Hongrie : le populisme enfin démasqué ! Par Jean-François Copé
Avec 138 sièges sur 199, le verdict est sans appel. Porté par une participation record de près de 80 %, le parti Tisza de Peter Magyar a balayé le pouvoir en place depuis seize ans. Une onde de choc qui a saisi jusqu’à Paris. Jordan Bardella a été l’un des premiers à réagir sur X le soir des résultats. Plutôt que de féliciter le vainqueur, le président du RN a préféré rendre un hommage appuyé à son allié défait : Viktor Orban. Présenté tour à tour comme un "grand patriote" ou l’artisan d’un prétendu "rattrapage économique", ce dernier est même crédité d’avoir démontré, en acceptant le résultat, que les critiques européennes sur l’état de la démocratie hongroise "étaient infondées" ! Il fallait oser...
En réalité si le RN s’emploie à réécrire le bilan d’Orban, les électeurs, eux, viennent précisément de le sanctionner. Et pour cause : après des années de pouvoir sans partage, ni l’économie, ni la souveraineté du pays et encore moins la démocratie hongroise ne sortent renforcées de cette séquence. Bien au contraire les Hongrois ont sanctionné un échec total !
Sur le plan économique d’abord. Le bilan est désastreux. Un phénomène bien connu des économistes, la "stagflation", mélange d’inflation et de croissance atone, s’est installé sur les rives du Danube. Depuis le Covid, la croissance s’est effondrée : -0,9 % en 2023, +0,6 % en 2024, à peine +0,4 % en 2025. Par ailleurs, depuis 2020, les prix ont bondi de près de 50 %. Un record européen. A cette stagnation économique s’ajoute un recul démographique. Malgré des politiques familiales massives représentant près de 5 % du PIB, la natalité recule. En seize ans, la Hongrie a perdu plus de 500 000 habitants. Autant de signaux qui laissent présager des années de croissance durablement affaiblie.
Sur le plan international ensuite. Depuis plusieurs années, Viktor Orban s’est imposé comme l’un des principaux facteurs de blocage majeur au sein de l’Union européenne, en particulier sur la question ukrainienne. Dernier exemple en date : le rejet du plan d’aide européen de 90 milliards d’euros destiné à Kiev, sur fond d’accusations délirantes de "blocus pétrolier", de dénonciation de l’Ukraine et de haine viscérale envers le président Zelensky. En réalité, "le grand patriote" Orban a entraîné son pays dans une double logique d’alignement. D’abord vis-à-vis de la Russie de Vladimir Poutine, au point que Budapest a été accusée à plusieurs reprises de relayer des positions — voire des informations — contraires aux intérêts européens. Ensuite, vis-à-vis des Etats-Unis version Donald Trump. La visite à Budapest de J. D. Vance, pour soutenir Viktor Orban, en dit long. Lorsque Donald Trump va jusqu’à conditionner une aide économique à la victoire de son allié, le degré de dépendance — pour ne pas dire de soumission ! — dans lequel s’est enfermée la Hongrie devient criant.
Enfin, derrière l’image d’un dirigeant qui accepte sa défaite, se cache en réalité une démocratie qu’il a lui-même fragilisée, mandat après mandat. En seize ans de pouvoir, Viktor Orban a construit un écosystème politique verrouillé, où les règles du jeu ont été progressivement redéfinies à son avantage. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon une enquête du Financial Times, près de 28 milliards d’euros de marchés publics ont été attribués à des proches du pouvoir. Dans le même temps, 80 % du paysage médiatique est aujourd’hui contrôlé par des acteurs liés à Orban, réduisant drastiquement le pluralisme de l’information. D’après Transparency International, la Hongrie affiche un score de 41 sur 100 en matière de perception de la corruption. C’est le plus faible de toute l’Union européenne. Depuis 2012, le pays a chuté de 36 places dans le classement mondial.
Dans ce ciel si sombre en Europe, la défaite du Fidesz constitue une éclaircie plus que bienvenue. Elle rappelle que, tôt ou tard, les charlatans finissent par être démasqués. Mais elle dit aussi autre chose. Le populisme a un prix. Et s’il finit parfois par perdre, il laisse derrière lui des économies fragilisées, des États affaiblis et des institutions mises à mal.





