Danemark : Mette Frederiksen fragilisée à l'issue des législatives
Les sociaux-démocrates de la Première ministre danoise Mette Frederiksen ont enregistré mardi 24 mars leur plus mauvais résultat depuis plus d'un siècle lors des élections législatives.
Mette Frederiksen, qui dirige le Danemark depuis 2019 et brigue un troisième mandat, a convoqué ces élections plusieurs mois avant la date butoir d'octobre, une décision largement vue comme une tentative de profiter du regain de popularité dont elle bénéficie depuis qu'elle a tenu tête, en janvier, à Donald Trump et ses velléités d'annexion du Groenland, territoire danois semi-autonome.
Le résultat du scrutin a toutefois montré qu'elle était fragilisée, tant à gauche qu'à droite, alors que la question du coût de la vie s'est imposée comme étant la première inquiétude des électeurs, ont estimé des observateurs.
Mette Frederiksen "prête" pour un nouveau mandat
D'après les résultats définitifs, les sociaux-démocrates ont remporté 38 sièges au Folketing, le Parlement danois, qui en compte 179. Il y a quatre ans, ils en avaient remporté 50. Au total, le bloc de gauche, constitué de la formation de Mette Frederiksen et quatre autres mouvements, obtient 84 sièges, soit six de moins que les 90 nécessaires pour avoir la majorité absolue. Les partis de droite obtiennent eux 77 sièges.
Les observateurs estiment toutefois que Mette Frederiksen pourrait rester à la tête du gouvernement danois, à l'issue des négociations en vue de la formation d'une coalition, qui pourraient prendre des semaines. Le chef du Parti libéral, le ministre de la Défense Troels Lund Poulsen, a d'ores et déjà déclaré qu'il n'était plus intéressé par un gouvernement de coalition avec Frederiksen, soulignant la complexité des d à venir pour elle.
Devant ses partisans à Copenhague, la dirigeante de 48 ans s’est dite mardi soir "prête à assumer" à nouveau le rôle de Première ministre. "Nous nous attendions à reculer, car c’est normal lorsqu’on se présente pour la troisième fois", a-t-elle admis. "Bien sûr, je regrette que nous n’ayons pas obtenu plus de voix", a-t-elle ajouté.
À Bruxelles, Mette Frederiksen est largement respectée pour sa position claire sur le Groenland et pour ses efforts visant à accroître les dépenses de défense du Danemark depuis le début de la guerre en Ukraine. Cependant, son style de négociation est perçu par certains comme abrasif et de nombreux Danois aspiraient à un changement.
L'extrême droite triple son score
Preuve du large rejet suscité par la Première ministre, le soutien au Parti populaire danois, formation d’extrême droite anti-immigration dirigée par Morten Messerschmidt, a grimpé à 9,1 %, soit une hausse de près de 7 points de pourcentage par rapport aux dernières élections. Morten Messerschmidt avait fait campagne en promettant de garantir une migration nette nulle des musulmans et d'abolir les taxes sur l'essence afin de réduire le coût de la vie. "Le fait que le Parti populaire danois ait triplé son score montre clairement que les Danois en ont assez et qu'un grand nombre de personnes souhaitent une autre orientation pour le Danemark", s'est-il réjoui après l'annonce des résultats.
Le parti des Modérés (centre) de Lars Lokke Rasmussen pourrait détenir la clé de la prochaine coalition au pouvoir, selon certains observateurs, le ministre des Affaires étrangères sortant appelant Mette Frederiksen à renoncer à ses projets d'impôt sur la fortune. La Première ministre a proposé cette taxe – à un taux modeste de 0,5 % destiné à financer la réforme de l'éducation – pour redorer son image de candidate de gauche, mise à mal par une coalition avec le centre-droit. Elle a également supervisé l'une des approches les plus dures en matière de migration en Europe, avec un statut de réfugié temporaire, un soutien conditionnel et des exigences d'intégration dans la société. Elle a également codirigé une initiative de neuf pays de l'UE visant à faciliter l'expulsion des criminels étrangers et, plus tôt cette année, a proposé une loi pour augmenter le nombre d'expulsions.





