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Crise du kérosène : quelles conséquences pour les voyageurs et les compagnies aériennes

العالم
Euronews FR
2026/04/17 - 11:14 501 مشاهدة
Une pénurie imminente de kérosène en Europe et en Asie, provoquée par la guerre en Iran et la fermeture du détroit d'Ormuz, pourrait bouleverser les voyages à travers le monde d'ici quelques semaines si le pétrole ne recommence pas rapidement à circuler, faisant grimper les prix des billets d'avion et entraînant des annulations de vols à l'approche du pic de la saison estivale.Dans un entretien accordé jeudi à l'Associated Press, le directeur de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), Fatih Birol, a déclaré que l'Europe ne dispose « peut-être six semaines » de réserves de kérosène et que l'économie mondiale est confrontée à sa « plus grave crise énergétique ».En temps normal, certains pays européens disposent de plusieurs mois de stocks de kérosène, selon un rapport de l'AIE publié cette semaine.Le kérosène – un produit pétrolier raffiné à base de pétrole lampant – représente le premier poste de dépenses des compagnies aériennes, environ 30 % de leurs coûts totaux, selon l'Association internationale du transport aérien (IATA). Et les prix du kérosène ont pratiquement doublé depuis le début de la guerre. Les premières pénuries pourraient se faire sentir rapidement.« Chaque jour qui passe avec un détroit d'Ormuz fermé rapproche un peu plus l'Europe de pénuries d'approvisionnement », estime Amaar Khan, responsable de la tarification du kérosène pour l'Europe chez Argus Media. « Le détroit représente environ 40 % des importations de kérosène de l'Europe, mais aucun carburant n'y a transité depuis le début de la guerre. »Les responsables des compagnies aériennes se montrent dans l'ensemble prudents : ils reconnaissent de possibles tensions sur le carburant tout en cherchant à rassurer les clients. Certaines ont néanmoins déjà répercuté une partie des coûts sur les consommateurs en augmentant les frais de bagages et autres services, en intégrant ces hausses au prix des billets ou en majorant les surcharges carburant.Quelques compagnies ont réduit leur programme de vols, dont la compagnie scandinave SAS, qui a indiqué plus tôt ce mois-ci qu'elle annulerait « au moins un millier » de vols en avril en raison de la flambée des prix du carburant.Les experts estiment également que d'autres aspects du transport aérien – comme la flexibilité des horaires et les itinéraires – seront probablement affectés.D'après un rapport (source en anglais) de Tourism Economics, depuis la fermeture du détroit d'Ormuz en mars, les prix du pétrole brut ont grimpé de 64 %, la perturbation la plus importante depuis 2022, avec un impact marqué sur l'aviation.« L'impact sur les coûts du kérosène est encore plus marqué, avec un écart de raffinage (crack spread) qui atteint un record de 80 dollars le baril, doublant les prix en quelques semaines en raison de la rareté du brut du Golfe », écrit Stephen Rooney, économiste principal chez Tourism Economics et auteur du rapport. « Les tarifs aériens devraient augmenter de 5 % à 10 %, les surcharges carburant étant déjà apparues, même si la faiblesse de la demande limitera la part du surcoût pouvant être répercutée sur les consommateurs. »Voici comment fonctionne l'approvisionnement en kérosène et comment les passagers pourraient en ressentir les effets.Comment le kérosène arrive-t-il jusqu'à l'avion ?Le kérosène est produit à partir de pétrole brut dans des raffineries, qui fabriquent aussi l'essence et le gazole.Les compagnies aériennes achètent généralement leur carburant directement aux raffineries ou à des fournisseurs, un peu comme les automobilistes se servent à la station-service, mais à une tout autre échelle. Le kérosène est acheminé par bateaux et par oléoducs et stocké par les compagnies sur les aéroports.Les achats sont gérés par les compagnies. Si les réserves de carburant s'épuisent dans une région, cela ne signifie pas forcément qu'il n'y aura plus de vols : certaines compagnies peuvent disposer de stocks plus importants que d'autres.Mais les vols qui subsisteront risquent d'être coûteux, à l'image du niveau des prix du carburant.Les grandes compagnies disposent d'atouts dans les régions en tension, car elles ont les moyens financiers de supporter des prix élevés, souligne Jacques Rousseau, directeur général du cabinet financier Clearview Energy Partners.En Europe, plusieurs pays ne disposent plus que de moins de 20 jours de couverture en kérosène, selon le rapport de l'AIE publié cette semaine. Les stocks n'étaient pas descendus sous 29 jours depuis 2020, précise le document.Si ce niveau tombait sous les 23 jours, des pénuries physiques pourraient apparaître dans certains aéroports, entraînant des annulations de vols et une baisse de la demande, avertit le rapport.Quelles régions seront les plus touchées ?Les pays d'Asie-Pacifique sont les plus dépendants du pétrole et du kérosène en provenance du Moyen-Orient, suivis par l'Europe, indique Rousseau.La majeure partie du kérosène consommé en Europe est produite par les raffineries européennes, mais il manque toutefois environ 20 à 25 % de l'approvisionnement en raison de la guerre, poursuit-il.Pour combler une partie du déficit, les États-Unis ont fortement augmenté leurs exportations de kérosène vers l'Europe, expédiant environ 150 000 barils par jour en avril, soit six fois plus que la normale, précise Rousseau.La disponibilité du kérosène est un problème moindre aux États-Unis, grand producteur de pétrole, ajoute-t-il. « Je dis à mes enfants… nous ne risquons pas tant de manquer de carburant, explique Rousseau. Il va simplement coûter plus cher ici, alors que dans d'autres régions du monde on pourrait se retrouver à un point où il n'y a tout simplement plus de carburant. »De combien l'offre mondiale de kérosène est-elle insuffisante ?Le monde perd entre 10 et 15 millions de barils de pétrole par jour en raison de la fermeture du détroit d'Ormuz, estime Pavel Molchanov, stratège principal en investissement chez Raymond James & Associates.« Les raffineries sont exactement les mêmes, aux mêmes endroits en Asie et en Europe, mais s'il n'y a pas assez de pétrole pour les faire fonctionner, cela débouchera sur des interruptions physiques d'approvisionnement », affirme-t-il.Bien que l'AIE ait mis 400 millions de barils de pétrole sur le marché à partir des réserves d'urgence de ses membres, cela ne changera pas grand-chose à court terme, ajoute-t-il.« Il pourrait falloir attendre la fin de l'année pour que l'ensemble de ces volumes arrive réellement sur le marché », prévient-il.Quelles conséquences pour les voyageurs ?Christopher Anderson, professeur de gestion des opérations, des technologies et de l'information à l'université Cornell, estime que les voyageurs doivent se préparer à bien plus qu'à une hausse des prix des billets.« Ce n'est plus seulement une histoire de prix du carburant. Pour les compagnies aériennes, c'est désormais un problème de planification de leur réseau de lignes, dit-il. Le coût du carburant compte, mais aussi les trajets plus longs, une flexibilité réduite des horaires et une incertitude accrue quant à la demande, même à quelques semaines d'échéance. »Les voyageurs pourraient se retrouver face à « un marché où les réservations se font plus tard, avec des horaires plus volatils et moins d'options à bas prix si cette perturbation se prolonge pendant le cœur de la saison estivale », poursuit-il.Les voyages via le Moyen-Orient sont les plus durement touchés par les fermetures d'espaces aériens et les coûts de déroutement, souligne Rooney dans le rapport de Tourism Economics. « Environ un cinquième de la demande Europe-Asie et 10 % de la demande Amérique du Nord-Asie transitent par le Moyen-Orient et sont exposés », ajoute-t-il. « En supposant un conflit de deux mois, le redressement devrait commencer au second semestre 2026, mais le climat d'incertitude pourrait freiner le rebond. »Comment réagissent les compagnies aériennes ?La compagnie néerlandaise KLM et le transporteur à bas coûts britannique easyJet indiquent ne pas connaître de pénuries de carburant à ce stade, sans commenter davantage l'alerte de l'AIE. Les deux compagnies font toutefois partie de celles dont les coûts en hausse grèvent déjà les budgets.Jeudi, KLM a annoncé qu'elle supprimerait 160 vols le mois prochain – soit environ 1 % de ses liaisons européennes. La compagnie a invoqué « la hausse des coûts du kérosène » et estimé qu'un nombre limité de vols « ne sont plus viables sur le plan financier ».Dans une mise à jour, easyJet a indiqué s'attendre à une perte avant impôts comprise entre 540 et 560 millions de livres (environ 619,6 à 642,6 millions d'euros) au premier semestre de son exercice fiscal 2026. Son directeur général, Kenton Jarvis, affirme toutefois que la demande reste globalement solide, soulignant que le week-end de Pâques a été le plus chargé de l'histoire de la compagnie pour cette période.Le transporteur allemand Lufthansa indique que les conflits sociaux et la flambée des prix du carburant le contraignent à fermer immédiatement sa compagnie régionale CityLine, plus tôt que prévu, et à retirer du service ses 27 avions plus anciens et moins économes en carburant. Cette décision accélère une fermeture qui n'était attendue que l'an prochain.La compagnie américaine Delta Air Lines – qui dessert fréquemment des destinations européennes – se dit « consciente du risque potentiel de pénurie de kérosène » sur le continent et assure suivre la situation de près. Delta, qui a racheté en 2012 une raffinerie à Philadelphie pour mieux maîtriser son principal poste de coûts, ne prévoit « aucun impact à court terme sur [ses] opérations ».Quel impact sur les prix ?D'autres compagnies ont tiré la sonnette d'alarme au sujet de la hausse du prix du carburant, certaines ayant déjà commencé à répercuter ces nouveaux coûts sur les voyageurs, souvent en les intégrant au prix des billets et aux frais annexes.Les transporteurs américains Delta, United, American Airlines, Southwest Airlines et JetBlue ont par exemple tous augmenté leurs frais de bagages enregistrés ces dernières semaines.Le directeur général de United, Scott Kirby, a indiqué dans une récente note au personnel que si les prix du carburant restent élevés, cela pourrait alourdir la facture annuelle de 11 milliards de dollars (9,32 milliards d'euros). « Pour donner un ordre de grandeur, écrit Kirby, lors de la meilleure année de l'histoire de United, nous avons gagné moins de 5 milliards de dollars. »De son côté, Cathay Pacific, basée à Hong Kong, a récemment relevé d'environ 34 % les surcharges carburant sur l'ensemble de ses lignes, tandis qu'Air India a ajouté jusqu'à 280 dollars de frais sur certains vols plus tôt ce mois-ci. Emirates, Lufthansa et KLM ont également ajusté leurs frais ou leurs tarifs pour suivre la volatilité des prix.
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