Electrification de la France : le tournant narratif derrière les annonces de Sébastien Lecornu
Le Premier ministre a présenté ses "leçons" de la crise énergétique. La première d’entre elles n’étonnera personne : mieux vaut produire chez soi que dépendre des autres. Le conflit au Moyen-Orient confirme ce que la guerre en Ukraine avait cruellement signalé : l’énergie demeure un enjeu de sécurité nationale et d’indépendance. Pour réduire ses importations de gaz et de pétrole, la France doit s’électrifier bien plus vite qu'elle ne le fait.
Les leviers sont connus. Sur le fond, le discours - réaliste - de Sébastien Lecornu n'a rien de révolutionnaire. Il avance le calendrier pour l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs, réajuste l'objectif d'installer chaque année un million de pompes à chaleur made in France d'ici à 2030, et amplifie le "leasing social" pour les véhicules électriques.
La nouveauté vient de la forme. Le mot "climat" a disparu. La planification est désormais orpheline d’"écologique". Ce tournant narratif souligne combien la France et l’Europe ont maladroitement promu la transition bas-carbone par le passé. "En la présentant comme une politique environnementale, on a permis que s’installe une fracture idéologique entre 'lubie écolo' d'un côté et pragmatisme conservateur de l'autre, expliquait récemment à L'Express Andreas Rüdinger, chercheur associé à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Alors qu’un discours axé sur le refus de contribuer aux logiques impérialistes aurait rassemblé tout le monde." Il aura fallu deux crises pour trouver la bonne approche. Que de temps perdu.




