Comment nous sommes-nous représenté notre corps à travers les siècles ? « Les Logiques du corps », une synthèse magistrale de l’historien Georges Vigarello
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Le système vasculaire, décrit dans un manuscrit du XIIIᵉ siècle. AKG-IMAGES/SPL « Les Logiques du corps. Une autre manière de penser le temps », de Georges Vigarello, Seuil, « L’univers historique », 372 p., 25 €, numérique 18 €. En 1580, le conseiller du roi Pierre de La Primaudaye décrit le corps humain en ces termes : « Tout ainsi que la mer est comme la grande fontaine et matrice de toutes les eaux (…), le foie est comme la fontaine du sang et des veines. » Trois siècles plus tard, le ton change, l’imaginaire aussi : « Les êtres vivants peuvent être assimilés à des machines thermiques », écrit le médecin et inventeur EtienneJules Marey en 1873. Et nous, que dirions-nous ? Quelle analogie avec quel aspect du monde pourrait nous aider à décrire ce que nous sommes ? Etre vivant, c’est être incarné. Mais qu’est-ce que la chair, et qu’est-ce que cela signifie pour nous de ne pouvoir exister qu’en nous tenant en elle ? Ces questions sont au cœur du travail de Georges Vigarello depuis que, l’un des premiers, il a fait du corps un sujet d’histoire à part entière. Du Corps redressé (Delarge, 1978) à Histoire de la fatigue (Seuil, 2020), de la somme collective Histoire du corps, qu’il a dirigée avec Alain Corbin et Jean-Jacques Courtine (trois volumes, Seuil, 2005-2006), au Sentiment de soi (Seuil, 2014), chaque étape de ce vaste chantier a imposé sa méthode, faite d’exhumation d’archives inattendues ou de relecture neuve de corpus classiques, que rend lumineuses un art virtuose de la mise en perspective. Peut-être ne restait-il à l’historien qu’à déboucher sur une vision d’ensemble, jusque-là amorcée, sans être systématisée sur le plan théorique. C’est ce qu’il accomplit dans son nouveau livre, Les Logiques du corps. Il vous reste 68.34% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.




