Face aux pétro-dictatures, nous devons devenir une électro-démocratie, par Thomas Pellerin-Carlin
En 2021, l’Europe a subi le premier choc gazier de son histoire. Vladimir Poutine restreint les exportations de gaz à destination de l’Europe, faisant grimper les prix du gaz de 25 à 100 euros du mégawattheure (MWh) entre mai et décembre 2021. Lorsque son armée est vaincue à Kiev, il restreint encore plus ses exportations, et les prix du gaz dépassent les 200 euros.
Cinq ans plus tard, l’histoire se répète. Des guerres illégales menées par Trump et par la dictature iranienne font grimper les prix du pétrole et du gaz. L’Europe se retrouve une fois encore exposée aux turbulences géopolitiques et en paie le prix. La leçon est pourtant évidente : tant que notre énergie dépendra du pétrole et du gaz que nous ne pouvons pas produire chez nous, notre sécurité économique restera à la merci des décisions de brutes : Poutine, Trump, Khamenei.
En Europe, ces augmentations se traduisent par une hausse des coûts pour les ménages et les entreprises, alimentant l’inflation, grevant notre balance commerciale et fragilisant l’activité économique. Cette situation révèle une nouvelle fois notre vulnérabilité. Aujourd’hui encore, près des deux tiers de l’énergie finale consommée en France comme en Europe proviennent du pétrole et du gaz. Cette dépendance massive fragilise notre souveraineté et rend nos économies vulnérables. On ne gouverne pas en courant derrière les crises. On anticipe pour les prévenir.
Ne pas attendre le prochain choc
Lors des derniers chocs pétroliers et gaziers, les Etats ont avant tout cherché des expédients. Une campagne de subventions massive à la consommation d’énergie, qui coûta finalement 600 milliards aux contribuables européens, dont 72 milliards pour le seul bouclier tarifaire français. A titre de comparaison : les Européens ont dépensé trois fois plus pour éponger le choc gazier provoqué par Poutine que pour aider l’Ukraine depuis 2022.
Heureusement, au-delà de dépenses qui s'apparentent à arroser le sable, plusieurs Etats ont investi dans les solutions durables : sobriété, efficacité énergétique et énergies renouvelables. Grâce au leasing social, l’Etat français a investi un milliard d’euros pour que 100 000 familles accèdent à une voiture électrique — seule solution durable de protection pour les millions de familles françaises qui auront toujours besoin d’une voiture.
La véritable réponse n’est pas d’attendre le prochain choc pour dépenser à nouveau des dizaines de milliards d’euros en pure perte. La véritable réponse, c’est d’investir, dans la durée, dans la révolution énergétique rapide fondée sur la sobriété, l’efficacité et les énergies renouvelables.
La réalité est simple. La cause de nos maux, c’est notre dépendance au pétrole et au gaz. Dès qu’une famille, qu’une entreprise, réussit à sortir de cette dépendance, elle est protégée. Laissez-moi vous donner trois exemples provenant de chez moi, en Normandie. Un couple de retraités qui vit à Grimbosq (Calvados) et qui se chauffe avec une pompe à chaleur, c’est une famille protégée du choc gazier et pétrolier. L'Ehpad des Andaines (Orne) qui se chauffe désormais au bois bocager, c’est un établissement public protégé du choc gazier et pétrolier. Une infirmière à domicile près de Torigny-sur-Vire (Manche) qui roule en voiture électrique depuis quatre ans, c’est une infirmière libérale qui pourra continuer à faire son beau métier sans payer son essence plus cher.
Vivre libres ou accepter un lent déclin
L’histoire nous montre que chaque choc énergétique est l’occasion de transformer notre système énergétique. Face aux chocs pétroliers de 1973 et 1979, les décideurs politiques européens ont réagi : développement du nucléaire, comme en France ou en Suède ; du vélo, comme aux Pays-Bas ; de l’éolien, comme au Danemark. Autant de bons choix dont nous bénéficions aujourd’hui, mais qui auraient dû aller plus loin. Que devons-nous faire ?
D’abord acter que, quelle que soit notre orientation politique, la dépendance aux énergies fossiles est une impasse stratégique. N’en déplaise à Jordan Bardella ou à Jean-Luc Mélenchon, le choix de la dépendance au gaz russe serait le choix de la servitude. Nous, Français, Européens, devons faire le deuil de notre situation géologique : nous n’avons ni pétrole ni gaz sous nos pieds.
Ensuite, comprendre que nous avons tous les atouts pour devenir les champions des énergies propres : des capacités industrielles, une recherche de pointe, un réseau électrique de qualité, une immense capacité d’investissement et un grand potentiel en matière d’énergies renouvelables.
Enfin, nous accorder sur la stratégie à poursuivre. Face aux pétro-dictatures, nous devons devenir une électro-démocratie. Une société où l’énergie est produite localement, renouvelable et accessible à tous.
Vivre libres ou accepter un lent déclin : voilà le choix auquel l’Europe est confrontée. D’un côté, un monde dans lequel chaque choc gazier, provoqué par Poutine, Trump, Khamenei et leurs successeurs, se traduira par un nouveau choc d’inflation et de désindustrialisation. De l’autre, le choix de l’indépendance énergétique, fondée sur une bascule rapide vers des énergies propres produites en Europe.
*Thomas Pellerin-Carlin est député européen Place publique.




