Anita Orban, la diplomate qui symbolise le virage de la Hongrie face à la Russie
Evacuons d'emblée la question du patronyme : non, Anita Orban n'a aucun lien familial avec Viktor Orban. A 51 ans, la diplomate hongroise fait partie du camp des vainqueurs, celui de Péter Magyar, qui a raflé plus de deux tiers des sièges au Parlement lors des élections du 12 avril. Ce dernier l'avait d'ailleurs prédit, en février, devant Donald Tusk à Varsovie. Après une franche accolade avec le Premier ministre polonais, le leader de l'opposition hongroise lui présente Anita Orban : "Voici ma collègue et la future ministre des Affaires étrangères de la Hongrie, son nom de famille n'est qu'une coïncidence…" Et Tusk de répondre : "Oh vous savez, je m'appelle Donald !" Grand éclat de rire dans l'assemblée.
🇭🇺🤝🇵🇱 Viktor Orbán’s challenger Péter Magyar met Polish PM @donaldtusk in Munich and introduced his colleague Anita Orbán as “future minister of foreign affairs of Hungary,” joking that her surname is just a coincidence.
— Szabolcs Panyi (@panyiszabolcs) February 13, 2026
“My name is Donald,” Tusk quipped in reply. pic.twitter.com/4oAYdMyHjW
Anita Orban incarne le changement d'ère à Budapest. Conseillère géopolitique de Péter Magyar pendant la campagne, elle devrait bientôt prendre la tête de sa diplomatie et opérer le virage international de la Hongrie : fini le blocage systématique de l'Union européenne, le financement de l'internationale des réactionnaires et les coups de pouce au Kremlin. "La personne d'Anita Orban symbolise une promesse européenne, celle d'un changement radical d'attitude de la Hongrie envers la Russie, estime la politologue polonaise Ilona Gizinska. Sa réputation la précède, elle qui s'est toujours montrée très critique sur la dépendance énergétique de Budapest envers Moscou."
Mettre fin à la dépendance énergétique d'ici 2035
Ce sujet constitue son premier coup de force : en 2008, à 33 ans, son nom surgit dans les cercles intellectuels à la sortie de son premier livre Power, Energy and the New Russian Imperialism (non traduit en français). Elle y décrit la manière dont le Kremlin utilise ses armes énergétiques, principalement le pétrole et le gaz, comme un levier de puissance sur la scène internationale. La jeune diplômée de la prestigieuse Tufts University, aux Etats-Unis, assure que ce pouvoir russe crée des vulnérabilités au sein des élites politiques des plus petits pays afin d'asseoir sa domination.
Dans son livre, Anita Orban met l'accent sur le rôle des infrastructures et des routes d’acheminement, qui consolident les dépendances régionales à la Russie et symbolisent les visées géopolitiques de Moscou. Visionnaire, alors que le gazoduc Nord Stream 1 (qui relie la Russie à l'Allemagne) est encore en cours de construction. Aujourd'hui, près de 80 % du gaz consommé en Hongrie vient du territoire russe : en campagne, Péter Magyar a promis de mettre fin à cette dépendance énergétique d'ici 2035.
Pour le Fidesz, "un agent de l'étranger" et "une lobbyiste"
Celle qui se définit comme "une patriote de la Hongrie rurale", née dans la petite bourgade de Berettyoujfalu, rejoint les rangs de Viktor Orban quand il arrive au pouvoir, en 2010, en devenant son ambassadrice pour la sécurité énergétique. "Elle était déjà très impressionnante par sa maîtrise des dossiers, témoigne le chercheur Thierry Bros, alors chargé des approvisionnements stratégiques de la France. Peu d'ambassadeurs ont ce genre de compétences sur l'énergie, en particulier ceux qui viennent de pays importateurs." Anita Orban reste cinq ans à ce poste, avant de partir avec fracas pour protester contre la dérive illibérale de Viktor Orban.
Elle rejoint alors le privé et des sociétés américaines, notamment dans le gaz naturel liquéfié chez Tellurian, où elle retrouve Thierry Bros. "Elle est vraiment l'archétype de la personne compétente, qui ne se pousse pas du col et d'une extrême gentillesse, assure le professeur à Sciences Po. C'est bon signe que le nouveau Premier ministre s'entoure de gens compétents et je pense que, comme ministre des Affaires étrangères, elle va pouvoir expliquer au système européen comment construire une politique énergétique extérieure et va vraiment sortir du lot !"
L'annonce de son ralliement à Péter Magyar, en début d'année, avait provoqué une vague de critiques du Fidesz, le parti de Viktor Orban. Le leader du parti l'a ainsi traitée "d'agent de l'étranger", alors qu'elle travaillait à l'époque pour Vodafone à Londres, et le ministre des Affaires étrangères sortant, Péter Szijjarto, l'avait qualifiée de "lobbyiste pour le compte des grandes entreprises occidentales qui tentent de nous convaincre de ne plus acheter de gaz russe à bas prix". Depuis, Péter Szijjarto a reconnu téléphoner à son homologue de Moscou, Sergueï Lavrov, durant des réunions européennes, avant de complètement disparaître des radars depuis la défaite du Fidesz aux élections.
Anita Orban, elle, a alerté sur les "broyeuses à papiers" qui tourneraient à plein régime au sein du ministère des Affaires étrangères, afin de se débarrasser des dossiers compromettants avant l'arrivée du nouveau gouvernement, prévue en mai. De son côté, elle a déjà pris contact avec de nombreux homologues européens, avec l'espoir d'avancer très vite pour renouer les liens avec l'UE et débloquer les vingt milliards d'euros bloqués pour atteinte à l'Etat de droit depuis 2022. De quoi se faire rapidement un prénom.





