J.D. Vance en Hongrie, une mission à contretemps pour sauver le soldat Orban
Le parachutage de J.D. Vance sur Budapest, tentative de dernière minute de l’Amérique d’aider le soldat Viktor Orban à emporter les élections hongroises dimanche, est paradoxal : c’est au moment où la cote du courant trumpiste ne cesse de chuter en Europe que Washington mise sur le leader le plus radical du mouvement Maga (éMake America Great Againé) pour espérer sauver la mise du Premier ministre nationaliste hongrois.
Vu de Washington, il est naturel que la mission ait été confiée au vice-président : c’est lui qui incarne la nouvelle stratégie privilégiant les liens avec les nations jugées "patriotes" et les mouvements souverainistes. J.D. Vance avait choqué nombre de dirigeants du Vieux Continent en formulant sa vision hostile à l’intégration européenne en février 2025, devant la Conférence de sécurité de Munich.
Quatorze mois plus tard, cependant, l’opération de Budapest apparaît à contretemps. La guerre d’Iran, venant après la tentative avortée de prédation américaine sur le Groenland et l’humiliation infligée à l’UE sur les tarifs douaniers, a tellement dégradé l’image du trumpisme que même les plus souverainistes des Européens, Giorgia Meloni en tête, prennent leurs distances avec le mouvement Maga. En conséquence, il n’est pas exclu que la proximité affichée par Vance nuise encore un peu plus aux chances d’Orban de conquérir un cinquième mandat d’affilée - ou du moins, qu’elle n’ait pas suffisamment d’impact pour renverser la tendance aux législatives du 12 avril.
Officiellement, la visite de Vance, mardi et mercredi, est destinée à "consolider les progrès que le président Trump et le Premier ministre Orban ont effectués dans de nombreux domaines importants, comme l’énergie, la technologie et la défense", a déclaré un porte-parole du vice-président. En réalité cependant, il ne fait pas de doute que son déplacement, venant après celui du secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, à la mi-février, a pour but d’influencer l’électorat hongrois. Vance devait même participer à un meeting électoral d’Orban dans le stade de football de Budapest ce mardi.
Une source d’inspiration pour le mouvement Maga
Car c’est toute la vision trumpiste pour l’Europe qui est en jeu dimanche en Hongrie : la nouvelle stratégie nationale de sécurité américaine, publiée le 4 décembre par la Maison-Blanche, s’est fixée comme objectif de "cultiver la résistance" au sein des nations européennes contre les tendances libérales. Dans cette perspective, une défaite d’Orban serait un revers de première grandeur pour l’Amérique trumpiste, qui soigne ses liens avec lui depuis longtemps.
Au pouvoir depuis 16 ans, Orban est un modèle et une source d’inspiration pour le mouvement Maga. Ses tendances autocratiques, sa dénonciation de la bureaucratie bruxelloise, son refus catégorique de toute immigration musulmane, son inimitié avec Volodymyr Zelensky, sa proximité idéologique et politique avec Vladimir Poutine, sont autant de facteurs qui l’éloignent de la plupart de ses partenaires européens mais qui, pour la Maison-Blanche, sont au contraire des gages de fidélité à la ligne nationaliste partagée.
Son challenger Peter Magyar, un de ses anciens compagnons de route, fait la course en tête depuis plus d’un an, si l’on en croit la plupart des enquêtes d’opinion. Selon la moyenne des sondages réalisée par le média Politico, son parti Tisza aurait 10 points d’avance sur celui du Premier ministre, le Fidesz, dans les intentions de vote. Peter Magyar a fait campagne en dénonçant avec force la corruption du système Orban et son autocratisme. Mais il reste prudent quand il parle de l’Amérique. Il a déclaré à des journalistes hongrois qu’il ambitionnait d’établir des liens "fructueux" avec Washington s’il était élu. À ce sujet, il se dit réaliste : "Il n’y a pas d’amitié en politique, seulement des intérêts partagés". Pas sûr que J.D. Vance, qui n’a prévu aucune rencontre avec lui, voie les choses de cette façon.





