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Comment la Belgique sauva (un temps) Marvin Gaye

سياسة
L'Express
2026/04/04 - 09:00 501 مشاهدة

Pourquoi les coulisses de la pop sont-elles toujours aussi glauques ? Sexe, drogues et destins brisés sont les trois constantes de l’industrie du divertissement, et Marvin Gaye n’y coupa pas, comme nous le rappelle Serge Honorez dans un récit érudit et enlevé qui se lit avec un grand plaisir mais aussi une angoisse croissante au fil des pages.

On sait que, né en 1939 à Washington, Gaye fut d’abord un enfant battu. Son père, pasteur pentecôtiste, l’élève à coups de ceinturon – entre deux prêches, ce prédicateur atypique et visiblement désaxé aime mettre des bijoux et s’habiller avec les vêtements de sa femme. Au moins initie-t-il le petit Marvin au gospel. Ayant grandi, doué pour la musique (à la fois pianiste, batteur et compositeur), Gaye y voit une échappatoire. On le retrouve à Detroit, où Berry Gordy vient de lancer son label qui deviendra légendaire, la Motown. Bien que son goût le porte surtout aux prostituées, Gaye épouse la grande sœur de Gordy, Anna. Cette dernière étant stérile, Gaye met enceinte une nièce mineure d’Anna, et Anna adopte l’enfant. Alors en pleine ascension, passé de musicien de studio à nouvelle star de la Motown, Gaye traîne déjà de sacrés dossiers…

Les années 1970 sont paradoxales. Avec son chef-d’œuvre What’s Going On (1971), Gaye entre à jamais dans l’histoire de la soul. Des millions de dollars pleuvent sur son compte en banque. Ça ne tourne pas rond pour autant. Tiraillé entre une aspiration spirituelle sincère et une sexualité aussi irrépressible que débridée (l’échangisme et le sadomasochisme sont ses passe-temps), cet éternel infidèle divorce une première fois, a deux enfants avec une seconde épouse, puis divorce une nouvelle fois. Il remplace la marijuana par des doses massives de cocaïne – et bientôt par le crack. Il s’enfonce dans ses addictions et des problèmes avec le fisc. La dépression et la paranoïa chassent l’inspiration. Pour de bon ?

Alors qu’il est en goguette en Europe, Gaye croise la route d’un fan belge nommé Freddy Cousaert. Cet improbable imprésario le convainc de le suivre à Ostende. En 1981, la station mondaine à la mode sous Léopold II a perdu de sa superbe. Les belles villas d’antan ont été détruites, le chanteur toxico s’installe dans un petit appartement moderne en front de mer. Ainsi que l’écrit Serge Honorez : "Voilà le pays où va s’échouer Marvin Gaye, comme parfois le font sur la plage d’Ostende quelques baleines désorientées, ou en fin de vie."

Avec sa nouvelle compagne Eugénie (que Gaye forcera à avorter, et qui finira plus tard par se suicider), la vedette déchue refait peu à peu surface – moins de stupéfiants, plus de jogging. Freddy Cousaert le couve, lui qui déclarera : "Marvin et moi, on a tout fait ensemble… Sauf coucher !" Le futur chanteur Arno passe dans les parages – et prépare du poulet curry pour Gaye. Comme un coq en pâte, Gaye compose à nouveau de bonnes mélodies et a la révélation en découvrant la TR-808 (la boîte à rythmes mythique qui vient d’être inventée au Japon, et que Gaye est l’un des premiers à utiliser). Avec Sexual Healing, il tient un irrésistible tube. Et globalement, tout l’album Midnight Love (1982) est à réhabiliter, boosté par un son synthétique novateur qui, à la réécoute, n’a pas pris une ride.

Ce retour en grâce, hélas, s’avèrera éphémère. Gaye se fâche avec Freddy Cousaert et retourne vivre aux Etats-Unis. Il retombe dans ses névroses et ses excès. Le 1er avril 1984, après une violente dispute avec son père, l’infréquentable pasteur tue son fils de deux balles de Smith & Wesson tirées à bout portant. En 1980, Gaye avait été marqué par l’assassinat de John Lennon – cette mort lui avait semblé enviable. Il connaît la même à 44 ans. Quelle vie aurait-il menée s’il était resté à Ostende ? On ne devrait jamais partir de Belgique…

Marvin Gaye chez les Belges par Serge Honorez. La Sirène, 300 p., 19 €.

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