Accidents, condamnation et alertes en série avant la mort d’un ouvrier dans l’usine lyonnaise de pâtes Lustucru
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Accidents, condamnation et alertes en série avant la mort d’un ouvrier dans l’usine lyonnaise de pâtes Lustucru Par Antoine Sillières, Le Figaro Lyon Le 29 avril 2026 à 17h14 Suivre Sujets accident du travail Lire dans l’app Sauvegarder Nouvelle fonctionnalité ! Avec votre compte, vous pouvez désormais sauvegarder des articles pour les lire plus tard sur tous vos appareils. Sauvegarder Fermer Sauvegarder un article Pour sauvegarder un article vous devez être connecté, vous pourrez ainsi les consulter sur tous vos appareils. Créer un compte Se connecter Copier le lien Lien copié Mail Facebook X Linkedin Messenger WhatsApp Lustucru frais avait été condamné l’été dernier pour un grave accident du travail datant de 2018 dans son usine de Saint-Genis-Laval (Rhône), où un travailleur intérimaire a perdu la vie il y a dix jours. Passer la publicité Passer la publicité Publicité Une « faute inexcusable » selon la justice. Bien avant le décès d’un travailleur intérimaire, vendredi 17 avril sur les lignes de production de l’usine Lustucru frais de Saint-Genis-Laval (Rhône), le site de la banlieue lyonnaise avait déjà connu un grave accident du travail en 2018. Un salarié employé depuis 12 ans au moment des faits avait été électrisé à deux reprises en juillet puis septembre de cette année-là, comme l’a reconnu le tribunal de Saint-Étienne dans un jugement rendu en juin dernier. En cause, des fils dénudés qui ont laissé ce père de famille en état d’incapacité partielle. « Il a subi une première électrisation sur une ligne de machine à 220 volts qui l’a bien secoué, avec un arrêt de travail à la clé, raconte son avocat, Pierre Palix qui défend aussi le délégué CGT de l’entreprise. Lors de la seconde, il intervenait sur une machine à 380 volts, qui était triphasée et ne disjoncte donc jamais ». Le jugement affirme que la direction de l’usine avait connaissance de la présence de ce fil dénudé au moment du second accident, le plus grave. Elle avait été constatée par CHSCT et des travaux étaient prévus, ce qui n’est pas contesté par Lustucru. Dans ces conditions, la direction « ne pouvait ignorer » le danger pour les salariés. Le salarié blessé « est incapable de travailler », selon son avocat, mais reconnu en incapacité à hauteur de 5 % seulement ; il ne bénéficie que d’une faible rente. Le doublement de cette somme à la suite de la reconnaissance de la faute de l’employeur ne lui apportera guère plus. Passer la publicité Publicité L’entreprise, qui a refusé de répondre à nos questions à ce sujet, avait assuré au tribunal que les installations avaient été vérifiées par l’entreprise Socotec et l’absence de disjoncteur validée par l’Apave, mais n’en produit pas, selon le tribunal, les preuves suffisantes. Or, ce disjoncteur constitue « un dispositif important de protection des personnes face au risque électrique » précise le jugement de première instance, estimant que la direction « ne peut sérieusement l’ignorer ». « L’employeur n’a manifestement pas pris les mesures de prévention efficaces », conclut le tribunal. Plusieurs alertes « Cette usine se trouve dans un état de ruine indigne, attaque Me Pierre Palix. Tout est vieux, dégradé et il y a de l’amiante ». « La sécurité de nos collaborateurs a toujours été et demeure une priorité absolue de l’entreprise », opposait Lustucru après l’accident d’il y a dix jours. La direction refuse cependant de répondre plus précisément aux interrogations soulevées par ce passif, rappelant les investigations en cours de la gendarmerie. L’inspection du travail avait validé la reprise de la production dès la semaine dernière sur le site de Saint-Genis-Laval. Elle aussi continue son enquête, sur les circonstances de l’accident, tout comme l’inspection du travail et de la commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT). Les syndicats pointent, eux, les alertes successives ignorées en matière de sécurité. Dans le cadre de la procédure concernant l’employé électrisé, plusieurs attestations d’accidents antérieurs ou postérieurs, ont été rédigées par des salariés, quoique jugées insuffisamment probante par la justice. Le délégué CGT dit n’avoir eu de cesse de le rappeler depuis. « La direction a méprisé les salariés et les demandes de la CGT depuis dix ans, attaque Damien Ferrier, responsable régional de la CGT-FNAF. Nous allons nous porter partie civile dans cette procédure. » Les circonstances dans lesquels le jeune intérimaire d’une vingtaine d’années a été happé par un laminoir mi-avril restent encore à établir. « Au-delà du risque électrique et des non-conformités sur certaines machines, cet accident est surtout lié à une accumulation de choses dans l’organisation du travail, assène déjà Damien Ferrier. L’enquête n’est pas terminée mais la personne décédée était un intérimaire avec trois mois d’ancienneté travaillant sur une machine dangereuse la nuit sans formation adéquate en remplacement d’un autre salarié en période de vacances scolaires. La direction de Lustucru et l’agence intérim ont failli, or il y a une responsabilité employeur en termes de santé et de sécurité. » En tout début d’année un autre intérimaire de Lustucru frais avait obtenu la condamnation de l’entreprise. En 2021, sa main avait été happée par une machine dans une usine du département voisin de la Loire.



