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La "démondialisation" n’est pas pour demain : ce nouveau rapport qui tort le cou aux idées reçues

العالم
L'Express
2026/03/29 - 10:00 501 مشاهدة

"L’épidémie de coronavirus change la donne de la mondialisation", affirmait en mars 2020 Bruno Le Maire, alors ministre de l’Économie. À l’heure des confinements, des fermetures de frontières et des pénuries de masques et de matériel médical, l’ex-locataire de Bercy était loin d’être le seul à penser que la crise sanitaire marquerait un tournant dans l’histoire du libre-échange. La célèbre éditorialiste économique du Financial Times, Rana Foroohar, écrivait ainsi : "la crise financière de 2008-2009, la pandémie et la guerre en Ukraine ont mis en lumière les vulnérabilités du système". "La mondialisation a atteint son apogée et commence à reculer. À sa place, un monde plus régionalisé, voire plus localisé, est en train d’émerger", concluait l’auteure de Homecoming : The Path to Prosperity in a Post-Global World (Crown, 2022).

Avec l’enchaînement des chocs géopolitiques des années 2020, certains éditorialistes, chercheurs et intellectuels se demandent si l’humanité ne serait pas carrément entrée dans une nouvelle ère de "démondialisation" ("deglobalisation", en anglais). Comprendre : un recul du niveau d’intégration de l’économie mondiale et un retour aux frontières et au local. D’autres, en revanche, se montrent pour le moins circonspects. Pour l’économiste Richard Baldwin, le récit d’un déclin de la mondialisation est "excessivement simpliste". Quant au professeur de géopolitique et de stratégie à l’IMD Simon J. Evenett, la thèse d’une démondialisation "repose sur des fondements factuels très fragiles".

La mondialisation fait de la résistance

Cette guerre des interprétations pourrait bien être tranchée par la dernière édition du "DHL Global Connectedness Report", parue ce mois-ci. Réalisé par l’entreprise de logistique allemande DHL et des chercheurs de la New York University’s Stern School of Business, le rapport évalue, à l’aide d’un index de connectivité mondiale (mesurant, pour chaque pays, l’intensité de ses échanges internationaux et la diversité géographique de ses partenaires), l’évolution de la mondialisation. Les deux auteurs, le professeur Steven A. Altman et l’économiste et statisticienne Caroline R. Bastian s’appuient sur un ensemble inédit de 9 millions de données fournies par le transporteur, pour observer la trajectoire des flux commerciaux, de capitaux, d’informations et de personnes entre 2001 et 2025. Leur conclusion est sans appel : empiriquement, la démondialisation ne se vérifie pas.

La plupart des flux continue à augmenter en volume, à commencer par les flux d'information.
La plupart des flux continue à augmenter en volume, à commencer par les flux d'information.

"Si une démondialisation était en cours, on assisterait à un basculement de l’activité internationale vers l’activité domestique, du fait d’un durcissement des frontières et des barrières douanières", précise à L’Express Steven A. Altman. "Or, nous n’observons pas de recul de l’activité internationale par rapport à l’activité intérieure". Ainsi, le commerce de marchandise a enregistré en 2025 sa plus forte croissance depuis 2017 – hors rebond post-Covid de 2021 –, et cela devrait continuer sur la période 2026-2029. Si les flux de capitaux et d’informations sont restés globalement stables, les flux de personnes, après une chute brutale due à la pandémie, atteignent aujourd’hui des niveaux plus élevés qu’avant la crise sanitaire. Autre théorie en vogue chez les partisans de la démondialisation : celle d’un renforcement de la régionalisation des échanges, qui impliquerait que les flux parcourent des distances plus courtes. Mais là encore, les données dressent un tableau bien différent : "en 2024 et 2025, le commerce mondial s’est effectué sur la plus longue distance moyenne jamais enregistrée, environ 5 077 kilomètres, et la part des échanges à l’intérieur des régions n’a même jamais été aussi bas, aux alentours de 47 %".

Les flus commerciaux s'allongent encore depuis le début des années 2000.
Les flus commerciaux s'allongent encore depuis le début des années 2000.

Le biais des grandes puissances

Cela ne signifie pas pour autant que les chocs géopolitiques n’ont eu aucun impact. Les données de DHL montrent ainsi que la guerre commerciale à laquelle se livrent Washington et Pékin a eu pour conséquence une réduction des liens commerciaux entre les deux grandes puissances. Les chiffres témoignent de ce découplage sino-américain : la part des États-Unis dans les flux totaux de la Chine est passée de 17,7 % en 2016 à 11,2 % en 2025, tandis que les importations américaines venant de Chine sont passées de 22 % en 2017 à 9 % sur les trois premiers trimestres de 2025. Un constat similaire s’applique pour la Russie et l’Union européenne. Depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, la part des flux entre l’UE et la Russie a chuté de 74 %. Les auteurs du rapport appellent toutefois à ne pas tirer de conclusions trop hâtives : ces deux exemples ne représentent qu’une part minime des échanges internationaux. Le commerce de biens entre les États-Unis et la Chine est ainsi passé de 3,6 % du total du commerce mondial en 2015 à 2 % entre janvier et septembre 2025. "Pour comprendre la dynamique de la mondialisation, commente Steven Altman, il est plus pertinent de regarder les 98 % restants du commerce mondial plutôt que de se focaliser uniquement sur les 2 % que représente la relation sino-américaine". Ces biais peuvent-ils expliquer la popularité des récits sur une supposée démondialisation ? "Les gens ont tendance à oublier que ce qui se passe aux États-Unis, en Chine ou en Russie n’est pas représentatif de l’évolution du reste du monde, et que l’essentiel des échanges internationaux se fait entre tous les autres pays", insiste Steven Altman.

Tout aussi trompeuse est l’attention donnée, dans le débat public, aux industries stratégiques, souvent perçues comme le signe d’un recul de la mondialisation. Or, là encore, les terres rares ou les semi-conducteurs ne représentent qu’une infime partie de l’ensemble du commerce mondial. Enfin, la centralité, dans la sphère médiatique, des faits d’actualité qui témoignent d’une disruption du commerce international - comme les tarifs douaniers de Donald Trump, les sanctions économiques à l’égard de la Russie, ou plus récemment le blocage du détroit d’Ormuz -, contribue à renforcer la crédibilité de la thèse sur la démondialisation. "À l’inverse, abonde Steven Altman, les évolutions positives du point de vue de la mondialisation, comme la signature de nouveaux accords commerciaux par exemple, passent beaucoup plus inaperçues en raison du biais de négativité, qui pousse les individus à accorder davantage d’importance aux informations négatives".

Un concept flou

Une autre explication est à chercher dans l’histoire même du concept de démondialisation, marquée depuis son apparition dans le débat public, au début des années 2000, par une grande confusion entre sa dimension descriptive et sa prétention normative. Le site de ressources de géographie Géoconfluences ne s’y trompe pas en soulignant que "le mot recouvre deux significations au sens proche" : il désigne à la fois "un programme qu’appellent de leurs vœux les opposants à la mondialisation ou à ses excès", et "un recul observable de la mondialisation". Apparu pour la première fois en 1968 dans la revue Orbis, le terme ne s’impose réellement dans le débat public comme concept politique et militant qu’à partir des années 2000, dans un ouvrage du sociologue altermondialiste Walden Bello. Dans Deglobalization : Ideas for a New World Economy (Zed Books), l’écrivain philippin se livre à une critique en règle de la mondialisation, avant de présenter la démondialisation comme un contre-modèle au système néolibéral de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Ce n’est qu’après la crise financière de 2008-2009 que le terme prend un tournant plus descriptif. Après des années de consensus sur la mondialisation et le libre-échange, des chercheurs commencent à s’interroger quant à la possibilité d’un retour aux frontières et à l’économie locale. Mais même-là, les velléités militantes ne sont jamais loin. À l’instar de l’économiste souverainiste Jacques Sapir, dans son livre à succès La démondialisation (Seuil), paru en 2011 : "c’est le retour des États, que l’on disait naguère impuissants, et le recul des marchés, que l’on prétendait omniscients". La même année, le candidat à la primaire socialiste, Arnaud Montebourg, faisait de la démondialisation le thème phare de sa campagne.

Une confusion savamment entretenue

Depuis, la confusion est savamment entretenue par les critiques de la mondialisation néolibérale, pour qui le constat d’une démondialisation sert bien souvent d’argument pour promouvoir une autre vision de l’économie et de la politique. Dans son numéro de mai 2021, la revue Alternatives Sud, connue pour ses critiques du "néolibéralisme" et de la mondialisation, se félicitait ainsi que la crise sanitaire ait achevé de "dédiaboliser" la démondialisation, "longtemps accaparée par la droite populiste", et qu’une "défiance plus forte vis-à-vis du libre-échange" se soit "installée dans l’opinion occidentale". De ce constat, la revue tirait la conclusion selon laquelle "la nécessité de récupérer des formes de souveraineté politique sur la production et l’échange de biens met désormais tout le monde d’accord, ou presque". Dans le même ordre d’idées, Guillaume Vuillemey, professeur de finances à HEC et auteur de Le Temps de la démondialisation. Protéger les biens communs contre le libre-échange (Éditions du seuil), affirme que "la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine marquent le grand retour des frontières". Cette conjoncture, qui selon l’auteur "invite à se pencher sur les dérives de la mondialisation", appelle surtout à "inventer une nouvelle forme de souveraineté, fondée sur un protectionnisme social et environnemental".

Les conclusions du dernier rapport DHL rebattront-elles les cartes ? Si le mythe de la démondialisation devait perdurer, le risque, note Simon J. Evenett, serait qu’il incite les décideurs politiques "à prendre des mesures néfastes, transformant la démondialisation en une prophétie autoréalisatrice". Cela serait d’autant plus dommageable qu’à l’heure où les États-Unis et la Chine s’abîment dans leur guerre commerciale, les pays européens ont une carte à jouer : selon le rapport DHL, l’Europe est la région la plus connectée au monde, devant l’Amérique du Nord. Une première place que notre continent doit, explique Steven Altman, à son cadre institutionnel et à sa promotion de la libre circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes : "c’est un très bon signal, car l’interconnexion internationale, en dépit des défis et des controverses qu’elle suscite, est toujours favorable à la croissance économique et à la prospérité". De quoi battre en brèche une autre idée reçue, qui voudrait que l’Europe soit condamnée à toujours avoir un train de retard face aux géants américains et chinois.

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