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Crise du gaz : "L'Europe a toujours un coup de retard dans sa stratégie d’approvisionnement"

سياسة
L'Express
2026/04/10 - 09:30 502 مشاهدة

Alors que les Etats-Unis et l’Iran peinent à trouver un accord mettant fin au conflit au Moyen-Orient, l’Europe sort meurtrie de ces six semaines de crise. Une fois encore, elle n’a pas réussi à anticiper le choc. Sur le gaz notamment. Malgré sa lourde dépendance, le Vieux Continent ne disposait pas de réserves stratégiques capables d’être mobilisées rapidement. "De nombreuses mesures vont devoir être prises pour limiter les risques futurs", prévient Jean-Christian Heintz, fondateur du cabinet de conseil Wideangle LNG. Mais elles nécessitent du courage politique. Et supposent probablement de s’éloigner, au moins en partie, d’une logique de gestion des stocks trop largement sous la coupe des traders.

L’Express : La question des réserves stratégiques de gaz commence à émerger au sein de l’Union. Faut-il y voir un début de prise de conscience de nos soucis énergétiques ?

Jean-Christian Heintz : Le sentiment qui prédomine, après ces semaines de tension, c'est plutôt la frustration. Nous sommes les héritiers de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). Depuis longtemps, l'approvisionnement énergétique devrait être au cœur de la stratégie européenne. Or, on voit qu'il n'y a pas eu l'émergence d'un système supranational visant à éviter les crises sur le gaz. Il existe pourtant des stress tests, des simulations qui évaluent comment l'économie se comporte en cas de coupure d'approvisionnement. Sauf que ces derniers ont tendance à rester dans les tiroirs. On ne les transforme pas en plans stratégiques. Ce manque de vision constitue un premier problème.

L’autre difficulté, pour l’Europe, tient à un choix structurel : elle a libéralisé un secteur stratégique. Au début des années 2000, l'Union européenne n'avait d'yeux que pour le système gazier anglo-saxon. A cette époque, on pensait qu'il fallait tout mettre dans les mains du marché. Cette politique a eu des effets désastreux. Non seulement elle ne s'est pas traduite par une diminution des prix de l'énergie, mais elle a privé les États d'un amortisseur puissant.

Prenons le cas de la France : avant la libéralisation, un acteur unique opérait à la fois le réseau de transport, les stockages - aquifères et cavités salines - et les terminaux méthaniers. Ce système intégré permettait de réagir rapidement d'un point de vue technique, face à des problèmes d'approvisionnement. Aujourd'hui, nous avons perdu cette possibilité. Les stockeurs comme Storengy mettent leurs capacités aux enchères. Elles partent ainsi aux mains de traders ou de fonds d'investissement. Avec les conséquences que l’on sait : lorsqu’on s'est réveillé au mois de mars en se demandant si on avait des stocks stratégiques, les traders avaient depuis longtemps vendu leurs volumes de gaz au marché.

L'Union européenne s’est dit qu’elle allait instaurer une obligation de stockage minimum. Mais comme à son habitude, elle intervient trop tard, quand la crise est déjà là, ce qui crée l’effet inverse de celui recherché. L’obligation de stockage renchérit le prix du gaz en été, puisque tout le monde doit acheter au même moment pour garnir les réserves !

Certains pays européens s’en sortent-ils mieux que d’autres sur l’approvisionnement en gaz ?

Oui. L'Espagne par exemple. Elle ne possède qu'un seul stockage souterrain, mais elle dispose de plusieurs terminaux méthaniers et d’une large capacité de stockage de GNL. L’opérateur Enagas est à la fois le gestionnaire du réseau de transport, du stockage et du réseau des terminaux GNL. Cette approche intégrée permet une meilleure réactivité en cas de crise. Par exemple, si le terminal de Barcelone est saturé parce qu'il y a trop de navires qui arrivent, certains peuvent être redirigés vers Carthagène. En France, il faudrait la coordination des différents maillons de la chaîne. Ce serait donc plus délicat. Mais dans tous les cas, le problème de fond reste le même : le marché décide si les bateaux arrivent ou pas. Si par exemple, les Japonais sont prêts à payer davantage pour une cargaison, il faut s'aligner sur ce prix. Aujourd'hui, les gouvernements voudraient mieux contrôler les flux de GNL. Mais dans le système actuel, c’est impossible.

La France a-t-elle commis une deuxième erreur en se détachant de l'Algérie ?

On peut comprendre le raisonnement qui a été fait par l’Etat français. On pourrait essayer de se rabibocher avec les Algériens, mais cela nous demanderait énormément de temps et quelques sacrifices. Alors, perdu pour perdu, pourquoi ne pas jouer la carte du Maroc ? D'un point de vue gazier, c'est un mauvais calcul à court terme car le Royaume ne dispose pas de ressources. Toutefois, si on se projette plus loin, et si la France aide le Maroc à faire reconnaître le Sahara occidental comme partie intégrante de son territoire, les entreprises tricolores pourraient profiter de l'exploitation des réserves de cette région. A condition d'attendre 20 ou 30 ans, le temps que tout se mette en place.

Ironie de l'histoire, l’Europe lutte pour son approvisionnement en gaz alors qu’elle est assise sur un énorme gisement : celui de Groningue aux Pays-Bas. Certes, son exploitation a occasionné des dégâts en surface, et notamment des fissures dans des bâtiments. Mais au lieu d’indemniser les propriétaires concernés et de continuer l’exploitation, le Parlement néerlandais a tout stoppé. Avec un peu de courage politique, nous pourrions relancer l’activité gazière de ce champ au nom de l'intérêt supérieur de l'Union européenne. Sauf que nous n’en prenons pas le chemin. De mon point de vue, c’est le signe que nous n’avons toujours pas retenu les leçons de 2022.

Faut-il monter un équivalent de l'Opep, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, pour le gaz ?

Ce serait utile mais de nombreuses difficultés se posent. Le Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), qui pourrait servir de base à cette initiative, n'a pas autant la main sur l'offre que l'Opep. Il s'agit plutôt d'un organisme observateur et beaucoup de pays n’en sont pas membres. Aujourd'hui, l’énergie - et donc le gaz - sert d’arme stratégique, créant des divisions entre Etats. En intervenant en Iran, les Etats-Unis ont créé volontairement du chaos dans le système gazier mondial et contribué à élargir le fossé entre le Qatar et l’Iran. Leur image de partenaire commercial fiable a aussi pris du plomb dans l’aile depuis que Donald Trump n’hésite pas à faire du chantage au GNL. Le monde dans lequel nous entrons est marqué par une incertitude si grande que l'on en vient à reconsidérer de grands projets énergétiques en Argentine, au Mozambique, ou au Nigeria. Cette montée des incertitudes fait aussi que l'Europe a toujours un coup de retard dans sa stratégie d'approvisionnement.

La Russie divise elle aussi au sein de l'Europe. Comment mettre en place un embargo efficace sur ses exportations de gaz ?

L'Histoire nous enseigne qu'à moins de faire comme pendant la Seconde Guerre mondiale et de mettre en place des bâtiments militaires devant les ports russes - ce que l'Europe n'est pas capable de faire -, ce n'est pas possible. Aujourd'hui, nous assistons à un jeu de chaises musicales qui fait les affaires de Moscou : la Chine, qui sert de plaque tournante pour le gaz, accepte des cargaisons russes, ce qui lui permet de libérer des volumes de GNL non sanctionné vers le Japon par exemple. De toute façon, certains pays d'Asie sont tellement dépendants des importations de gaz qu'ils sont peu regardants sur la provenance. Dans ce système, tout le monde est complice. En voulant sanctionner le gaz russe dans un tel environnement, l'Europe fait preuve d'hypocrisie.

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