Gabriel Attal, la positive attitude malgré les miettes aux municipales
Gabriel Attal, "la femme sans âge". N'y voyez rien de personnel, c'est une image. L'une des plus célèbres illusions d'optique où se confondent, sur la même esquisse, une élégante jeune femme et une vieille dame rabougrie. Tout dépend, alors, de ce que vous voulez y voir... Après le second tour de ces élections municipales, à quoi ressemble le bilan du parti présidentiel ? À la princesse, ou à la sorcière ? Gabriel Attal voit ce qu'il veut voir. À la tribune, tout sourire, il se félicite d'avoir renforcé l'implantation territoriale de son parti en ayant "doublé son nombre d'élus locaux partout en France". Et, pour la première fois de sa (courte) histoire, Renaissance est même parvenu à conquérir deux villes de plus de 100 000 habitants : Bordeaux et Annecy, grâce aux listes menées par les anciens ministres Thomas Cazenave et Antoine Armand.
De fait, Renaissance, lors de ces élections municipales, partait de presque rien. Il y a six ans, une mauvaise préparation et un manque criant de savoir-faire politique avaient engendré une piteuse campagne pour le camp d'Emmanuel Macron. "Contrairement à d'autres majorités par le passé, nous n'avons pas pu bénéficier d'une dynamique grâce au cumul des mandats. Et en 2020, nos députés, qui étaient les plus connus sur le terrain, ne voulaient pas y aller", analyse Franck Riester, secrétaire général délégué aux élections, élu maire de Coulommiers au premier tour la semaine dernière.
Éviter que Renaissance rime avec déconfiture et Attal avec défaite. L'ex de Matignon, qui a pris les rênes du mouvement en décembre 2024, a fait le choix de placer, dans la plupart des grandes villes, des colistiers en position éligible chez des candidats d'autres partis plus implantés, plutôt que de parier sur des têtes de liste estampillées Renaissance. Il faut dire que l'étiquette, pour ne pas dire le criard "tampon macroniste" - qui ne s'est jamais effrité, au grand dam de Gabriel Attal - n'était pas gage de bons résultats. La popularité du président de la République n'a pas aidé les candidats Renaissance à convaincre dans cette campagne où le national s'est largement introduit dans les débats. "Demandez donc aux candidats comment ils l'ont vécu, ça ne met pas beaucoup de vent dans les voiles", glisse en petit comité le secrétaire général du parti. Toujours est-il qu'après neuf années au pouvoir, le bilan du parti présidentiel reste famélique. Symbolique d'un décennat qui a démarré bien tôt son crépuscule.
"Dans le Sud, il faut tout reconstruire"
Avec sa stratégie assumée du coucou, Gabriel Attal a aussi choisi de bien mauvais nids, souvent fruits d'accords nationaux avec ses alliés. L'exemple le plus retentissant est évidemment Marseille, ville chérie par Emmanuel Macron qui en a fait le laboratoire de plusieurs politiques publiques. La championne des Républicains Martine Vassal, au sortir d'une campagne calamiteuse marquée par plusieurs dérapages, n'a joué qu'un rôle de figuration lors de ce second tour avec 4,6 % des voix. Le secrétaire général du parti présidentiel admet bien volontiers en privé que son choix personnel se portait sur Renaud Muselier, mais le président de la région PACA, encarté à Renaissance, lui a conseillé de se ranger derrière la présidente de la métropole Aix-Marseille-Provence. Seule satisfaction : avoir empêché, par son maintien, l'élection de Franck Allisio à la tête de la cité phocéenne. Maigre consolation. "À Marseille, comme dans le Sud, il faut tout reconstruire, on a été laminés depuis la dissolution, on n'a plus un seul député dans les Bouches-du-Rhône", admet Gabriel Attal.
L'autre pari raté se nomme Jean-Michel Aulas à Lyon. Longtemps loin devant le maire sortant Grégory Doucet dans les sondages, l'ancien propriétaire de l'Olympique Lyonnais a subi la violente "remontada" de son adversaire après une campagne et des débats télévisés ratés. Il s'est incliné au second tour de l'élection ce dimanche soir (et a déposé un recours pour contester la réélection de l'édile écologiste). "Jean-Michel Aulas n'est pas un candidat Renaissance", tenait-on à préciser dans la semaine au siège du parti présidentiel, voyant venir la possible déconfiture.
"J'ai du mal à voir ce qui peut nous redonner une dynamique d'ici à la présidentielle, en tout cas ce ne seront pas les municipales, c'est certain", affirmait il y a peu un ministre Renaissance. Gabriel Attal, à n'en pas douter, partageait la même analyse. Le tout était d'éviter une réelle débâcle. Plus encore, se passer de casse-tête et de tragicomédies d'entre-deux tours qui auraient fragilisé, voire ridiculiser, non seulement son parti mais également le socle commun. Comme à Paris, où il n'a pas crié sur tous les toits son alliance de second tour avec Rachida Dati, laissant Pierre-Yves Bournazel et Édouard Philippe sous le feu des projecteurs. Bref, avancer par petits pas, sous les radars. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles. L'ancien Premier ministre aime d'ailleurs préciser qu'il s'est bien gardé de désavouer ses têtes de liste lors des différentes fusions sur le territoire, contrairement à l'état-major Horizons avec ses propres candidats, notamment à Strasbourg...
"Nouvelle République"
En parlant d'Édouard Philippe... Il y a deux shérifs en ville, mais un seul a remporté la sienne. Le maire du Havre, réélu ce soir avec 47,71 % et seul candidat à l'Élysée à être porté par la légitimité des urnes, "va dès ce lundi relancer sa campagne présidentielle qui patinait", grince-t-on dans l'entourage de Gabriel Attal. Le secrétaire général de Renaissance ne compte pas lui laisser le champ libre : dimanche soir, il s'est empressé de nationaliser son discours et de regarder clairement vers 2027. "Il faut très vite que nous nous remettions à parler de la France aux Français, que nous repartions sur le terrain pour les convaincre, pour construire avec eux un chemin d'avenir, a déclaré Gabriel Attal. (...) Je veux dire à ces électrices et électeurs de la gauche républicaine, et aux électrices et électeurs de la droite républicaine, qu'ils trouveront toujours chez Renaissance une maison qui les accueille et qui veut construire avec eux un chemin pour l'avenir de la France." Et qu'ils pourront, dans quelques semaines, lire le livre de Gabriel Attal sur ses années au gouvernement, notamment à Matignon, et ses idées pour une "Nouvelle République"... Sans aucun doute le futur nom de parti.
Contrairement à Édouard Philippe, ces élections municipales n'ont pas lancé la précampagne présidentielle de Gabriel Attal. Mais, à y regarder de près, elles ne l'ont pas non plus affaibli, tant il a tout fait pour rester discret. Tel était l'objectif pour celui qui va désormais pouvoir utiliser à plein les ressorts d'un parti tourné tout entier vers la préparation de sa candidature. Un cadre Renaissance, soutien de Rachida Dati à Paris avant même le premier tour, glissait tout bas en plaisantant à moitié : "Si Rachida Dati perd, ça va être chaud pour nous. Gabriel Attal est parti à 130 à l'heure sur l'autoroute de la présidentielle et ceux qui ne l'ont pas suivi, il va les laisser derrière lui !"





