurance en Ukraine, imaginée dans le cadre d'un éventuel cessez-le-feu. Cette étape sera le véritable test de la force de ces nations. Les pays membres sont-ils prêts à déployer des troupes en Ukraine ? Kiev a besoin de garanties de sécurité, or, nous savons que Poutine ne respecte pas les engagements pris seulement sur le papier. Seule une présence militaire sera efficace.

Une telle coopération est-elle réellement possible ? L'échec annoncé du Scaf, le projet d'avion franco-allemand, semble montrer le contraire…

C'est une faiblesse de l'Europe : nous avons 27 pays défendant leurs intérêts nationaux au lieu de coopérer au-delà des frontières. Nous parlons ici d'une capacité militaire traditionnelle lourde. Pour ce type d'investissement, nous avons besoin d'une coopération transfrontalière se traduisant par des fusions-acquisitions qui produiront des champions européens. Parallèlement, nous avons aussi besoin de start-ups, de petites entreprises agiles, flexibles, capables de produire des capacités militaires de haute technologie beaucoup plus rapidement.

Craignez-vous que le conflit au Moyen-Orient ne détourne l'attention internationale de l'Ukraine ?

L'attention des médias s'est déjà détournée. Plus encore, les livraisons d'armes à Kiev pourraient être compromises. Nous savons que les Etats-Unis sont à court de missiles, d'intercepteurs, de systèmes Patriot, etc. Il existe donc un risque évident que ces systèmes soient désormais déployés au Moyen-Orient plutôt qu'en Ukraine - ce qui représente, bien sûr, un danger. Non seulement pour l'Ukraine, mais pour toute l'Europe. Les deux théâtres sont liés. C'est pourquoi les membres individuels de l'Otan pourraient se préparer à aider les Américains à rouvrir le détroit d'Ormuz. En échange, nous demanderions la poursuite des livraisons d'armes américaines à l'Ukraine, et le retrait de la table des négociations de la question des tarifs. Ce serait une approche purement transactionnelle. Mais c'est ainsi que Trump se comporte, et nous devrions faire exactement la même chose.

Le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, a appelé à une mobilisation navale en soutien à Washington. D'après le Financial Times, sa suggestion a été mal reçue dans plusieurs capitales européennes. Qu'en pensez-vous ?

Il ne fait aucun doute qu'il évolue dans un contexte très difficile. Il doit évidemment tenir compte du fait que Washington est l'allié dominant au sein de l'Otan. Or, tout secrétaire général se doit de coopérer avec le Président des Etats-Unis - car l'objectif principal de sa fonction est de maintenir la cohésion au sein de l'alliance. A titre d'exemple, il est parvenu à replacer le dossier du Groenland sur la voie diplomatique traditionnelle, au lieu des menaces répétées du président Trump. A mes yeux, Mark Rutte accomplit un excellent travail.

Au-delà de la pure question financière, à quelle urgence les Européens doivent-ils faire face en matière de défense ?

Outre l'augmentation des investissements dans la défense et le déploiement des forces de réassurance en Ukraine, il me semble important que la coalition des pays volontaires accroisse significativement ses investissements dans les capacités de guerre moderne. Nous avons constaté en Ukraine son évolution, le passage d'une guerre traditionnelle - avec des chars, des avions de chasse, des navires -, à un conflit de haute technologie, avec des missiles guidés à l'intelligence artificielle et de la guerre électronique. Toutes ces capacités sont désormais, selon moi, à la pointe du combat en Ukraine. En réalité, les Ukrainiens sont très innovants pour produire ces nouvelles capacités militaires. L'Ukraine pourrait d'ailleurs aider l'Europe et les Etats-Unis en coopérant dans ce domaine.

Si l'on se concentre sur les capacités militaires traditionnelles, il faudra de très nombreuses années pour les mettre en oeuvre. A l'inverse, les capacités de ces armements de nouvelle génération - les drones, les missiles bon marché, les instruments militaires de pointe en général, peuvent être déployés beaucoup plus rapidement et à moindre coût. On obtient donc un meilleur rapport qualité-prix et une mise en oeuvre plus rapide.

L'industrie européenne est-elle suffisamment agile pour cela ?

Une coalition de pays volontaires devrait concentrer ses efforts sur les investissements dans les nouveaux secteurs industriels de la défense. A titre d'exemple, mon entreprise, Rasmussen Global, a réuni une coalition de spécialistes de drones, composée de six entreprises représentant quatre pays européens. Le but est de construire un mur de drones - un système capable de détecter, de suivre et d'éliminer des drones hostiles qui violent notre espace aérien. J'ai d'ailleurs été surpris d'apprendre que certaines administrations européennes estimaient qu'il faudrait deux à trois ans pour construire un tel dispositif. C'est absurde ! D'une part parce qu'en Ukraine, ces drones hostiles sont éliminés quasiment quotidiennement. Mais aussi parce que certains de nos clients nous ont dit déjà posséder les capacités militaires nécessaires. L'Europe devrait davantage coopérer à l'échelle transnationale pour investir dans ces nouvelles capacités militaires modernes de haute technologie.

Les menaces hybrides (sabotage, désinformation), ont été beaucoup évoquées lors de ce forum. Sont-elles la menace qui vous inquiète aujourd'hui le plus en Europe ?

A court terme, la guerre hybride menée par la Russie m'inquiète. Dans une perspective de quatre à cinq ans, c'est une attaque de Moscou contre un pays européen. Si Poutine remporte des succès en Ukraine, il ne s'arrêtera pas là. Sa prochaine offensive pourrait se produire en Moldavie - les Russes sont déjà très présents en Transnistrie. En Géorgie, où il est très présent. Dans le Caucase, en Ossétie du Sud. Il pourrait s'agir d'une tentative de pression sur l'un des Etats baltes. Ce ne serait pas une attaque directe - car ils sont membres de l'Otan, ce qui provoquerait une invocation de l'article 5 relatif à la défense collective. Mais ils pourraient exercer une pression sur la Lituanie, par exemple, pour faciliter l'accès de la Russie à l'enclave russe de Kaliningrad. Il s'agit d'une menace imminente contre le continent européen.

Craignez-vous le niveau de coopération accru qui semble se mettre en place entre la Chine et la Russie ?

Je suis d'autant plus inquiet que Pékin fournit des technologies de pointe à Moscou. Les deux pays se sont engagés dans un partenariat sans limite, mais qui profite surtout à la Chine. Pékin considère la guerre en Ukraine comme une situation gagnant-gagnant. Si Poutine remporte un succès, Xi Jinping concluera : "Très bien, si Poutine prend la Crimée, alors je peux prendre Taïwan". Si Poutine est entraîné dans une guerre sans fin en Ukraine, il deviendra de plus en plus dépendant de l'aide chinoise. Déjà, aujourd'hui, la Russie est devenue un Etat vassal de la Chine. Mais toute spéculation quant à notre capacité à rompre ce partenariat relève, à mon avis, d'un voeu pieux. La Russie et la Chine ont certes des intérêts stratégiques différents, mais elles partagent un intérêt commun primordial : réduire l'influence mondiale des Etats-Unis et de leurs alliés.

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