Donald Trump sous le feu des critiques de la droite chrétienne américaine
Longue toge blanche, globe lumineux dans une main, l’autre posée sur le front d’un homme malade, de la lumière émanant de sa tête. Le tout surmonté d’un visage au teint orangé caractéristique… L’image générée par intelligence artificielle, postée par le président des États-Unis, choque partout dans le monde, notamment au sein des communautés religieuses.
Peu après avoir proféré, dimanche 12 avril au soir, une diatribe offensive contre le pape Léon XIV pour ses positions anti-guerre en Iran, Donald Trump a publié sur son réseau Truth Social une image le représentant comme Jésus. Une publication qui a provoqué un rare mouvement de colère et d’indignation au sein de la droite chrétienne américaine, où plusieurs voix ont dénoncé un blasphème et l'ont pressé de supprimer son message.
"Blasphème scandaleux"
Donald Trump, qui se dit chrétien sans affirmer prier régulièrement, lire la Bible ou fréquenter l’église, a conservé jusqu'ici un soutien quasi constant parmi les chrétiens conservateurs. Mais le président américain semble cette fois être allé trop loin. Même Giorgia Meloni, Première ministre italienne et fervente soutien de Donald Trump, a jugé lundi "inacceptables" les critiques adressées au pape. "Le pape est le chef de l’Église catholique, et il est juste et normal qu’il invoque la paix et qu’il condamne toute forme de guerre", a-t-elle ajouté dans un communiqué.
New media post from Donald J. Trump
— Commentary: Trump Truth Social Posts On X (@TrumpTruthOnX) April 13, 2026
(TS: 12 Apr 21:49 ET) pic.twitter.com/uWUoEG1bSQ
Plus encore que les attaques visant Léon XIV, c'est bien la photo du républicain en Jésus Christ qui a indigné la communauté catholique américaine. Dans la foi chrétienne, le blasphème — des paroles ou des actes marquant un manque de respect envers Dieu — est en effet considéré comme un péché. Plusieurs figures chrétiennes de premier plan aux Etats-Unis ont donc condamné la publication de Donald Trump. Des figures conservatrices comme Joshua Charles, ancien rédacteur de discours de Mike Pence, ont ainsi dénoncé un "blasphème total et complet". Denise Murphy McGraw, coprésidente de Catholics Vote Common Good, a interpellé le vice-président : "Où est le vice-président catholique J.D. Vance ? […] Le silence n’est pas la neutralité. C’est de la complicité."
La sphère médiatique qui gravite habituellement autour du président d’extrême droite est elle aussi ébranlée. "Cette publication est, franchement, dégoûtante et inacceptable, mais révèle aussi une profonde incompréhension du peuple américain, qui connaît un véritable renouveau de la foi en Christ au milieu de notre culture brisée", a affirmé Isabel Brown, podcasteuse catholique du média conservateur The Daily Wire et influenceuse proche de la Maison-Blanche. Michael Knowles, autre podcasteur catholique conservateur proche du président, a pour sa part déclaré sur X qu’il "incombe au président, tant sur le plan spirituel que politique, de supprimer l’image, quelle que soit son intention". Megan Basham, écrivaine et commentatrice protestante conservatrice, a quant à elle écrit sur les réseaux : "Je ne sais pas si le président pensait être drôle ou s’il est sous l’influence d’une substance, ni quelle autre explication pourrait justifier ce blasphème scandaleux. Mais il doit supprimer cela immédiatement et demander pardon au peuple américain, puis à Dieu."
"Je pensais que c'était moi en docteur"
Donald Trump a répondu aux critiques lundi soir, interrogé par une journaliste. "Je l'ai bien postée, et je pensais que c'était moi en docteur", a-t-il affirmé. "Seuls les médias qui diffusent de fausses informations pourraient inventer ça", a-t-il poursuivi. "C’est censé être moi en médecin, en train de soigner les gens, et je soigne les gens. Je rends les gens beaucoup plus en forme !", a-t-il conclu d'un air goguenard devant les caméras. La Maison-Blanche elle-même n'a pas fait de commentaire officiel. Selon le Washington Post, un responsable de l’administration, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a estimé que l’indignation des chrétiens conservateurs s’apaiserait rapidement, tout en jugeant que Donald Trump était allé trop loin, même si certains de ses plus fidèles partisans le présentent parfois comme une figure quasi messianique : "Quand vous [vous représentez ainsi] vous-même… c’est au mieux sacrilège".
L’image était toujours en ligne avant une réunion de la Commission sur la liberté religieuse de Donald Trump, qui a réuni lundi plusieurs figures chrétiennes influentes nommées par lui, dont Paula White-Cain, sa conseillère spirituelle, le révérend Franklin Graham, évangéliste, l’évêque catholique Robert Barron et le cardinal Timothy Dolan, archevêque de New York, dans le cadre d’un organe créé par décret pour conseiller le Bureau de la foi de la Maison-Blanche. Elle a été retirée depuis.
Terrain glissant
Cette confrontation avec le monde chrétien est risquée pour Donald Trump, qui en s'en prenant au pape s’attaque à une autorité morale influente auprès des catholiques conservateurs, en pleine année électorale. Le locataire de la Maison-Blanche fait actuellement face à un adversaire — l’Eglise, incarnée par le pape Léon XIV, américain ayant grandi dans le South-Side de Chicago — à l’autorité morale renforcée aux Etats-Unis, et plus populaire que nombre de ses adversaires politiques, bénéficiant d’une image très favorable dans l’opinion américaine. De son côté, Léon critique les actions militaires américaines, notamment en Iran, affirmant que Dieu "n’écoute pas les prières de ceux qui font la guerre" et citant : "Même si vous multipliez les prières, je n’écouterai pas — vos mains sont pleines de sang."
De très nombreuses figures religieuses ont depuis lundi apporté leur soutien au souverain pontife. Le père Antonio Spadaro, sous-secrétaire du dicastère du Vatican pour la culture et l’éducation, a notamment souligné que "lorsque le pouvoir politique se retourne contre une voix morale, c’est souvent parce qu’il ne peut pas la contenir. En ce sens, l’attaque de Donald Trump est une déclaration d’impuissance".




