«Elle aurait dû être en vie» : sous la pluie parisienne, l’hommage à Lyhanna se transforme en cri de colère
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Manifestantes à Paris, devant le Ministère de la Justice, le 8 juin 2026. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP Accueil Société Actu société «Elle aurait dû être en vie» : sous la pluie parisienne, l’hommage à Lyhanna se transforme en cri de colère REPORTAGE - La mort de Lyhanna, 11 ans, retrouvée morte dans le Gers après plusieurs signalements visant le principal suspect, a déclenché une vague de colère dans toute la France. Lundi soir, des milliers de personnes se sont rassemblées devant les tribunaux, et notamment à Paris, pour dénoncer l’inaction des pouvoirs publics. Par Léa Mabilon Le 9 juin 2026 à 08h11 Ajouter Madame Figaro à vos sources préférées Sujets faits divers Reportage violences faites aux femmes Sauvegarder Nouvelle fonctionnalité ! Avec votre compte, vous pouvez désormais sauvegarder des articles pour les lire plus tard sur tous vos appareils. Sauvegarder Fermer Sauvegarder un article Pour sauvegarder un article vous devez être connecté, vous pourrez ainsi les consulter sur tous vos appareils. Créer un compte Se connecter Copier le lien Lien copié Mail Facebook X WhatsApp Messenger Pinterest Linkedin La pluie tombe sur la place Louis-Lépine. Une pluie fine, persistante, qui détrempe les pancartes, se mêle aux larmes et oblige les manifestants à lever leurs parapluies comme autant d’étendards. Pourtant, la foule ne désemplit pas. Face à l’ancien palais de justice, dans le 4e arrondissement de Paris, plusieurs centaines de personnes bravent les averses. Si elles sont là ce soir, c’est à cause d’un prénom. Celui de Lyhanna, 11 ans. Portée disparue le 29 mai, la fillette a été retrouvée morte six jours plus tard dans un silo agricole à Fleurance, dans le Gers. Le principal suspect, Jérôme Barella, un homme ayant travaillé dans le milieu scolaire, faisait déjà l’objet de plusieurs plaintes pour agressions sur mineurs. À l’appel de 150 associations féministes et de protection de l’enfance, parmi lesquelles la Fondation des femmes, NousToutes, Mouv’Enfants ou encore Face à l’inceste, l’affaire a suscité une mobilisation nationale. À Paris, le rassemblement devait initialement se tenir place Vendôme, devant le ministère de la Justice, avant d’être déplacé sur l’île de la Cité. Malgré ce changement de dernière minute, près de 1.700 personnes se sont réunies en ce second lieu de rendez-vous. D’autres mobilisations se sont tenues simultanément à Marseille, Grenoble, Lille, Auch, Nevers ou encore Lyon. Partout, la même colère, le même sentiment d’urgence. À lire aussi "Avant 15 ans pas de consentement" : les photos des personnalités enfants pour changer la loi «L’injustice de trop» Des manifestantes à Paris, ce lundi 8 juin 2026. Gonzalo Fuentes / REUTERS Passer la publicité Publicité Dans les rangs, les femmes y étaient largement majoritaires. Mères de famille, militantes, survivantes de violences sexuelles, professionnelles de l’enfance ou simples citoyennes : beaucoup disent être venues parce que l’affaire Lyhanna représente «l’injustice de trop». Les slogans fusent alors sans attendre : «Pédo partout, justice nulle part» ; «Stop aux viols, stop aux infanticides», claquant contre les façades de l’ancien palais de justice, sous des tonnerres d’applaudissements. L’émotion est palpable sur les visages, certains fermés, d’autres rougis par les larmes. Plus loin, des manifestantes brandissent d’autres des pancartes sur lesquelles sont inscrits des prénoms : Lou, Agathe, Margaux, Clémence, Romane, Théa. Et au-dessus, une phrase : «Elle a parlé.» Comme une piqûre de rappel. Lorsque Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, monte finalement sur la scène installée à la hâte quelques heures plus tôt, l’ovation redouble. «Je suis comme vous, en colère», lance-t-elle d’emblée, avant de s’excuser du retard. «On a dû monter cette scène à la va-vite puisque ce n’était pas prévu que nous soyons là. Notre propos n’est pas de pointer du doigt des fonctionnaires individuellement, et c’est pourquoi nous avions d’abord choisi de faire cette manifestation devant les portes du ministère de la Justice. Notre colère se dirige vers un système qui n’est pas réformé et contre un gouvernement qui ne veut pas nous entendre.» La chanteuse Lio, visage connu de la cause des femmes, ancienne amie de l’actrice Marie Trintignant morte sous les coups de Bertrand Cantat, acquiesce ses mots, incognito parmi la foule. Très vite, un nouveau slogan s’élève : «Darmanin (ministre de la Justice, NDLR), démission !» «Lyhanna, combien d’autres comme elle ?» Des manifestantes à Paris, ce lundi 8 juin 2026. Gonzalo Fuentes / REUTERS Mais Anne-Cécile Mailfert reprend la parole. «De quoi ont-ils peur ? De la colère des femmes et des enfants ? Les femmes, les féministes, les enfants, les mamans, on est toutes ici. Et on devra nous entendre.» Puis le ton change. «Nous avons découvert qu’avant d’être assassinée, des plaintes existaient déjà contre l’agresseur de Lyhanna. Elle aurait dû être en vie. Elle aurait dû être en train de dîner avec sa famille ce soir, de rire avec ses amis, elle aurait dû avoir un avenir», continue-t-elle. Sous son parapluie noir, Nathalie, 57 ans, auxiliaire de vie, tient une pancarte sur laquelle est écrit : «Lyhanna, combien d’autres comme elle ?» : «J’ai l’impression qu’à chaque drame, on promet de changer les choses et pourtant rien ne bouge, les meurtres, les viols, aujourd’hui, il n’y a que ça aux informations, c’est une épidémie et ça fait peur. Aujourd’hui, je suis là pour Lyhanna, mais aussi pour toutes les autres victimes dont on ne connaît même pas les prénoms», nous confie-t-elle. Thomas Bernard, 34 ans, a lui aussi fait le déplacement. «À la base, je ne suis pas forcément militant, dans le sens ou je ne manifeste pas souvent, admet-il à côté de sa compagne. Mais ça y est, je suis écœuré. Quand un enfant meurt alors qu’il y avait déjà eu des signalements, on ne peut pas détourner le regard. J’ai un fils de 8 ans. En tant que parent, ça me glace.» De nombreux enfants écument d’ailleurs la foule, portant eux-mêmes les pancartes en hommage à Lyhanna. À lire aussi Des «crimes contre les femmes » au «féminicide» : ces mots qui ont fait évoluer la cause des victimes de violences Quant aux associations, elles sont aussi là pour dénoncer le manque de moyens alloués à la protection de l’enfance et rappellent l’ampleur du phénomène. «Toutes les trois minutes, pendant que nous pensons à Lyhanna, pendant que nous manifestons, un enfant est victime de violences sexuelles dans notre pays. Et pourtant, nous continuons à douter de la parole des enfants.» Alors même que les recommandations de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) sont citées à plusieurs reprises. Parmi les réclamations ce soir : davantage d’enquêteurs spécialisés, des brigades formées, de moyens pour la justice et une meilleure prise en charge des victimes. Car les chiffres, implacables, parlent d’eux-mêmes : 160.000 enfants seraient victimes de violences sexuelles chaque année en France. Un garçon sur cinq. Une fille sur sept. «De quel côté êtes-vous ? Du côté du silence ou du côté des victimes ?», reprend-on dans le micro. Catherine Ringer, Charlotte Arnould, Caroline Darian Des manifestantes à Paris, ce lundi 8 juin 2026. Gonzalo Fuentes / REUTERS Passer la publicité Publicité La question reste suspendue quelques secondes dans l’air humide. Les organisateurs prennent toutefois soin de marquer une ligne politique claire. «Ne reprenons pas pour autant l’argument de l’extrême droite qui dénonce le laxisme de la justice pour s’attaquer à d’autres piliers fondamentaux de notre démocratie.» Sur ces mots et à mesure que la nuit s’installe sur l’île de la Cité et que la pluie continue de tomber, personne ne semble encore vouloir partir. Les parapluies restent ouverts, les pancartes levées, et Suzane monte à présent sur scène. La chanteuse, venue soutenir le rassemblement, interprète J’accuse, son titre devenu un hymne pour de nombreuses victimes de violences sexuelles. Dans son clip, sorti en 2025, elle avait d’ailleurs réuni plusieurs personnalités engagées sur ces questions, parmi lesquelles Muriel Robin, Catherine Ringer, Charlotte Arnould, le militant des droits de l’enfant Lyes Louffok, Miranda Starcevic ou encore Caroline Darian, fille de Gisèle Pélicot. «Justice, t’étais où ?», chante-t-elle alors au milieu d’autres femmes et manifestants. «Demande à tous les gosses que tu protèges pas», conclut-elle.