Cours du pétrole : un répit inespéré pour Vladimir Poutine
Lorsque le 24 février dernier, la guerre en Ukraine est entrée dans sa cinquième année, la situation en Russie n’était guère reluisante. Escalade des dépenses publiques dopées par l’effort de guerre, creusement des revenus du pétrole et du gaz sous l’effet des sanctions internationales, croissance atone ou presque, inflation venant rogner le pouvoir d’achat de la population : la plupart des indicateurs ont viré dans le rouge. Au point de susciter de la colère, y compris dans les cercles proches du Kremlin, à voir la volte-face du blogueur Ilya Remeslo. "Il est temps de jeter l’éponge car avec Poutine, on ira nulle part", écrit l’influenceur, dans un article intitulé "Les cinq raisons pour lesquelles je ne soutiens plus Poutine". Des propos qui lui ont valu un internement en hôpital psychiatrique…
Comme du temps de l’Union soviétique, la vérité n’est jamais bonne à dire dans la Russie de Poutine. D’autant plus que ce dernier, depuis le 28 février, peut souffler. L’attaque déclenchée par les Etats-Unis et Israël en Iran a certes visé un allié de Moscou. Mais la propagation du conflit à l’ensemble du Moyen-Orient et ses répercussions sur le cours du pétrole lui ont apporté un formidable ballon d’oxygène. Avec la fermeture du détroit d’Ormuz, le cours du baril a franchi la barre des 100 dollars, une aubaine pour le maître des illusions russes. Car, quand le pétrole va, tout va ou presque dans son empire : les recettes liées aux ventes d’hydrocarbures alimentent les caisses de l’Etat, finançant largement la guerre en Ukraine. La hausse du prix du baril (de 70 % depuis le 1er janvier) est donc une excellente nouvelle pour Moscou, qui a tout intérêt à ce que la situation s’enlise dans le détroit d’Ormuz.
D’autant que cette flambée du pétrole n’est pas la seule bonne nouvelle. "Pour sa guerre en Ukraine, le Kremlin compte sur le manque de munitions occidentales, le durcissement de la pression américaine sur Kiev, la manne pétrolière et une levée partielle des sanctions", résume Tatiana Kastouéva-Jean, directrice du Centre Russie/Eurasie à l’Ifri. C’est précisément ce que la guerre au Moyen-Orient lui apporte sur un plateau, en détournant l’attention de l’Occident de l’Ukraine, en réduisant les stocks d’armements, ou encore en provoquant un allègement des sanctions américaines. Mieux : la menace d’une crise énergétique attise de nouveau les divisions au sein des pays européens, très fébriles face à l’envolée des prix de l’énergie.
Le président russe peut donc espérer gagner du temps. Mais le télégramme qu’il a envoyé récemment à Kim Jong-un pour le féliciter de sa "réélection" à la tête de la Corée du Nord vient surtout rappeler son isolement diplomatique, alors que la guerre en Ukraine va bientôt franchir le cap symbolique des 1 500 jours. En réalité, la Russie que Vladimir Poutine dirige d’une main de fer depuis plus d’un quart de siècle ressemble à un château de barils, qui menace à moyen terme de s’écrouler.





