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Cadmium, pesticides, cancer, pression du ministère… L’Anses répond aux critiques

العالم
L'Express
2026/04/03 - 14:00 501 مشاهدة

L'Anses est-elle trop laxiste, trop proche des industriels ? A-t-elle été muselée par le gouvernement, ou, au contraire, est-elle trop sévère, sourde aux revendications du monde agricole ? A chaque rapport d'expertise, à chaque décision de mise ou de retrait du marché, l'Agence nationale de sécurité sanitaire fait l'objet de critiques. Un pesticide n'est pas jugé dangereux pour la santé en population générale ? Voilà forcément la marque du lobby de l'agroalimentaire. Un engrais est retiré du marché ? La même agence est accusée de connivence avec la gauche et les organisations non gouvernementales.

Dernier exemple en date, ce rapport sur le cadmium, publié le 25 mars dernier. L'Agence fait état d'une contamination trop importante de la population par ce métal lourd toxique à certaines doses. Sur les plateaux et dans les colonnes des médias, certains jugent l'avis trop timide, quand d'autres fustigent une panique inutile. Le 30 mars, la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab) enfonce le clou. Elle a lu le rapport, et croit y voir des erreurs factuelles. Des journalistes de presse écrite sont mis dans la boucle, et voilà l'Agence au cœur d'une nouvelle polémique, accusée cette fois-ci de manipuler à dessein l'expertise scientifique.

Qu'en est-il réellement ? Comment l'Anses choisit-elle les travaux scientifiques qu'elle passe en revue, et les experts avec qui elle travaille ? Dans une lettre adressée à la filière obtenue par L'Express, l'institution assure confectionner ses rapports en toute transparence, et propose "une réunion d'échange", pour mettre en perspective ses travaux. En quoi consiste la méthodologie de l'institution ? Peut-on vraiment lui faire confiance ? Sur quoi exactement, l'Agence fonde-t-elle ses expertises ? A-t-elle encore toute latitude pour produire des conclusions valides sur le plan scientifique ? Mathieu Schuler, son directeur général délégué, a accepté de se prêter au jeu du face-à-face avec L'Express.

L'Express : La Fédération nationale de l'agriculture biologique vous accuse d’avoir écarté des publications montrant une moindre concentration en cadmium dans ce type de produits. Pourquoi ne pas avoir retenu ces travaux ?

Mathieu Schuler : Les experts mandatés par l’Anses produisent des expertises répondant à des questions précises, sélectionnées par des ministères, des organisations non gouvernementales, ou par l’Agence elle-même, sur la base de saisines. Dans le cadre du cadmium, l’Agence s’est autosaisie, à partir d’études montrant des niveaux d’exposition et d’imprégnation de plus en plus importants par ce métal lourd chez les Français, et notamment les enfants. Face à ce constat, la question posée était celle des leviers d’action, des moyens à mettre en œuvre pour limiter cette exposition.

Pour y répondre, les experts de l’agence ont d'abord entrepris de documenter les sources d’exposition. Notre expertise montre qu’après le tabac, qui reste la première source mais dont la nocivité est déjà connue, l’alimentation s’avère être une voie majeure. Elle montre aussi que les aliments contaminés sont très nombreux et que la plupart des produits relève d’une consommation courante. Une fois que l’on sait cela, que faire ? L’Anses a alors entrepris de déterminer parmi les leviers d’actions potentiels ceux qui pourraient s’avérer être un volet de préconisation important.

C’est là toute la subtilité du sujet. Plutôt que de faire reposer sur l’action sur le consommateur, les experts mandatés par l’Anses ont jugé plus efficaces les solutions à l'échelle collective, à la source du problème. A ce titre, l'agence recommande en premier lieu de ne pas dépasser un flux d’apport de 2 g de cadmium par hectare et par an, toutes sources d’apports confondues (engrais, boues, effluents d’élevage, …). Pour les engrais, une teneur maximale de 20 mg de cadmium par kilogramme de pentoxyde de phosphore (P205) dans les engrais minéraux phosphatés permet d’atteindre rapidement cette cible. En France, la norme nationale autorise pour le moment jusqu’à 90 mg de cadmium par kilogramme. En Europe, celle-ci est de 60.

Si nous abordons rapidement quelques conseils à destination du consommateur – rééquilibrer la part des légumineuses et limiter la part de gâteaux salés ou sucrés - nous n’avons pas exploré en détail toutes les pistes individuelles ! L’Anses n'a pas évalué les apports ou les conséquences d’une alimentation riche ou exclusivement composée de produits issus de l’agriculture biologique, car ce n’était pas l’objet de notre expertise. Il n’y avait donc pas lieu de produire une recension exhaustive des études sur le sujet. Maintenant, si dans le domaine de l’agriculture biologique, les producteurs ont déjà intégré nos recommandations concernant les teneurs en cadmium de leurs produits, je ne peux que m’en réjouir !

Pourquoi vous aventurer sur ce terrain, et citer tout de même quelques études sur l’agriculture biologique ?

D’une part, parce que la question nous a été posée lors de la présentation de notre rapport. Si vous regardez, nous en parlons principalement dans la foire aux questions qui accompagne la publication, en annexe en quelque sorte. La question de l’agriculture biologique est aussi évoquée succinctement dans le rapport, car, pour déterminer les leviers d’actions les plus efficaces, il fallait regarder l’apport de ce type de culture. Comme je vous le disais, les experts mandatés par l’Anses n’ont pas relevé dans la littérature de différences significatives et représentatives justifiant de recommander l’adoption d’une agriculture biologique ou d’une alimentation issue de celle-ci concernant l’exposition au cadmium, et c’est à peu près tout ce à quoi le rapport fait référence en la matière.

Une étude de 2017 jugeait probable une teneur plus faible en cadmium dans les produits issus de l’agriculture biologique. Pourquoi ne pas en avoir fait la communication ?

Les gens qui ont envie de voir aboutir une prise de position ont tendance à privilégier le dernier papier qui va dans leur sens. C'est vrai en matière d’agriculture biologique, comme au sujet de la 5G et du risque de cancer ! Mais ce n’est pas comme ça que fonctionne l’Anses. Quand nous faisons une expertise, nous ne nous intéressons pas à un papier pris isolément. Le travail de nos experts consiste à prendre en compte un corpus de publications scientifiques, et à voir si elles sont concordantes et robustes. C’est une approche d’ensemble, dite d’intégration, ou de pesée des preuves. Ce que l’Anses dit, c’est qu’au sujet du bio, à l’heure actuelle, les données ne sont pas suffisamment concordantes et robustes pour en faire un levier d'action majeur, et donc à intégrer dans nos recommandations.

Dans un article, Le Monde voit dans le choix de ne pas parler du bio le résultat d’une intense mise sous tutelle de l’agence par le ministère de l’Agriculture. Que répondez-vous ?

Plus de soixante experts ont été impliqués dans l’écriture de ce rapport. Dire qu’ils sont tous sous l'influence du ministère, hypnotisés par tel ou tel acteur, ce n’est pas vraisemblable. Je ne vois pas le début d’un mécanisme qui montrerait cela. Les experts mandatés sont des scientifiques indépendants, rattachés à des grands établissements de recherche, comme l’Inserm, travaillant pour des universités françaises ou étrangères. Ils sont sollicités sur la base de leurs compétences, et après une analyse fine de leurs liens d’intérêt. Les scientifiques qui répondent à notre appel à candidature sont constitués ensuite en groupes de travail, ils explorent la littérature et réalisent des entretiens complémentaires. Comme les autres parties prenantes, les représentants du monde agricole, et diverses institutions et équipes scientifiques, le ministère peut être auditionné, mais jamais il ne nous explique ce qu’il faut écrire.

Un protocole très strict décline la marche à suivre pour garantir l’indépendance de l’évaluation scientifique. Les experts analysent d’abord les données, puis ils entament un processus contradictoire, qui consiste à soupeser les éléments favorables et défavorables aux différentes hypothèses de travail. Tout ceci se fait de manière libre, transparente et indépendante, et permet d’aboutir à une série de conclusions. L’Agence, en tant qu'institution, n’apporte qu’une mise en expertise, dans une partie spécifique de l’avis qui est la conclusion de l’Agence. Un travail d’aller-retour entre les conclusions des experts et l’Anses peut se faire sur la forme, pour expliciter certains éléments, mais rien n’est modifié sur le fond des conclusions des experts sans leur approbation. Ce n’est qu’une fois le rapport terminé, et l’avis signé, validé, qu’il est transmis au ministère. Le projet n’est en aucun cas partagé en amont !

Une partie des expertises de l’Anses se fait sur saisine du ministère, c'est-à-dire à sa demande. Disposez-vous de la latitude suffisante pour pouvoir vous emparer de sujets qui ne seraient pas la priorité du gouvernement ?

Les quatre ministères de tutelle de l’Agence sont à l’origine de 85 % environ des saisines, mais il ne s’agit pas de l’unique manière de solliciter l’Anses. Nous pouvons nous autosaisir, ce qui n’est pas le cas dans tous les pays. Les organisations non gouvernementales peuvent également le faire. Il y a quelques mois, nous avons rendu un avis sur la santé mentale des livreurs à vélo, sur saisine d’un syndicat, par exemple. C’est important que des parties prenantes venant de la société civile puissent nous actionner, car cela participe à élargir notre regard, et les différents risques analysés.

Certaines saisines peuvent aussi se faire en concertation avec les ministères. Soit parce qu’ils veulent se joindre à une saisine d’ONG, pour montrer leur intérêt - ce fut le cas récemment, sur la question de la prise en charge par le Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides pour une fleuriste dont la fille avait été atteinte d’un cancer. Soit pour s’assurer d’une forme de complémentarité. Il y a quelques mois, des alertes ont émergé au sujet de la fièvre aphteuse, l’Anses avait envisagé une autosaisine ou une saisine pour réexaminer, pour différentes maladies animales, l’alternative à l’abattage total en amont d’une éventuelle situation de crise ; nous n'avons malheureusement pas eu le temps de converger et de l’engager parce que la dermatose nodulaire contagieuse s’est imposée comme une priorité nationale.

Sur quoi se base la sélection des articles scientifiques faite par l’Anses, et comment se protège-t-elle de la "fabrique du doute", ces opérations qui consistent à polluer la littérature scientifique d'études connexes ou de résultats biaisés, pour détourner des vrais problèmes ?

L’Anses s'appuie sur une méthodologie validée par son conseil scientifique, qui vise à sélectionner et hiérarchiser les différents niveaux de preuves trouvées dans la littérature. On passe d’abord par un schéma appelé Pecot, qui permet de déterminer un certain nombre de critères de sélection, en fonction du type de population concerné, du type d’exposition mesuré et des résultats ou impacts sanitaires attendus.

Une fois que les experts ont lancé leur filet, il faut trier les poissons, s’assurer de retenir uniquement ce qui a de la valeur pour notre expertise. Pour ce faire, nous utilisons les diagrammes appelés Prisma, des sortes de recettes étape par étape, que l’on applique pour écarter les mauvaises prises. Cela va de la pertinence du sujet à certains détails de méthodologie. Pour les études des industriels, on s’assure que les données respectent le référentiel officiel dit "Bonnes pratiques de laboratoire", une sorte de label de bonne conduite des protocoles expérimentaux, définis par l’OCDE. Et pour autant, on vérifie quand même, au sein de l’article, si les résultats sont cohérents avec la littérature. Rien n’est pris pour argent comptant. Le risque n’est jamais de zéro. Mais cette méthode nous permet d’éviter d’être dépendant de quelques études aux résultats discutables.

Comment expliquez-vous la contestation systématique de vos études ?

Nos prises de décisions sont parfois attaquées par des ONG pour qui nous n'en faisons pas assez, et des industriels qui pensent au contraire que nous en faisons trop. Est-ce que l’expertise est plus ou moins contestée que par le passé ? Je suis à l’Agence depuis 2018. Nous produisons environ 150 expertises par an, le volume a été un peu réduit pour nous concentrer sur des sujets à forts enjeux, donc forcément plus débattus. Mais c’est vrai que les attentes évoluent également. Nous avons renforcé les explications sur les liens d'intérêts de nos experts, sur la méthodologie, mais il y a la tentation de remettre en cause le messager quand le message ne plaît pas. Il faut être attentif à cette forme de relativisation qui voudrait que l’opinion individuelle prime sur l’expertise collective. Cette tendance grandit compte tenu notamment de la rapidité des échanges dans le débat public.

La question de l’agriculture biologique en est un exemple. L’Anses n’a jamais attaqué la Fédération nationale de l'agriculture biologique, et pourtant c’est comme ça que cela a été perçu. L’agriculture biologique a des vertus importantes, pas seulement sur le cadmium, ni même uniquement sur la santé. Dans un courrier adressé cette semaine à la Fnab, nous avons ouvert la possibilité d’envisager une expertise sanitaire propre aux conditions de production de l’agriculture biologique. En dépassant le seul sujet du cadmium, restrictif quant aux apports potentiels du bio en matière de santé.

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