30 millions de dollars par heure : la guerre en Iran rapporte gros aux grandes compagnies pétrolières
Depuis le début de la guerre en Iran et parce que le détroit d'Ormuz - où transite 21 % de la consommation mondiale d'or noir - est toujours bloqué, les prix du pétrole se sont envolés. Le prix du baril évolue autour de 100 dollars - 84,80 euros - soit 30 dollars de plus qu'avant la crise. Une situation décrite comme "le plus grand choc jamais enregistré sur le marché mondial de l'énergie" par le directeur de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol. Aussi, les 100 plus grandes entreprises de gaz et de pétrole enregistrent un bénéfice supérieur à 30 millions de dollars par heure, selon les chiffres du cabinet de conseil en énergie Rystad Energy et de Global Witness, révélés par The Guardian.
Pour le seul mois de mars, leurs profits sont estimés à 23 milliards de dollars. Si le baril de Brent se maintient autour de 100 dollars pendant encore plusieurs mois, les groupes pétroliers et gaziers pourraient engranger jusqu'à 234 milliards de dollars de profits supplémentaires d'ici la fin de l'année.
Des milliards de dollars de profits
Parmi les grands gagnants de cette flambée, l'entreprise Aramco caracole en tête. A elle seule, et si la flambée du prix du pétrole se pérennise, l'entreprise saoudienne pourrait dégager 25,5 milliards de dollars de profits additionnels liés à la guerre. A ce chiffre, s'additionnent ses profits extérieurs au conflit qui culminent à 250 millions de dollars par jour, soit quelque 91 milliards par an.
Autre pays avantagé par ce conflit : la Russie. Alors que Moscou est toujours affecté par l'embargo européen qui pèse sur ses combustibles, trois de ses entreprises – Gazprom, Rosneft et Lukoil – devraient générer 23,9 milliards de dollars de profits sur la crise iranienne. En mars 2026, les revenus quotidiens tirés des exportations russes de pétrole ont atteint 840 millions de dollars, soit 50 % de plus qu’en février, selon le Centre for Research on Energy and Clean Air.
Dans l'Hexagone, Total a réalisé un profit de plus de 1 milliard de dollars au mois de mars. La stratégie du géant français : anticiper la crise pour acheter un maximum de stocks de pétrole pour les revendre à la hausse. Quant aux anglo-saxons ExxonMobil, Chevron et Shell, ils devraient enregistrer respectivement 11, 9,2 et 6,8 milliards de dollars de profits exceptionnels. Comme souvent lors des crises géopolitiques, la hausse des prix profite aussi aux marchés financiers. Entre autres, le directeur général de Chevron, Mike Wirth a profité de l'escalade de la guerre pour vendre 104 millions de dollars d'actions.
Un secteur qui profite des crises
Et la situation actuelle n'a rien d'exceptionnel : les crises géopolitiques bénéficient régulièrement aux pétroliers. En 2022, date qui marque le début de l'invasion russe en Ukraine, le bénéfice cumulé des cinq plus grosses entreprises - Chevron, ExxonMobil, Shell, BP et Total - s'élevait à 195 milliards de dollars, soit près de 120 % de plus que l'année précédente. Le niveau le plus élevé de l'histoire du secteur.
Conscient de ce phénomène, Simon Stiell, responsable des questions climatiques à l'ONU, tirait la sonnette d'alarme dès mars : "la dépendance aux énergies fossiles sape la sécurité et la souveraineté des Etats, et les remplace par une position de subordination et une hausse des coûts". Un cercle vicieux qu'il juge évitable : "la lumière du soleil ne dépend pas de détroits étroits et vulnérables."
Même son de cloche du côté de Jess Ralston, responsable du secteur de l’énergie pour l'ONG Energy and Climate Intelligence Unit : "Cette crise du pétrole et du gaz illustre une fois de plus le coût de notre dépendance aux combustibles fossiles, dont les prix sont volatils". Selon l'expert, investir dans les énergies durables est certes un moyen de protéger l'environnement, mais aussi d'atteindre la sécurité énergétique.
Et Beth Walker, experte en politique énergétique au sein du groupe de réflexion E3G, de souffler une idée : "Les gouvernements devraient utiliser les taxes sur les bénéfices exceptionnels pour accélérer la transition vers l’énergie verte, plutôt que d’accroître la dépendance aux combustibles fossiles".
Une taxe pour protéger les consommateurs ?
Pour faire face à cette crise énergétique, plusieurs pays ont déjà creusé la piste de la taxe... Mais plutôt en la réduisant. Pour soutenir les consommateurs, l'Australie, l'Afrique du Sud, l'Italie, le Brésil et la Zambie ont directement abaissé les taxes sur les carburants. Un trou dans la poche des Etats. Toutefois, à l'échelle européenne, où la facture a grimpé de 22 milliards d'euros depuis le début de la guerre, certains acteurs politiques l'assurent : imposer directement les pétroliers est aussi une manière d'aider les usagers, et sans impacter les finances des pays.
Pour faire résonner leur message, les ministres des Finances allemand, autrichien, espagnol, italien et portugais ont adressé un courrier à la Commission européenne. Dans cette lettre, ils l'assurent : "cela permettrait de financer des mesures d'aide temporaires, en particulier pour les consommateurs, et de freiner la hausse de l'inflation, sans imposer de charges supplémentaires aux budgets publics". Et les ministres d'espérer que cette entreprise épistolaire enverra "un message clair selon lequel ceux qui tirent profit des conséquences de la guerre doivent contribuer à alléger le fardeau qui pèse sur la population".
En France, si des mesures supplémentaires, telles que l'encadrement des marges des distributeurs ont été suggérées, l'exécutif se refuse toujours à débloquer une aide généralisée. Pour l'heure, seuls certains professionnels des secteurs les plus touchés par la flambée des prix - la pêche, l'agriculture ou les transports - sont éligibles à un soutien financier.





