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Catherine Vautrin : "S'il n’y a rien sur les étagères, on ne peut pas reprocher d’acheter américain"

تكنولوجيا
L'Express
2026/04/15 - 16:00 501 مشاهدة

Six mois à un rythme fou. Depuis sa nomination comme ministre des Armées, en octobre 2025, Catherine Vautrin a fait ajouter beaucoup de tampons sur son passeport. Les pays du Golfe, la Grèce, l'Ukraine, la Pologne, le Japon, la Corée du Sud, la Suède, Luxembourg... Et ce dans un contexte géopolitique brûlant. "Regardez comment on a commencé l'année...", retrace-t-elle en recevant L'Express à l'hôtel de Brienne, avant d'égrener les nouvelles crises à gérer en 2026 : Venezuela, Groenland, désormais l'Iran et la gestion du détroit d'Ormuz.

La ministre a accepté d'évoquer un autre dossier brûlant : la dépendance des armées européennes au grand frère américain. Les prétentions de Donald Trump sur le Groenland ont mis en lumière la mainmise des Etats-Unis sur l'armement des Européens... au point qu'il serait quasi-impossible de combattre sans leur aval. Durant une heure, Catherine Vautrin défend les choix français, assume le rôle de chef de file que devra jouer Paris en Ukraine, en cas de retrait de Washington. "La réponse est oui", réagit-elle lorsqu'on lui demande si l'Europe peut être prête, à tout moment, à suppléer un défaut américain auprès de Kiev.

La ministre fait aussi passer quelques messages. A sa manière, en subtilité, en suggérant des intérêts communs, des partenariats souhaitables, plutôt qu'en assénant unilatéralement l'urgence d'un réveil. Sans cacher non plus les difficultés, comme sur le sujet de plus en plus tracassant du Scaf, l'avion de chasse du futur, qui divise Français et Allemands.

L'Express : Dès qu’un équipement militaire est fabriqué aux Etats-Unis, les Américains en gardent une partie du contrôle. Ainsi du F-35, l’avion de chasse utilisé par de nombreux pays d’Europe. Même le porte-avions Charles de Gaulle est concerné. Dans un contexte où l’Amérique de Donald Trump ne paraît plus être l’alliée indéfectible du Vieux continent, doit-on "désaméricaniser" les armées européennes ?

Catherine Vautrin : La défense reste une compétence souveraine de chacun des pays, mais cela n'interdit pas de mutualiser à l'échelle européenne l'acquisition de munitions, de systèmes. Je note le nombre d’avions de chasse américains en Europe, mais je souligne aussi que le Danemark vient d’opter pour des fournisseurs européens sa défense anti-aérienne. Et j’ajoute que le Danemark fait partie des huit pays intéressés par l’offre française de "dissuasion avancée" à la suite du discours du président à l’Ile Longue.

Quant au Charles-de-Gaulle, qui est souverain dans la très grande majorité de ses composants, le sujet est celui des catapultes. Elles ont été fabriquées aux Etats-Unis, effectivement, mais nous sommes souverains dans leur emploi.

Est-il envisagé de rapatrier leur fabrication en Europe ?

A ce stade, ce n’est pas d'actualité mais si demain nous sommes contraints de le faire, pourquoi pas ? En tout cas rien ne s'oppose à ce qu'on puisse travailler sur le sujet des catapultes du futur. Le président de la République a annoncé la conception de la France-Libre. L'objectif, c'est évidemment que ce bâtiment soit le plus souverain possible.

Comment convaincre les Européens d’acheter du matériel militaire à l’intérieur du continent ? On voit bien qu’il y a toujours ce réflexe de se tourner en priorité vers les Etats-Unis.

En produisant en Europe. Quand il n’y a rien à acheter sur les étagères européennes, on ne peut pas reprocher aux pays d’acheter du matériel américain. C’est un vrai problème. Il faut donc que nous sortions d’une démarche de clients pour entrer dans une démarche de producteurs. Il y a un chemin car il y a un intérêt commun : l’Europe, c’est un marché de 450 millions d’habitants. Chaque pays est intéressé pour faire vivre son tissu de PME, de fournisseurs. Je le dis avec les six mois de recul que j’ai désormais à ce poste : à chaque fois que je discute avec un pays et que je négocie un accord, systématiquement, on me demande quel est le ruissellement prévu pour les entreprises de défense locales.

Ça a été le cas encore récemment avec la Grèce, à qui nous avons vendu quatre frégates de défense et d’intervention (FDI) : mes interlocuteurs souhaitaient pouvoir faire fabriquer certaines pièces sur le chantier naval de Salamine. Et c’est tout à fait normal. Sachons embarquer le plus de monde possible en développant l’emploi. L’actualisation de la loi de programmation militaire répond à ces enjeux côté français puisqu’elle prévoit 36 milliards d’euros en plus pour les armées d’ici à 2030 : c’est autant d’argent au service de notre économie et de nos emplois.

La Direction générale de l’armement (DGA), qui s’occupe de concevoir et d’autoriser la vente des armes en France, est souvent critiquée par une partie des industriels pour son côté "bureaucratique". Vous avez-vous-même déclaré vouloir une "DGA de combat". Comment produire des armes plus rapidement ?

D’abord, beaucoup de pays nous envient la DGA. Quand on fabrique la France-Libre, successeur du Charles-de-Gaulle, on fait intervenir à peu près 800 entreprises, de la conception à la mise à l’eau. La DGA, c’est l’architecte qui va décider de l’entreprise chef de file mais aussi trouver toute la chaîne de sous-traitance qui va nous permettre de conserver notre souveraineté. C’est précieux. Par ailleurs, il faudra garder certaines étapes de validation qui sont sensibles et la fiabilité du matériel fait partie du savoir-faire français. L’objectif de la DGA de combat, c’est d’avoir la capacité de réduire le moment entre l’expression du besoin et la sortie du produit.

Pourquoi est-ce aujourd’hui si long ?

Je pèse mes mots en disant ça, je ne vais pas critiquer les révisions générales des politiques publiques (RGPP), j’ai moi-même voté ces plans d’économies. Mais on a constamment réduit les crédits des armées dans les années 2008 à 2016, la guerre froide était loin, les priorités étaient ailleurs. Les grands industriels de la défense ont parfois développé d’autres activités.

La vérité est qu’on a préservé les savoir-faire militaires français, mais qu’on a rallongé les délais. Aujourd’hui, c’est l’inverse, il y a une course à la reconstitution des stocks, que les évènements récents, de l’Ukraine au Moyen-Orient, ne font qu’exacerber. Si nos industriels ne sont pas en mesure de produire plus vite, nos clients potentiels seront tentés de commander ailleurs.

Il y a un dossier emblématique, celui de l’avion de chasse de demain, le Système de combat aérien du futur (Scaf). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les industriels français et allemands ne donnent pas l’impression d’une très bonne entente. N’est-ce pas inquiétant pour la construction de l’Europe de la défense ?

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Je pense que, quelque part, tout dépend du contrat de départ. Il y a eu des ambiguïtés qui n’ont pas forcément été levées, liées notamment au fait qu’il devait s’agir d’un projet franco-allemand, qui est devenu un projet entre la France, l’Allemagne et l’Espagne à parts égales. La difficulté essentielle porte sur le premier pilier : l'avion. Trois sujets : la propriété intellectuelle, la répartition des tâches et le certificat de navigabilité. Une médiation est en cours, conduite par des experts indépendants, elle doit s’achever mi-avril.

En privé, Emmanuel Macron comparait l’Otan, il y a quelques semaines, à la "grenouille spinale", ce mouvement réflexe qui laisse croire que le batracien est toujours vivant, alors qu’il est mort. Comment faire coexister l’Europe de la défense et l’Alliance atlantique ?

Je considère qu'il faut un vrai pilier européen de l'Otan et que c'est à nous, Européens, de nous prendre en main. Un programme comme l’initiative Purl, qui prévoit l’achat de matériel militaire américain par les Européens à destination de l’Ukraine, ne peut constituer notre seul horizon. Il nous faut, en Européens, proposer une offre capacitaire attractive et opérationnelle.

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