La franchise peut-elle sauver nos centres-villes ?
Les centres-villes ne déclinent pas ; ils se transforment. Dans un monde de plus en plus numérisé, ils retrouvent même de la valeur en s’affirmant comme des lieux de lien social, de plaisir et de loisirs. Dans ce contexte, les commerces ont un rôle majeur à jouer, à condition de savoir s’adapter.
Longtemps soupçonnée de standardiser nos centres urbains, la franchise bénéficie aujourd’hui d’une bonne image auprès des élus. Face à la concurrence d’Internet et des "boîtes à chaussures" installées en périphérie, les rues commerçantes s’appuient de plus en plus sur les réseaux, qui leur apportent notoriété et visibilité. Ce sont surtout ces marques qui permettent d’attirer les jeunes générations ce qui, par ricochet, bénéficie aux magasins indépendants.
Les deux arches d’une célèbre chaîne de restauration rapide ; les huisseries soignées d’un réseau de boulangeries ou les vitrines colorées d’une marque de cosmétique… Il suffit d’une rapide déambulation dans les ruelles de nos bourgs pour mesurer la présence d’enseignes nationales dans nos centres-villes. Derrière ces devantures familières se cache la réussite d’un modèle : la franchise. Les chiffres en attestent. En 2025, le chiffre d’affaires du secteur a progressé de 4,9 %. Et, pour la première fois, il a franchi le cap du million d’emplois, avec 54 000 créations en un an (1).
Des locomotives pour les centres-villes
Si l’alimentation et la restauration rapide dominent encore les baux commerciaux, d’autres activités s’installent désormais en vitrine : salles de sport, services de ménage ou entretien automobile. "Ces enseignes sont de véritables locomotives du commerce de proximité, se félicite Véronique Discours-Buhot, déléguée générale de la Fédération française de la franchise. Les habitants les connaissent, les voient dans les publicités, et elles attirent de nouveaux flux dans les centres-villes."
Née à la fin des années 1960, la franchise permet à des entrepreneurs de s’appuyer sur la puissance d’une marque tout en conservant un ancrage local — un compromis devenu "incontournable" pour de nombreuses communes, selon le géographe Nicolas Lebrun, spécialiste de l’attractivité commerciale. Leur absence constitue même "un véritable handicap", tant ces enseignes attirent des consommateurs. Mais cette dynamique a son revers : "lorsqu’elles dominent seules, elles traduisent une perte d’identité des centres urbains" et participent à leur fragilisation.
Avec l’essor d’internet, les habitudes de consommation ont changé et les clients se sont tournés vers la périphérie, qui concentre aujourd’hui 70 % du commerce de détail (2). Lancés dans une course de rattrapage, les centres-villes ont souvent aligné les mêmes offres, sans disposer des mêmes atouts : stationnement aisé, centres commerciaux géants… Et le déclin s’est accéléré.
A la recherche d'un fragile équilibre
Les élus recherchent donc un équilibre fragile, comme Laurent Bonnaterre (Horizons), réélu maire de Caudebec-lès-Elbeuf, qui a réduit d’un tiers la vacance commerciale depuis 2019. Sa ligne ? "Des franchises, mais pas trop" car un centre-ville reste un lieu d’identification, où l’on s’attache à sa boulangerie, son épicerie ou sa boucherie. "Notre objectif est que la franchise complète les commerces existants, sans les remplacer", appuie son adjointe, Soraya Elmaoui..
Une stratégie qui trouve un écho chez de nombreux entrepreneurs. Jean-François Feuillette, fondateur du réseau de boulangeries du même nom (106 boutiques et quatre cafés), s’y inscrit pleinement. Son idée : "désaméricaniser l’offre de boulangerie et de restauration rapide" en proposant madeleines et financiers produits dans son laboratoire central à Blois (Loir-et-Cher). Parti d’une petite boulangerie du centre de la France, il défend une franchise de proximité. Avec près d’une vingtaine d’ouvertures par an dans des villes moyennes, comme Troyes — et bientôt Arras —, il affirme "augmenter de 10 %" le chiffre d’affaires des rues où il s’installe. "Des maires me contactent directement lorsqu’un local se libère pour ouvrir un lieu de vie chez eux", assure-t-il.
Le réseau apporte un accompagnement précieux
Et ces gérants d’enseignes peuvent compter sur une foule d’entrepreneurs prêts à tenter l’aventure. Un Français sur deux intéressé par l’entrepreneuriat se dit prêt à se lancer sous enseigne, selon la 22ᵉ enquête annuelle de la BPCE consacrée à ce modèle, publiée début mars. Une manière, pour de nombreux commerçants en herbe attachés à leur territoire, de se lancer avec un filet de sécurité minimum. Au-delà d’une notoriété précieuse, le réseau apporte en effet un accompagnement précieux, notamment en matière d’expertise comptable ou dans l’élaboration de budgets prévisionnels. "On bénéficie d’un cadre solide", confirme Caroline Giuliani-de-Rosso, qui a repris il y a dix-huit mois une boutique Yves Rocher à Montpellier. Comme beaucoup d’exploitants, elle travaille en location-gérance : l’enseigne confie l’exploitation du magasin à un entrepreneur indépendant contre un loyer. Un cadre strict, mais qui laisse une marge d’initiative, qu’il s’agisse de s’intégrer dans une association de commerçants ou de participer aux opérations menées avec la commune.
Mais, est-ce suffisant ? Ne consomme-t-on pas déjà les mêmes produits, un peu partout ? Portés par un marketing puissant et des chartes graphiques strictes, ces réseaux laissent parfois peu de place aux spécificités locales. Aussi certains élus s’opposent-ils à l’arrivée de ces enseignes, redoutant un effacement de l’identité locale. Une limite que reconnaît le secteur lui-même : "La franchise n’échappe pas à ce défi", admet Véronique Discours-Buhot.
Centres-villes et réseaux apprennent peu à peu à s’apprivoiser.
- Indicateurs 2025 du secteur publiés par la Fédération française de la franchise, en mars 2026.
- Chiffres de Procos, fédération pour la promotion du commerce spécialisé.





