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Attaques de Donald Trump contre les parcs nationaux : "Il n'a pas réussi à tuer l’imaginaire américain sur la nature"

تكنولوجيا
L'Express
2026/04/19 - 14:00 502 مشاهدة

Les parcs nationaux font partie intégrante de l'imaginaire américain. Un sujet de consensus au cœur d'une société ultra-divisée. Donald Trump tente pourtant de les attaquer sur différents fronts depuis son retour à la Maison-Blanche. En sabrant dans les effectifs des très aimés rangers. En augmentant le tarif d'entrée pour les étrangers. En gommant des pans d'histoire qui le dérange. Ou en souhaitant ouvrir des espaces protégés aux forages ou à la construction. Certains l'accusent même de préparer le terrain pour une privatisation de ses parcs nationaux.

"Trump serait évidemment très heureux s'il pouvait faire des casinos à côté des geysers. Mais il n’y arrivera pas, tranche Renaud Lassus, chercheur associé à l’Institut Jacques Delors et ancien directeur exécutif de la Banque interaméricaine de développement, à Washington. Le gouvernement est dans une situation complexe. Sur la question de la nature, sa boussole est en décalage profond avec l'ADN du parti républicain. Et même avec les désirs actuels des Américains."

L'Express : En 2023 pour Le Grand Continent, vous écriviez que les parcs nationaux "font partie des plus grands mythes américains. À tel point que Donald Trump lui-même n’osa jamais s’attaquer à eux". Il semble pourtant bel et bien mener une offensive… L’avez-vous sous-estimé ?

Renaud Lassus : Lui et son entourage les attaquent, oui. Mais ils se heurtent à une forte opposition des Américains et des juges. C’est l’un des signes que Donald Trump bat en retraite sur plusieurs sujets domestiques, à mesure que l’opinion se détourne de lui. Sur les parcs nationaux, le président a d'abord frappé au porte-monnaie. Faut-il y voir également la patte d'Elon Musk ? Près d’un quart budget du National Park Service (NPS) a disparu. Ce qui correspond à 4 000 emplois en moins. Il s’agit de scientifiques de très haut niveau, de naturalistes, de biologistes… Sans compter tous ceux qui démissionnent.

Donald Trump cherche également à "nettoyer" l'image des parcs nationaux. Car ces derniers racontent des pans d'histoire qui lui déplaisent. Un exemple : quand vous quittez Yellowstone, vous trouvez à chaque parking des panonceaux expliquant la fuite des Nez-Percés à la fin du XIXe siècle. Cette tribu indienne, spoliée comme les Cherokees, a été poursuivie par la cavalerie sur des centaines de kilomètres. Or, Donald Trump a produit un décret présidentiel qui s'appelle "Restoring Truth and Sanity to American History". Il demande à chacun de ces espaces protégés de faire une liste des "éléments impurs" - comme l’exemple précédent - qui dégradent l'image présente ou passée des Etats-Unis. C’est orwellien. Au Parc national de Glacier, on n'a plus le droit de dire que le glacier s'est rétréci. Censuré ! On a demandé à l’Independance Mall de Philadelphie d’effacer le fait que Martha Washington possédait des esclaves. C’est une vraie purge. Et puis il faut aussi voir qui Trump va choisir pour diriger le National Park Service : Scott Socha, un homme venant du monde des loisirs et des parcs d’attractions.

Jusqu’où peut-il aller ?

Les coups sont très violents. Mais Trump ne s’est pas aventuré à remettre en cause le statut des parcs, puisqu’il lui faudrait l’aval du Congrès. Il ne s’est pas attaqué non plus aux monuments nationaux, comme il l’envisageait par le passé. Ceux-ci étant régis par le pouvoir réglementaire, il pourrait pourtant faire bouger les lignes d’un coup de stylo. Lors de son premier mandat, il s'était mis en tête d'ouvrir aux compagnies minières un endroit immense et extrêmement sauvage : le monument national de Grand Staircase-Escalante. Sans finalement aller jusqu’au bout, car il savait qu’il n’aurait pas eu le soutien nécessaire. Ces six derniers mois, le président américain a de nouveau reculé sur de nombreux dossiers.

En raison de la colère de la population ?

En effet, la dureté avec laquelle l'administration a traité les rangers y est sans doute pour quelque chose ! Avec leur chapeau Stetson, ils font partie du mythe américain au même titre que les séquoias ou les bisons - les emblèmes des parcs nationaux. 330 millions de personnes, touristes et Américains de toutes obédiences, se rendent dans les parcs chaque année. Des familles dormant dans leur camping-car aux motards juchés sur leurs Harley Davidson, très souvent républicains.

Aujourd’hui, ces visiteurs font trois heures de queue, au lieu de 15 minutes avant, car il n’y a plus qu’un seul ranger à l’entrée. Les lieux de vie et les sentiers sont moins bien entretenus. Il n’y a quasiment plus de conférences organisées le soir au coin du feu. Il s'agit de changements très concrets pour les Américains, qui ont appelé leurs élus pour se plaindre. Résultat : le secrétaire à l’Intérieur a remis des crédits pour les rangers dans son budget 2026. Il essaie de les faire revenir. Environ 1 500 ont accepté, mais beaucoup ont refusé.

L’administration travaille aussi à autoriser la fracturation hydraulique dans des terres publiques en Californie, y compris à côté des parcs et des monuments nationaux. Et la Maison-Blanche a donné son accord pour intensifier les forages pétroliers dans les réserves naturelles en Alaska…

Comme Trump n’arrive pas à toucher directement aux parcs nationaux, il s’attaque à leur périphérie. Il a tiré des leçons des expériences passées. Car le marché est aussi un contre-pouvoir. Récemment, aucune compagnie n’a répondu à l’appel pour forer dans une aire protégée en Alaska. Le gouvernement se rabat donc sur les terres publiques, gérées par le Bureau of Land Management, qui fait partie du département de l'Intérieur. Il s’agit essentiellement de terres agricoles, louées aux fermiers, qu'il aimerait ouvrir aux forages. Mais une fois passé l’effet d’annonce, qui voudra vraiment s’y risquer ?

L'administration cherche aussi à modifier le statut de protection des forêts nationales, pour ouvrir des routes dans certains de ces espaces. Elle n’y arrivera pas non plus pour une raison fondamentale : elle se heurte à une mythologie très ancienne et bipartisane. Selon une expression connue, les parcs nationaux, c’est "main street America" - "la rue du milieu de l’Amérique". Plusieurs grandes avancées en matière de protection de la nature viennent d’ailleurs de présidents républicains : Grant, Roosevelt, Nixon, Bush… Au sein du parti, il existe un écart entre les républicains des villes et ceux des champs. Ron DeSantis en est un bon exemple : très conservateur, il gouverne la Floride, qui comprend les Everglades où l'Etat a mis en place des programmes pilotes importants pour protéger les pumas. Selon qu’il parle sur Fox News ou chez lui, il ne s’adresse pas aux mêmes électeurs.

Ce consensus que vous décrivez peut-il résister à un pays ultra-polarisé ?

D'après les derniers chiffres du Pew Research Center, un institut de sondage, 78 % des républicains et 79 % des démocrates estiment que National Park Service est un atout extraordinaire devant être protégé. Un dicton décrit bien ce sentiment : "Les parcs nationaux, la meilleure idée qu'ait jamais eu l'Amérique". Economiquement, ils rapportent très gros. Le merchandising est considérable. Un immense écosystème du tourisme s’est créé autour. Personne - les républicains en premier lieu - ne souhaite détruire cette poule aux œufs d’or. C’est la raison pour laquelle Donald Trump fait diversion, comme avec cette augmentation du tarif pour les étrangers : 250 dollars le pass annuel, au lieu de 80 avant.

N’est-ce pas une rupture de la promesse initiale d’accessibilité à tous pour ces grands espaces ?

Non, car les parcs restent aussi payants pour les Américains, sauf une semaine par an. Ce principe sera d'ailleurs pérennisé en août prochain. Y toucher n’étant pas vraiment populaire, l'administration a choisi de faire payer davantage les étrangers. Sauf que des tas de touristes se détournent des parcs, et les républicains locaux ne sont pas contents…

Le gouvernement se trouve dans une situation délicate. Sur la question de la nature, sa boussole est en décalage profond avec l'ADN de nombreux républicains. Plutôt que de toucher aux parcs nationaux, les Américains préféreraient que l’on régule les data centers. Trump est en train de commettre la même erreur que les démocrates en leur temps sur ces questions d'obsession culturelle. Il efface les panonceaux dans les parcs nationaux au lieu de s'occuper du sujet de préoccupation numéro un des citoyens : l'inflation. Je le répète : faire payer les étrangers est seulement une diversion.

Jonathan Jarvis, ancien responsable du National Park Service, l'accuse de préparer le terrain pour une privatisation de ses parcs. Serait-ce vraiment possible ?

Trump serait évidemment très heureux s'il pouvait privatiser et forer les parcs ou construire des casinos à côté des geysers. Mais il n’y arrivera pas. Ce qui ne l’empêche pas de tenter d'imprimer sa marque, notamment en voulant nommer une personne comme Scott Socha à la tête du NPS. Ou en imposant sa photo sur le pass des parcs nationaux. De nombreux Américains - même au sein des républicains - n’ont pas envie de voir sa tête dessus ! Beaucoup font la collection de ces cartes car elles montrent des paysages et ne sont pas connotées politiquement. Trump parle à une toute petite frange de son électorat, mais il est en décalage avec la majorité.

La bonne nouvelle ? La vague d'attaque la plus importante est sans doute passée. Et l'héritage environnemental laissé par les parcs nationaux demeure extrêmement dynamique. Des solutions fondées sur la nature y sont développées afin de préserver les écosystèmes des baies, des rivières, des coraux ou des forêts. Ces recherches ont déjà sauvé les bisons ou le Pygargue à tête blanche (l’aigle représenté sur le drapeau national), réintroduit les loups. Sur ces pratiques, les Etats-Unis nous devancent largement. Finalement, malgré toutes ses tentatives, Trump n’a pas réussi à tuer l’imaginaire américain sur la nature.

Son mandat n'est quand même pas terminé et ses successeurs pourraient être tentés de finir le travail...

Trump, c'est un show permanent avec le besoin de breaking news tous les jours. Je n'exclus pas qu'il recommence, dans six mois, à détourner l'attention, en promettant des décrets présidentiels pour forer dans les terres publiques - pas dans les parcs nationaux. Mais il a, selon moi, passé le point de bascule. Ce déclin le rend, d’une certaine manière, plus dangereux. Cependant, les contre-pouvoirs tiennent.

Encore une fois, la wilderness, la "nature sauvage", bénéficie d’un soutien pleinement bipartisan. Suivant sa rhétorique habituelle, Trump a récemment dit qu’il allait vendre des parties de forêts nationales et de terres publiques autour de Las Vegas. L’objectif ? Construire des lotissements et faire baisser, assure-t-il, le coût du logement. Une association de chasseurs - des républicains - s’y est frontalement opposée ! On pourrait citer de nombreux exemples similaires. L’ancrage culturel de la wilderness reste très profond. Certes, le gouvernement est en train de démanteler toutes les législations environnementales, et certains éléments seront durs à réparer. Mais si Trump perd les midterms, il y aura un processus de reconstruction. Les parcs nationaux traversent une phase difficile, mais Trump n’en viendra pas à bout.

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