Blocage du détroit d’Ormuz : pourquoi le fret maritime flambe
L’essentiel des échanges commerciaux internationaux, notamment des ressources énergétiques stratégiques (pétrole, GNL, produits raffinés) et des matières premières, sont acheminés par voie maritime.
Dans ce contexte, certains points de passage, comme le détroit d’Ormuz ou celui de Bab El Mandeb dans la région du Moyen-Orient, revêtent une importance géopolitique majeure.
Si la crise actuelle dans cette zone relève d’abord d’enjeux militaires et politiques, elle met cependant en lumière le rôle fondamental d’acteurs plus discrets, celui des assureurs maritimes, au premier rang desquels figurent les Lloyd’s de Londres.
L’assurance maritime, un levier de gestion de crise
En effet, le rôle de l’assurance maritime devient particulièrement visible en période de crise. Sans être à l’origine des tensions, elle en constitue un relais financier majeur, capable d’influer sur les flux commerciaux à l’échelle planétaire.
L’assurance maritime apparaît dès lors comme un levier indirect, mais déterminant de gestion des crises, comme celle qui se déroule aujourd’hui au Moyen-Orient.
En quoi alors l’assurance maritime constitue-t-elle un facteur essentiel dans la gestion et l’évolution de la crise géopolitique actuelle due au blocage du détroit d’Ormuz ?
En traduisant l’insécurité militaire en coût économique, les assureurs des Lloyd’s de Londres dictent souvent les standards du marché de l’assurance maritime, et arrivent à influencer directement les décisions des armateurs et, par extension, les flux des marchandises, particulièrement les produits énergétiques.
Le point de départ dans une crise géopolitique est lorsque le Joint War Committee des Lloyd’s de Londres définit une zone de guerre, comme cela a été le cas pour le détroit d’Ormuz.
Cela traduit un signal donné aux assureurs d’annuler les polices d’assurance existantes pour les réémettre immédiatement avec de nouvelles conditions intégrant des primes de risque de guerre (war risk insurance) pouvant atteindre des fois plus de 1000 % en quelques jours. Certains assureurs se retirent même en raison d’une insuffisance de l’évaluation de la sécurité humaine (surtout pour le personnel navigant).
La police d’assurance War Risk Insurance (risques de guerre) couvre les attaques militaires (quels que soient les moyens utilisés) et parfois la piraterie. Les assureurs des Lloyds de Londres ne disent pas aux armateurs, en zone de guerre, qu’ils ne peuvent pas naviguer, plutôt ils leur fixent le prix du risque, qui devient dissuasif dans la plupart des cas.
En effet, avec des attaques par drones et des mines, devenues régulières au niveau du détroit d’Ormuz depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran le 28 février dernier, le risque est très mal configuré. Dans ce cas, la règle qui s’applique pour les assureurs des Lloyd’s de Londres est « dans le doute, on ne souscrit pas. » Et sans assurance, la navigation devient impossible légalement et les navires restent bloqués.
Un instrument de régulation économique des flux maritimes
Les Lloyd’s de Londres disposent d’un avantage clé dans les assurances maritimes, reconnu mondialement du fait de l’existence même d’un écosystème spécifique à l’activité (souscripteurs, courtiers, assureurs, avocats au même endroit), des prises de décision rapides, de la mobilisation d’énormes fonds financiers ainsi que des contrats signés souvent basés sur le droit anglais.
Ajouté à cela, la réputation des Lloyds et l’expertise historique (depuis le 19ᵉ siècle) sur la place de Londres, surtout s’agissant des risques complexes (guerres, transport maritime, catastrophes naturelles).
Ainsi, les assureurs des Lloyds sont considérés comme des acteurs neutres et fiables aussi bien par les banques, que par les armateurs et les autorités portuaires.
En définitive, l’assurance maritime apparaît d’abord comme un levier financier indispensable au fonctionnement du commerce mondial. Mais elle devient, en situation de crise, un instrument de régulation économique des flux maritimes. Toutefois, son influence, bien que réelle, demeure indirecte et dépendante des dynamiques géopolitiques.
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