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Comment les Etats-Unis (mais pas la France) ont perdu le monde arabe, par Amaney A. Jamal et Michael Robbins

سياسة
L'Express
2026/04/12 - 10:00 501 مشاهدة

Beaucoup de personnes au Moyen-Orient ont été touchées par la série d’événements déclenchée par l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Des dizaines de milliers de personnes, pour la plupart des Gazaouis, ont été tuées, des millions ont été déplacés et des milliards de dollars de dégâts ont été causés. Il n’est donc pas surprenant que le point de vue de dizaines de millions de personnes ait évolué.

Un sondage réalisé par le Baromètre arabe dans les mois qui ont suivi le 7-Octobre a révélé un revirement radical de l’opinion publique. Alors que les citoyens ordinaires de la région assistaient à la guerre dévastatrice menée par Israël à Gaza, ils se sont brusquement retournés contre ce pays et son plus grand allié, les États-Unis. Les enquêtes que nous avons menées en Égypte, en Irak, en Jordanie, au Liban, au Maroc, dans les territoires palestiniens, en Syrie et en Tunisie d’août à novembre 2025 montrent clairement que les changements observés au lendemain du 7-Octobre se sont pérennisés. Les habitants du Moyen-Orient ont perdu presque toute confiance dans un ordre régional dirigé par les États-Unis.

A l'inverse, ils considèrent désormais la Chine, l’Iran et la Russie plus favorablement que les États-Unis et, souvent, que l’Europe. Washington et nombre de ses principaux alliés sont perçus comme partiaux, moralement compromis et sélectifs dans leur respect du droit international par rapport à l'axe autoritaire. Lorsqu’on leur a demandé quel pays protège les libertés, contribue à la sécurité régionale et soutient la cause palestinienne, les personnes interrogées ont choisi la Chine, l’Iran et la Russie plus souvent que les États-Unis ou certains de leurs partenaires.

Guerre en Iran

Cela ne signifie pas pour autant que les opinions publiques arabes soutiennent uniformément les politiques de Pékin, Téhéran ou Moscou. Celles-ci continuent de percevoir l’influence régionale et le programme nucléaire de l’Iran comme une menace. La confiance politique dans la région est en train de se déplacer, non pas parce que la Chine, l’Iran ou la Russie ont construit un modèle universellement attrayant, mais parce que la position des États-Unis, et dans une certaine mesure de l’Europe, s’est effondrée.

La guerre avec l’Iran ne devrait guère contribuer à améliorer ces perceptions. Ce conflit a été déclenché par les États-Unis et Israël. Dans ce cadre, Israël a relancé ses attaques au Liban, et les pays du golfe Persique ont été frappés par des missiles et des drones. Durant ce temps, peu de progrès ont été accomplis pour la reconstruction de Gaza. L’opinion publique arabe pourrait donc être encore plus en colère contre les États-Unis qu'il y a quelques mois.

Bien que la plupart des dirigeants arabes soient autoritaires, ils restent préoccupés par la perspective de manifestations de masse et sont donc contraints par l’opinion publique. Pour eux, collaborer ouvertement avec les États-Unis devient un risque croissant. Si ces derniers souhaitent conserver ses partenaires arabes, ils doivent donc trouver un moyen de mettre rapidement fin à la guerre en Iran et œuvrer à une solution juste au conflit israélo-palestinien, sous peine de céder définitivement le monde arabe à leurs adversaires.

Sauf au Maroc et en Syrie

Les Etats-Unis sont moins populaires qu’ils ne l’ont été depuis des années. Dans la plupart des pays étudiés, peu de personnes voient d’un bon œil la politique étrangère de Donald Trump : 24 % en Irak, 21 % au Liban, 14 % en Tunisie et 12 % en Jordanie et dans les territoires palestiniens. Ce n’est qu’au Maroc et en Syrie qu’un nombre important de personnes interrogées – respectivement 63 % et 61 % – semblent apprécier l’action de Trump dans la région, probablement parce qu’il a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental et soutenu le nouveau gouvernement syrien, arrivé au pouvoir après avoir renversé un dictateur sanguinaire et impopulaire.

L’Union européenne obtient des notes légèrement meilleures, allant de 70 % en Syrie et au Maroc à 34 % dans les territoires palestiniens, en Irak et en Égypte. Mais la réputation des pays européens est variable et dépend largement de leur approche du conflit israélo-palestinien. L'Espagne et l'Irlande sont perçues plus favorablement pour leur soutien aux Palestiniens, tandis que l'Allemagne est moins populaire, sans doute en raison de son histoire de soutien à Israël.

La cote de popularité de la Chine est globalement bien plus élevée, allant de 37 % en Syrie à 69 % en Tunisie. La Russie, bien que moins populaire que la Chine, devance tout de même les États-Unis et leurs alliés en Égypte, en Irak, en Jordanie, au Liban, dans les territoires palestiniens et en Tunisie. La cote de popularité de l’Iran est plus faible et plus inégale. Elle est la plus élevée en Tunisie, à 55 %, et la plus basse en Syrie, à 5 % — où l’Iran a longtemps soutenu le régime de Bachar el-Assad. Mais dans l’ensemble, le niveau de soutien à l'Iran a augmenté de 20 points en Irak et de 12 points dans les territoires palestiniens.

Opinions pas immuables

Sans surprise, le pays le moins populaire est Israël lui-même. Dans tous les États où nous avons mené notre enquête, 5 % au maximum ont une opinion très ou plutôt favorable d’Israël, sauf au Maroc, où ce chiffre atteint 13 %. Ces opinions ne sont pas immuables. À l’heure actuelle, dans aucun pays de la région, plus d’un quart de la population ne se dit favorable à ce que son gouvernement normalise ses relations avec l'Etat hébreu (en Égypte et en Jordanie, ce chiffre est de 4 %). Mais lorsqu’on leur demande s’ils soutiendraient la normalisation si Israël reconnaissait un État palestinien, les résultats grimpent de 27 points en Syrie, de 26 points dans les territoires palestiniens ou de 23 points en Jordanie. Parallèlement, le soutien au plan arabe de reconstruction de Gaza, proposé pour la première fois en mars 2025, est massif.

Le constat le plus accablant pour les États-Unis est peut-être leur perte de légitimité sur la scène internationale. Lorsqu’on leur a demandé quels pays respectaient le droit international dans une large ou moyenne mesure, les personnes interrogées étaient beaucoup plus enclines à choisir la Chine que les États-Unis. En Égypte – l’un des principaux alliés non-membres de l’Otan de Washington – 25 % des personnes interrogées estiment que les États-Unis respectent le droit international, contre 58 % qui le disent de la Chine. Parmi les pays interrogés, les États-Unis ne devancent la Chine qu’au Maroc.

Cela affecte également les partenaires de Washington. Dans la plupart des pays arabes, les personnes interrogées estiment que l’Union européenne est moins engagée dans le respect du droit international que la Chine et à peu près au même niveau que la Russie.

Le message d'alerte des dernières données du Baromètre arabe est clair : les États-Unis et l'Europe perdent non seulement les cœurs et les esprits, mais aussi leur image de protecteurs des droits de l'homme. La guerre en Iran risque de nuire encore davantage à la réputation des États-Unis et d’Israël.

Tant que Gaza restera le critère le plus évident de jugement moral et politique pour les Arabes ordinaires, la Chine, l’Iran et la Russie conserveront le haut du pavé. Mais si les États-Unis et leurs alliés changent de cap, ils peuvent redorer leur blason. Un pays, la France, a déjà réussi cet exploit. Sa cote de popularité auprès des opinions publiques arabes a rebondi après avoir chuté à la suite du 7-Octobre. Fin 2025, le soutien à la France avait augmenté de 11 points en Tunisie, de 10 points au Maroc et de 7 points au Liban par rapport à deux ans auparavant. La seule explication claire de ce revirement était la reconnaissance officielle par Paris d’un État palestinien en septembre 2025. Bien que largement symbolique, ce changement a eu un effet significatif sur l’opinion publique arabe.

*Amaney A. Jamal est cofondatrice et co-chercheuse principale au Baromètre arabe et doyenne de la Princeton School of Public and International Affairs. Michael Robbins est directeur et co-chercheur principal au Baromètre arabe. Cet article est paru en version originale dans Foreign Affairs © 2026 Foreign Affairs. Distributed by Tribune Content Agency.

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