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En Ukraine, 40 ans après Tchernobyl : "Les Russes utilisent les centrales comme une arme"

سياسة
L'Express
2026/04/21 - 14:00 501 مشاهدة

Eric Schmieman se souvient avec précision de son travail sur la conception de l’arche de Tchernobyl, édifiée en 2018 pour sécuriser le vieux sarcophage soviétique, bâti à la hâte après le terrible accident nucléaire, le 26 avril 1986, afin de recouvrir le réacteur numéro quatre. "Nous avons suivi les mêmes recommandations que pour la construction d'une centrale, en tenant compte de tous les aléas naturels : neige, tornades, séismes, confie cet ingénieur américain. Le principal risque d'origine humaine que nous devions prendre en compte était la chute d’un avion, mais une zone d'exclusion aérienne protège le site, donc nous ne l'avons pas retenu. Personne n'avait envisagé une frappe militaire sur l'arche..."

Quarante ans après la catastrophe nucléaire, les drones russes survolent régulièrement la zone d'exclusion de Tchernobyl pour frapper Kiev, située à 100 kilomètres au sud de la centrale. Le 14 février 2025, vers deux heures du matin, un de ces drones a percuté l'immense arche de 110 mètres de hauteur, laissant une brèche béante de 15 mètres carrés. Les pompiers ont dû percer plus de 300 petites ouvertures pour éteindre l'incendie, qui a couvé pendant deux semaines. La radioactivité demeure dans les normes sur le site, mais l’arche n'est plus hermétique et se trouve exposée aux intempéries, accélérant le risque de corrosion à long terme.

Peur d'escalade

Après analyse, les procureurs ukrainiens ont estimé qu'il s'agissait d'une "frappe probablement intentionnelle". "Si l'on regarde le contexte dans son ensemble, les Russes utilisent les centrales nucléaires comme une arme", abonde Shaun Burnie, spécialiste nucléaire chez Greenpeace Ukraine, présent sur place quelques heures après la frappe. L'attaque a eu lieu huit heures avant l'ouverture de la Conférence de Munich sur la sécurité. "Depuis 2022, l'une des tactiques de la désinformation russe consiste à jouer la carte nucléaire pour saper le soutien à l'Ukraine. Les pays plus sensibles à ces questions réduisent alors leur aide militaire et financière, de peur d'une escalade", poursuit-il.

Ce qui préoccupe avant tout les ingénieurs ukrainiens reste le risque d'effondrement du sarcophage d'origine, érigé par les Soviétiques en 200 jours, pour une durée de vie prévue entre 15 et 20 ans. "Si un missile ou un drone touche l’arche, ou même s'écrase à proximité — par exemple un missile Iskander -, il provoquera un mini-séisme dans la zone, prévenait en décembre dernier le directeur de la centrale, Serhiy Tarakanov. Personne ne peut garantir que le sarcophage tiendra après cela."

L'Ukraine possède des centrales nucléaires stratégiques sur la totalité de son territoire.
L'Ukraine possède des centrales nucléaires stratégiques sur la totalité de son territoire.

Selon plusieurs experts interrogés par L'Express, cette attaque de drone contre Tchernobyl illustre une stratégie plus large de Moscou : faire des infrastructures nucléaires une arme de guerre. Dès le 24 février 2022, les forces russes envahissent Tchernobyl, pillant le site et minant ses environs, avant de se retirer un mois plus tard. Simultanément, les Russes se dirigent vers deux autres centrales dans le sud de l'Ukraine : Pivdennoukrainsk et Zaporijia. L'armée ukrainienne stoppe leur avancée à 25 kilomètres de la première. La seconde est prise d'assaut dans la nuit du 3 au 4 mars : les 200 gardes nationaux présents n'ont d'autre choix que d'abandonner la plus grande centrale nucléaire d'Europe, toujours occupée par Moscou. "Les centrales ukrainiennes n'étaient pas préparées à la guerre, déplore Olga Kosharna, ancienne experte de l'Agence de régulation nucléaire ukrainienne. Le personnel disposait de plans pour faire face à une attaque terroriste d'une dizaine de personnes, mais rien n'avait été prévu dans l'hypothèse où un Etat chercherait à envahir une centrale."

Oleh Doudar, responsable de l'un des six réacteurs, était aux premières loges lors de la prise de la centrale de Zaporijia. "Les Russes savaient exactement ce qu'ils faisaient : ils sont entrés avec des représentants de Rosatom, l'agence nucléaire russe", relate-t-il. Aujourd'hui, la centrale fonctionne avec 2 000 travailleurs ukrainiens ayant signé des contrats avec Rosatom et 2 000 ingénieurs russes "importés", contre 11 500 employés en 2022. "Les Russes disposent de positions de tir sur le site et installent de l’artillerie et des roquettes juste à côté de la centrale. Des unités s'y dissimulent, sachant que les nôtres n'oseront pas tirer sur une centrale nucléaire. Le personnel vit dans la terreur", résume Oleh Doudar. Même si l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) déploie des inspecteurs sur place depuis septembre 2022 et documente ces violations - sans jamais nommer la Russie -, ceux-ci n’ont toujours pas accès à une partie de la centrale.

Une situation profondément instable, qui préoccupe les ingénieurs : manque d'eau pour refroidir le site, coupures d'électricité répétées, pression constante sur le personnel. "Du point de vue d'un ingénieur, la centrale de Zaporijia est bien plus dangereuse que Tchernobyl, car à Tchernobyl le combustible ne présente plus de risque d'explosion : il a eu quatre décennies pour refroidir", explique Eric Schmieman. La centrale de Zaporijia est en arrêt à froid depuis septembre 2022, ce qui signifie qu’elle ne produit plus d'électricité. Mais en mai 2025, le directeur de Rosatom, Alexeï Likhatchev, a annoncé un plan visant à rétablir la pleine capacité de production de la centrale et des indices témoignent déjà de la construction de nouvelles lignes reliant le site au réseau russe. Les spécialistes alertent : les risques nucléaires majeurs qui pèsent sur la centrale de Zaporijia deviendraient critiques si Rosatom redémarrait un ou plusieurs réacteurs, avec de potentiels rejets radioactifs massifs sur l'Ukraine et l'Europe.

Absence de condamnation ferme

Le dossier s'est hissé au cœur des négociations de paix menées par Donald Trump. La Russie exige que la centrale nucléaire de Zaporijia soit reconnue comme territoire russe, sous le contrôle de Rosatom, tandis que l'Ukraine insiste sur la démilitarisation totale du site, le rétablissement d'un personnel entièrement ukrainien et la supervision de l'AIEA comme conditions préalables à tout accord. En février, Rosatom a même proposé une gestion conjointe américano-russe de la centrale. "La Russie a violé l'intégralité des conventions qui fondaient le régime international de sûreté nucléaire, élaborées après la catastrophe de Tchernobyl, s’insurge Olga Kosharna. L'absence de condamnation ferme, en 2022, de la part de l'AIEA et de la communauté internationale face au bombardement d'une centrale en activité et à son occupation - une première dans l’histoire - a ouvert la voie à d'autres attaques." Le 6 avril, l’AIEA a confirmé que des frappes aériennes avaient touché les environs de la centrale nucléaire iranienne de Bouchehr, dans le sud de l’Iran.

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