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Après la victoire de Péter Magyar, Budapest et Varsovie rêvent d’une nouvelle alliance

سياسة
L'Express
2026/04/19 - 15:00 501 مشاهدة

Sourire jusqu'aux oreilles, ce 12 avril, le Premier ministre polonais Donald Tusk n'a pas tardé à décrocher son téléphone pour féliciter le grand vainqueur des législatives hongroises. "Péter, je suis si heureux !", s'exclamait-il quelques heures après le verdict, tout en saluant "le retour de la Hongrie dans l'Europe" sur ses réseaux sociaux. Seize ans plus tard, le modèle illibéral façonné par Viktor Orban, ouvertement en rupture avec l'Union européenne, connaît son crépuscule. Le triomphe inespéré de Péter Magyar ouvre un nouveau chapitre sur les rives du Danube.

Du côté de Varsovie, où l'on a suivi l'élection plus attentivement que nulle part ailleurs, cette issue est une bénédiction pour le gouvernement pro-européen de Donald Tusk. Fin 2023, lui-même est revenu au pouvoir après des années d'opposition à un gouvernement souverainiste qui avait rogné sur l'Etat de droit, remodelé la télévision publique et exaspéré Bruxelles. Mais au-delà des frontières, les centristes s'étaient heurtés à l'impossible coopération avec Orbán, bien décidé à entraver le soutien à l'Ukraine et à rester dans le giron de Moscou. "La coopération bilatérale était au plus bas depuis 1989", résume Andrzej Sadecki, responsable du pôle Europe centrale au Centre d'études orientales.

Frères d'armes

L'élection de Magyar, du même bord politique que le premier ministre polonais, change la donne. Et le fameux dicton que l'on se plaît à répéter à Varsovie n'a jamais semblé aussi vivace : "Le Polonais et le Hongrois sont deux frères, ils lèvent leurs sabres, ils lèvent leurs verres."

La relation entre les deux hommes ne date pas du 12 avril. Avant le scrutin, leurs équipes ont tissé des liens aussi discrets que possible "pour éviter qu'Orban ne présente Tisza comme une formation téléguidée de l'étranger, d'autant que Tusk est dépeint comme un homme de Bruxelles", explique Wojciech Przybylski, directeur du think tank Visegrad Insight. En février dernier, ils s’étaient néanmoins rencontrés à Munich, en marge de la Conférence sur la sécurité de Munich, cette grand-messe diplomatique où l'Europe prend son pouls. "Nous sommes d'accord pour reconstruire sans délai les relations politiques, économiques et culturelles hungaro-polonaises", affirmait Magyar à l'issue de l'entrevue. Dans son discours de victoire, il a confirmé sa promesse : sa première visite à l'étranger se fera à Varsovie. Il ne sera toutefois pas le premier. En 2010, 2014 et 2018, Orban avait, lui aussi, choisi la Pologne pour ses premiers déplacements, avant que les relations ne se rompent. Mais cette fois, au-delà du symbole, les deux hommes ont des objectifs précis.

Magyar veut bénéficier du soutien du gouvernement polonais pour dégeler la manne financière retenue par la Commission européenne au titre du non-respect des valeurs de l'Etat de droit par la Hongrie. "Un défi de taille, rappelle Sadecki : il s'agit de débloquer à la fois les fonds de relance post-Covid et les fonds de cohésion européens." Sur la table : 35 milliards d'euros. Autrefois sous la botte des nationalistes-conservateurs, la Pologne avait elle-même été privée des fonds de relance, avant qu'ils ne soient débloqués, quelques mois plus tard, par l'arrivée de Tusk.

L’ancien président du Conseil européen avait alors joué de son influence et de ses promesses, comme l'adhésion au parquet européen ou la désignation de médiateurs disciplinaires au ministère de la Justice. "Magyar, quant à lui, arrive au pouvoir avec une équipe totalement novice. Les consultations avec la partie polonaise seront donc précieuses", explique l'expert, soulignant l'enjeu pour Budapest de lutter contre la corruption et de favoriser la transparence des institutions.

Attentes réciproques

En parallèle, le nouveau chef du gouvernement hongrois entend se saisir des crédits européens SAFE, destinés notamment à financer des coopérations industrielles dans la défense entre Etats membres. Face aux irrégularités répétées sous Orban, la Commission temporise avant d'accorder un prêt estimé à 17,2 milliards d'euros à Budapest, censée en être le deuxième bénéficiaire… derrière la Pologne. "Les industriels polonais de la défense devraient s'intéresser aux larges capacités de production hongroises, un pays industriel fort", conseille Przybylski.

Donald Tusk a lui aussi des attentes. En premier lieu, lever le blocage (par Viktor Orban) de la Facilité européenne pour la paix, ce mécanisme qui rembourse les Etats ayant fourni de l'aide à l'Ukraine dès les premières semaines de l'invasion russe. "Les 500 millions d'euros au profit de l'armée polonaise deviennent désormais très réalistes", a commenté le ministre de la Défense Władysław Kosiniak-Kamysz, au lendemain des résultats hongrois.

A Varsovie, le gouvernement centriste attend également l'extradition de deux anciens cadres du parti souverainiste Droit et Justice (PiS), protégés par "l’asile politique" que la Hongrie d'Orbán leur avait accordé pour échapper aux mandats d'arrêt lancés par le procureur polonais. Zbigniew Ziobro, ancien ministre de la Justice accusé d’avoir détourné des fonds et utilisé le logiciel espion Pegasus contre l'opposition, est visé, tout comme son vice-ministre Marcin Romanowski. "Messieurs Romanowski et Ziobro ne devraient pas s'acheter de meubles, car ils ne resteront pas longtemps en Hongrie", a cinglé Magyar lors de sa première conférence de presse post-électorale.

Du pain bénit pour Donald Tusk, qui nourrit des attentes plus stratégiques de ce rapprochement "historique". "Il veut que Budapest investisse dans les corridors du nord du pays pour relier le pays aux gazoducs de GNL [gaz naturel liquéfié] depuis le port de Gdansk, véritable hub énergétique sur la façade baltique polonaise", insiste Wojciech Przybylski, tandis que Magyar a promis une rupture avec la dépendance énergétique à Moscou d'ici à 2035. Le tandem pourrait également coopérer dans le domaine ferroviaire, le tronçon polono-hongrois de l’autoroute Via Carpatia étant déjà achevé. "L'empreinte des investissements polonais en Hongrie, bien loin de celle de la Tchéquie ou de la Roumanie, devrait sensiblement augmenter", précise Sadecki.

Visegrad 2.0

Ce désir d’alliance peut-il redonner un souffle nouveau au Groupe de Visegrad, ce format informel de coopération entre la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie et la Slovaquie, instauré en 1991 ? "Magyar dispose d'un fort capital symbolique et d'une grande légitimité démocratique pour jouer un rôle significatif dans ce format", veut croire Przybylski. Le chantier est immense : les chefs d'Etat et de gouvernement ne se sont plus réunis depuis le 27 février 2024, lors d'un sommet à Prague qui avait davantage illustré les fractures du groupe que sa cohésion.

"Les sujets de compétitivité, de financements européens, d'infrastructures et d'agriculture devraient revenir à l'agenda", croit Sadecki. Mais le rapport à la Russie restera un point de friction. "La Pologne se détache nettement par son hostilité à l'égard de l'influence russe. Elle est bien plus proche des Baltes et des Nordiques sur cette question", tandis que les gouvernements hongrois, slovaque et tchèque sont moins tranchés sur la nécessité de couper les ponts avec Moscou. Des divisions sur lesquelles le Kremlin pourrait continuer à capitaliser dans les prochains mois.

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