Gaz : pourquoi l’Italie a besoin de l’Algérie plus que les autres
La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, et le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, se sont succédé mercredi et ce jeudi à Alger, dans un contexte marqué par de nouvelles tensions mondiales sur l’énergie dans le sillage de la guerre que mènent Israël et les États-Unis à l’Iran depuis fin février dernier.
Les deux hauts dirigeants européens veulent plus de gaz algérien.
L’Algérie est un important fournisseur de gaz à l’Espagne et à l’Italie auxquelles elle est reliée par deux gazoducs, ainsi qu’à d’autres pays d’Europe qui reçoivent par méthaniers des cargaisons de GNL algérien, comme la France.
L’Algérie s’est imposée comme un fournisseur fiable de gaz pour le Vieux continent à qui elle fournit 12% de ses besoins. Pour l’Italie, elle est un partenaire crucial. Ce pays est celui qui a le plus besoin de l’Algérie pour sécuriser ses approvisionnements énergétiques au regard de la part du gaz dans son mix énergétique et de la part des livraisons algériennes sur son marché.
Pour la deuxième fois en quatre ans, l’Italie s’est retrouvée contrainte de se tourner vers l’Algérie.
La première fois, c’était après le déclenchement de la guerre en Ukraine, suivie de la décision de l’Europe de s’affranchir progressivement des hydrocarbures russes. Rome avait pu compter sur son entente historique avec Alger. Cela semble être de nouveau le cas.
En 2025, l’Algérie a fourni 36% des importations italiennes de gaz naturel
À Alger, Mme Meloni a qualifié l’Algérie de “partenaire d’une importance stratégique capitale” pour son pays, à l’issue de l’audience que lui a accordée le président Abdelmadjid Tebboune.
Dans sa déclaration, la présidente du Conseil à indiqué que les deux parties ont décidé de renforcer leur “coopération solide et durable”, qui inclut les compagnies Eni et Sonatrach. Cela, a-t-elle précisé, “en explorant de nouveaux horizons tels que l’exploration offshore, ce qui permettra, à moyen et long terme, de renforcer les livraisons de gaz de l’Algérie vers l’Italie”.
Le président Tebboune a exprimé pour sa part la volonté de l’Algérie de “respecter ses engagements en tant que partenaire stratégique et fiable de l’Italie et de l’Europe”, compte tenu, a-t-il dit, des “défis liés à la sécurité de l’approvisionnement et à la stabilité des marchés internationaux du pétrole et du gaz”.
En 2025, le gaz algérien a constitué 12% des importations totales de gaz de l’Union européenne. A l’Italie, l’Algérie a fourni 36% de ses achats de gaz naturel (par le gazoduc Transmed) et 10% de ses importations de GNL (gaz naturel liquéfié).
Le gaz constitue une part importante dans le mix énergétique de l’Italie, dont 44% de l’électricité est produite à partir de cette énergie.
Important 33% de son GNL du Qatar, Rome est prise au dépourvu après l’arrêt de la production et des exportations de l’émirat du Golfe, annoncée début mars. C’est la société Edison qui assure la fourniture de 6,4 milliards de m3 grâce à un contrat avec QatarEnergy.
Avec la décision du Qatar de réduire sa production, la filiale italienne du groupe français EDF, s’est retrouvée en difficultés, alors qu’en octobre dernier, elle avait décidé de se passer du gaz algérien au profit du GNL américain.
D’où cette nouvelle sollicitation de l’Algérie pour augmenter ses livraisons. Outre la relation historique entre les deux pays, l’Algérie dispose de nombreux atouts.
Il y a d’abord sa proximité géographique et l’existence d’un gazoduc qui relie les deux pays, d’une capacité pouvant être portée à 33,5 milliards de mètres cubes par an.
Aussi, l’Algérie a entrepris d’importants investissements (60 milliards de dollars sont annoncés d’ici 2029) et améliore progressivement ses capacités de production et d’exportation.
Le deuxième gazoduc Algérie-Italie devient crucial
Enfin, l’Algérie a toujours été un partenaire de confiance pour les Européens et “n’a jamais fait un usage politique de la question énergétique, même dans les pires épisodes de tension avec la France”, comme l’a souligné le politologue Hasni Abidi.
Cette deuxième grosse perturbation du marché énergétique mondial en quatre ans, renforce davantage la position de l’Algérie comme acteur clé de la carte mondiale du pétrole et du gaz et comme partenaire fiable en toutes circonstances.
La première conséquence pourrait être un afflux plus conséquent des investissements européens, particulièrement italiens, et éventuellement l’accélération de la concrétisation du deuxième gazoduc entre les deux pays annoncé par Giorgia Meloni lors de sa première visite en Algérie en janvier 2023.
Outre le gaz, le gazoduc envisagé devrait transporter également de l’hydrogène, de l’ammoniac et de l’électricité. Le projet devient encore plus vital pour l’Italie après cet épisode de perturbations dans le Golfe. Mercredi à Alger, Giorgia Meloni s’est félicité de l’existence du Transmed, vecteur d’un “développement commun”.
L’importance de l’Algérie pour l’Italie et pour toute l’Europe est appelée à se consolider davantage à l’avenir avec la concrétisation du projet d’hydrogène SoutH2 Corridor (hydrogène algérien pour l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie) et l’achèvement du gazoduc transsaharien TSGP devant acheminer le gaz Nigérian vers l’Europe via le Niger et l’Algérie. Le projet a été relancé ces dernières semaines à la faveur du réchauffement des relations entre Alger et Niamey.
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