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Jérôme Kieffer : "Si le prochain président devait prendre une seule mesure pour les entreprises ce serait..."

سياسة
L'Express
2026/04/17 - 10:00 501 مشاهدة

Entre la pandémie de Covid-19, le conflit russo-ukrainien, la contraction des finances publiques, les guerres au Proche-Orient, et la flambée des prix des carburants, ces dernières années ont tout sauf été une sinécure pour nos entreprises, prises dans un lacis de chocs, sinon de crises, successives. En un an seulement, 71 000 d'entre elles ont fait faillite en France, soit un nouveau record. Si plusieurs mesures "pro-business" impulsées par Emmanuel Macron ont été appréciées par les dirigeants, "celles-ci n'ont pas suffi à effacer le sentiment très fort, d’une économie sous tension, où beaucoup d'entre eux sont moins dans l’euphorie de la réussite que dans la vigilance, l’arbitrage et parfois la survie", alerte l'ancien directeur général de KPMG France. Aujourd'hui à la tête de Rydge Conseil, Jérôme Kieffer a réuni dans un film témoignage "Le Coeur Entrepreneur", une quarantaine de patrons qui, à un peu plus d'an de la présidentielle et alors que les enjeux relatifs à l’entrepreneuriat demeurent trop peu présents dans le débat public, rompent le silence sur la réalité de leur quotidien. Entretien.

L'Express : Le deuxième mandat d'Emmanuel Macron arrive à son terme. Avant lui, aucun président de la République ne s'était autant réclamé pro-business. Quel bilan les entrepreneurs avec lesquels vous travaillez tirent-ils de ces quinquennats ?

Jérôme Kieffer : Les entrepreneurs avec lesquels nous travaillons ne forment évidemment pas un bloc monolithique. Comme les Français, il y a chez eux des pro-Macron, des anti-Macron, et surtout beaucoup de gens qui jugent moins à partir des discours qu’à partir des effets concrets sur leur activité. Sur le fond, il y a eu des mesures qui ont incontestablement produit des effets tangibles. La plus évidente, c’est la protection pendant le Covid : entre les prêts garantis par l’ Etat et l’activité partielle, beaucoup d’entreprises ont tout simplement tenu alors qu’elles auraient pu tomber. Pour beaucoup de dirigeants, cela a compté très concrètement.

Il y a eu aussi, dans la durée, des signaux pro-entreprises qui ont pesé. Je pense à la baisse de l’impôt sur les sociétés… Autre élément souvent cité par les chefs d’entreprise : l’attractivité retrouvée de la France : depuis plusieurs années, la France reste en tête en Europe pour les investissements étrangers. Cela ne règle pas la vie quotidienne d’une PME de province, bien sûr, mais cela a nourri l’idée que la France pouvait redevenir un pays où l’on investit, où l’on produit, où l’on recrute.

Un boulanger qui rentre chez lui a une deuxième journée qui commence

Après, il faut être lucide : tout n’a pas été simple, loin de là. Beaucoup d’entrepreneurs ont aussi vécu ces années comme une période de complexité persistante. Ils ont apprécié certains gestes, mais ils ont aussi subi l’instabilité réglementaire, l’empilement administratif, et plus récemment un climat d’incertitude budgétaire et économique qui pèse sur les décisions. Le maintien de la CVAE pendant plusieurs années supplémentaires a été perçu comme un signal de recul. Et aujourd’hui, le vrai sujet pour beaucoup, c’est moins Emmanuel Macron que la conjoncture : l’énergie, les carburants, les chaînes de valeur, la visibilité sur les mois qui viennent. Les défaillances d’entreprises ont d’ailleurs atteint des niveaux records sur douze mois en 2025, et encore en hausse début 2026.

Donc, s’ils tirent un bilan, je dirais qu’il est contrasté mais pas caricatural. Oui, il y a eu sous Emmanuel Macron des mesures pro-business qui ont compté. Oui, elles ont eu des effets tangibles, parfois décisifs. Mais non, cela ne suffit pas à effacer le sentiment très fort, aujourd’hui, d’une économie sous tension, où beaucoup de dirigeants sont moins dans l’euphorie de la réussite que dans la vigilance, l’arbitrage et parfois la survie.

Que penser de la préférence européenne, ce fameux "Buy European" ardemment défendu par Emmanuel Macron ? Certains mettent en garde contre les dépendances persistantes à de nombreuses chaînes d’approvisionnement, ainsi que contre le risque de représailles de la part des partenaires commerciaux concurrents.

Sur le terrain, les entrepreneurs comprennent bien l’idée derrière le "Buy European" : sécuriser des chaînes d’approvisionnement et relocaliser une partie de la valeur. La crise sanitaire puis les tensions géopolitiques ont montré à quel point certaines dépendances pouvaient être fragiles. Mais ils sont aussi très pragmatiques. Beaucoup travaillent déjà dans des écosystèmes internationaux, avec des clients, des fournisseurs ou des débouchés à l’export. Donc ils voient bien qu’on ne peut pas tout refermer sans risque.

L’espace européen est le terrain de jeu naturel des ETI. Elles ne demandent pas de protectionnisme, mais ne peuvent pas être mises en concurrence avec des entreprises de pays ou de continents qui n’offrent pas la même libre concurrence qu’à l’intérieur de l'Union européenne. La question n’est pas d’opposer ouverture et protection, mais de trouver le bon équilibre. Ce qu’ils attendent surtout, ce ne sont pas des slogans, mais des conditions concrètes pour produire et investir en Europe : énergie, coûts, simplification. Si ces conditions sont réunies, la préférence se fera naturellement.

À un peu plus d'un an de l'élection présidentielle, les enjeux relatifs à l’entreprise et à l’entrepreneuriat vous paraissent-ils suffisamment pris en compte dans le débat public et par les responsables politiques ?

Non, clairement pas assez. Quand on parle d’économie dans le débat public, on parle souvent des grands groupes, des grandes décisions, mais beaucoup moins de ceux qui font tourner l’économie au quotidien. Les TPE et PME, ce sont environ quatre millions d’entreprises et un peu moins de 15 millions d’emplois en France. Ce sont souvent les premiers employeurs dans les territoires. Ce sont des dirigeants qui, très concrètement, paient leurs salariés avant de se payer eux-mêmes, quand ils se paient.

Et pourtant, leur réalité reste une toute petite partie du débat. On parle beaucoup des entrepreneurs, mais on les entend très peu. Ce sont des femmes et des hommes qui portent énormément, qui se battent tous les jours pour leur entreprise, leurs équipes, leur ville. Ils sont essentiels. Et oui, ils mériteraient sans doute d’être davantage reconnus — presque applaudis — comme on le fait pour d’autres figures de la société.

Dans nos colonnes, le PDG de Biotech Dental Philippe Véran déplorait une déconnexion des responsables politiques vis-à-vis des réalités du fonctionnement des entreprises. Ce constat vous paraît-il partagé par les entrepreneurs ?

Ce sentiment existe, oui, et il n’est pas totalement surprenant. Quand on passe ses journées à gérer des problèmes très concrets — payer ses charges, garder ses équipes, trouver des solutions quand tout se complique — on peut avoir le sentiment que le débat public est loin de cette réalité. Mais je dirais que ce décalage ne concerne pas uniquement les responsables politiques. Il existe aussi parfois dans la manière dont on parle des entreprises, y compris dans les médias.

Aujourd’hui, un entrepreneur, c’est quelqu’un qui vit avec des décisions permanentes, souvent difficiles. C’est quelqu’un qui connaît les nuits blanches, les arbitrages de trésorerie, la pression de ne pas décevoir ses salariés, ses clients, son territoire. C’est une responsabilité économique, mais aussi humaine et sociale, très forte. Et cette réalité-là est encore trop peu visible. On parle beaucoup des entreprises en général, mais moins de ce que vivent concrètement ceux qui les dirigent.

La plupart des sondages donnent le RN gagnant en 2027. Cette hypothèse suscite-t-elle des inquiétudes chez les entrepreneurs ?

Aujourd’hui, leurs inquiétudes sont d’abord économiques et opérationnelles : le prix de l’énergie, le coût du carburant, l’instabilité budgétaire, les tensions géopolitiques. C’est cela qui pèse concrètement sur leurs décisions. Et oui, on le voit déjà : dans le secteur du transport, la hausse des prix des carburants couplés à la transformation du modèle de distribution sur certaines catégories de produits change radicalement la manière d'opérer et conduit à reporter ou revoir le contenu des investissements dans les flottes de véhicules.

Plus que le scénario politique de 2027, c’est le manque de visibilité qui freine les entreprises

Dans le bâtiment, l'inflation spéculative qui frappe d'ores et déjà le coût des matières premières conduit beaucoup d'entrepreneurs à s'interroger sur la rentabilité de certains chantiers et donc leur mise en oeuvre, décalant ainsi au moins le recrutement de certaines équipes. Par ailleurs certaines entreprises du BTP envisagent du chômage partiel compte tenu de la baisse importante des carnets de commande dans ce contexte incertain... Plus que le scénario politique, c’est le manque de visibilité qui freine.

Quid de la menace de nouvelles taxes sur les entreprises dans les prochains mois ? Les entrepreneurs qui ont participé au film que vous avez réalisé, Coeur Entrepreneur, semblaient dire que ce qui les dérangeait le plus n'était pas tant de payer des impôts mais davantage les lourdeurs administratives qui leur sont imposées…

L’accumulation des normes, l’instabilité des règles, la charge administrative au quotidien… c’est cela qui les use et qui leur fait perdre du temps et de l’énergie. Un boulanger qui rentre chez lui a une deuxième journée qui commence : la gestion de l’administratif. Un industriel se demande aujourd’hui quelle règle ou quelle norme il pourrait ne pas appliquer simplement parce qu'il n'en a pas eu connaissance.

Un dirigeant peut accepter de contribuer, s’il comprend les règles et si elles sont stables. Ce qui est beaucoup plus difficile à gérer, c’est de devoir s’adapter en permanence à un système qui change, qui s’empile, et qui devient parfois illisible. Au fond, leur attente est assez simple : de la clarté, de la stabilité, et du temps pour faire leur vrai métier.

Quelle est, selon vous, la mesure ou la réforme la plus urgente que le prochain président de la République devrait mettre en place pour libérer le potentiel des entrepreneurs ?

Si je devais en retenir une, ce serait la simplification. Pas une grande réforme théorique, mais un travail profond, concret, sur la complexité du quotidien des entrepreneurs. Aujourd’hui, ils passent un temps considérable à gérer des normes, des obligations, des changements de règles. Libérer leur potentiel, ce n’est pas leur demander de faire plus, c’est leur permettre de se concentrer sur ce qu’ils savent faire : développer leur activité, recruter, innover. Le jour où un dirigeant passe moins de temps dans l’administratif et plus de temps avec ses clients et ses équipes, on libère immédiatement de la croissance.

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